Section 3 du Zhou Yi Lue Li (chapitres 1 et 2) : Analyse

 » Explications sur les Hexagrammes, adaptation des Changements, compréhension des Lignes « 


 

Premier chapitre

L’hexagramme considère le moment.
Les lignes correspondent aux changements en rapport avec ce moment.

Représentation graphique du moment 

夫 卦 者 時 也
L’hexagramme considère le moment.
爻 者 適 時 之 變 者 也
Les lignes correspondent aux changements en rapport avec ce moment.

Cette introduction ressemble au dernier chapitre de la section précédente : on y parle d’hexagramme et de moment à la première ligne, de lignes et de changement à la seconde.

Quelles sont les différences ?

En première ligne « perpétuent la qualité du moment » prêtait à l’hexagramme le rôle d’un maintien d’une caractéristique propre au fil du temps. Ici on reprend le terme déjà présent en introduction aux deux sections précédentes dans les questions « Qu’est-ce que le Jugement ? » , « Qu’est-ce que les lignes ? », « Qu’est-ce que les changements ? »  zhě « celui qui ». Nous avons jusque-là traduit ce terme très commun dans son sens le plus courant d’une référence au mot principal de la phrase. Mais ici sa fonction est différente : le composant du bas  montre une bouche qui parle, celui du haut représente un vieil homme et donc par analogie « quelque chose qui reste ». Le moyen de fixer les paroles est l’encre, l’écriture. L’idée de maintien du temps est donc également présente dans cet idéogramme… Rappelons qu’à l’époque de l’ostéomancie, à côté des fissures divinatoires étaient mentionnés les hexagrammes, la transcription du contexte (date, question, personnes présentes) et le pronostic. La première ligne se traduit donc tout simplement par :

L’hexagramme est la représentation graphique d’un moment.

zhě apparaît également en seconde ligne à la suite de  yáo « lignes  » et devant  shì « aller à, convenir, correspondre ».  Ce dernier n’apparaît (4 fois) que dans la section 3. Il est utilisé pour désigner une fille qui se rend à la maison de son fiancé pour célébrer les noces. Nous reconnaissons effectivement en bas  chuò “marcher” ; l’autre composant est  qui représente un pied ou la racine d’une plante. D’où l’idée de changer de maison, de « situation stable ». Cela correspond à la fonction des traits déjà définie à plusieurs reprises. Tout aussi simplement la seconde ligne devient :

Les traits sont la représentation graphique des changements de moment.

L’importance de l’image d' »une fille qui se rend à la maison de son fiancé pour célébrer les noces » se révèlera au second chapitre. A ce stade mentionnons simplement le lien avec l’hexagramme H54 « Mariage de la cadette”.

 

 

Deuxième chapitre

Selon qu’il s’agit de moments d’adversité ou de prospérité, il faut agir ou se replier.
Des hexagrammes de décroissance ou de croissance impliquent les termes « difficulté » ou « facilité ».

Incohérence ?

夫 時 有 否 泰 故 用 有 行 藏
Selon qu’il s’agit de moments d’adversité ou de prospérité, il faut agir ou se replier.
卦 有 小 大 故 辭 有 險 易
Des hexagrammes de décroissance ou de croissance impliquent les termes « difficulté » ou « facilité ».

Dans la seconde phrase, en écho à « décroissance ou croissance » une expression commune est utilisée en fin de ligne, 險易 xiǎn yì, que l’on traduit généralement par « difficile ou facile » ou encore « mauvais ou bon ». On fait donc correspondre « difficile » à « décroissance » et « facile » à « croissance ».

C’est une autre expression commune qu’utilise Wang Bi à la fin de la première phrase : 行藏 xíng cáng. se traduit généralement par « s’engager ou se retirer », « attaquer ou défendre » ou encore « apparaître ou disparaître ».

Mais du coup si on souhaite faire correspondre l’ordre des mots de cette première ligne, la recommandation d' »agir, s’engager, attaquer » à un moment d' »adversité » est assez surprenante. En effet le conseil de sa Grande Image est « il se détourne des honneurs et des avantages qui s’ensuivent. »

La suggestion de « se replier » en un temps de « prospérité » résonne lui  aussi assez étrangement… Sa Grande Image souligne l' »aptitude à parachever la voie du Ciel-terre et à […] ainsi assister le peuple ».

L’essentiel du présent document consistera à répondre à cette première question :

S’agit-il d’une erreur, d’un manque de rigueur ou d’une intention délibérée ?

Plusieurs approches sont envisageables :

– accepter d’inverser l’ordre des associations et par conséquent comprendre que l' »adversité » conduit au « repli » tandis que la « prospérité » permet l' »action ». C’est ce que semblent admettre tacitement les traducteurs Marie-Ina Bergeron (« l’activité ou la retraite ») et John Lynn (« action ou retrait »).

– considérer que l’ordre proposé et les traductions sont pertinents et par conséquent comprendre pourquoi l’action est recommandée face à l’adversité et le repli conseillé en période prospère.

– considérer que l’ordre proposé est pertinent mais creuser la traduction afin d’en extraire un sens plus approprié.

 

Structures

Si l’on écarte la locution introductive  la structure de chacune des deux lignes devient similaire :

A + B ou C + D + E ou F

ou

sujet + y avoir + caractéristiques B ou C + donc + moyen + y avoir + conséquences E ou F

que l’on peut encore exprimer :

sujet  caractéristiques B ou C

⇓                         ⇓

moyen  conséquences E ou F

Apparait donc une seconde analogie : au sein de chaque phrase, de part et d’autre de l’axe  « donc », les structures sont identiques, chacune elle-même centrée autour d’un axe yǒu « y avoir ». Cette configuration permet d’associer d’une part le sujet au moyen, et d’autre part les caractéristiques aux conséquences.

Une telle rigueur géométrique confirme l’importance de la dissymétrie entre les caractéristiques et les conséquences de la première ligne.

Caractéristiques associées aux moments

Les sujets des première et seconde lignes sont donc respectivement les moments et les hexagrammes. Les seconds étant la représentation graphique des premiers, regardons si un même lien fonctionnel peut s’appliquer aux autres membres des phrases.

Commençons par les caractéristiques possibles pour chaque sujet, et dans un premier temps celles associées aux moments :

pǐ « adversité » est le nom de l’hexagramme H12 . La dynamique ascendante du trigramme supérieur l’empêche de rencontrer celui du bas descendant. Une bouche ou un  ensemble qui ne communiquent pas reflètent bien cette situation. La forme graphique, mais surtout la dynamique très typée (trigrammes pur yang et pur yin) permettent alors de considérer H12 comme le prototype des situations d’adversité. 

 tài « prospérité » est le nom de l’hexagramme H11 . La dynamique ascendante du trigramme inférieur lui permet de se joindre à celui du haut qui vient également à sa rencontre. deux mains jointes en un même flux et produisent ainsi quelque chose de plus grand reflètent bien cette situation. On peut également considérer H11 comme le prototype des situations de prospérité. 

Caractéristiques associées aux hexagrammes

Ainsi avant même de parler des hexagrammes en seconde ligne, les termes choisis au début de la première phrase forcent donc le lecteur à un rapprochement entre moments et deux hexagrammes particuliers…

Vient alors une seconde question :

définissant en seconde ligne les caractéristiques des hexagrammes parle-t-on :

– des hexagrammes en général ?

– des hexagrammes d’adversité et de prospérité en général (dont H12 et H11 sont les prototypes) ?

– des hexagrammes H11 et H12 ?

Petit et Grand

xiǎo « petit » et   « grand » sont des mots simples, élémentaires, mais leur potentiel est riche :

– rappelons tout de suite l’importance du contexte et du relatif dans le vocabulaire chinois : une forme est petite ou grande par rapport à une autre ou au cadre de la situation.

– certains chercheurs affirment que « petit » et « grand » étaient les termes utilisés avant l’apparition des concepts yin et yang.

xiǎo et  dà peuvent également se traduire selon un point de vue dynamique : « décroissance » et « croissance »

Petit

xiǎo et  dà sont tous deux composés de trois traits. Ces traits sont disjoints pour xiǎo.

Beaucoup de formes anciennes sur les bronzes représentaient un nouveau-né ou un humain sous ces trois traits :

Le Shuo Wen voit en xiǎo la plus petite chose possible et l’interprète graphiquement comme  « le nombre huit » avec un trait vertical 丨 marquant la re-division.

Oubliant les lectures orthodoxes, en lien avec nos découvertes de la section 2, nous pouvons également y retrouver l’image du flux central entre deux limites opposées…

Grand

Les trois traits du caractère  dà sont joints. S’écartant là encore des lectures classiques on pourrait y voir deux flux opposés (les pieds droit et gauche de  l’homme en marche) qui convergent en un seul avec  un trait d’union cette fois-ci horizontal, donc encore le flux central, l’alternance entre les opposés et l’accès au plus vaste…

Le Shuo Wen dit : « Le Ciel est grand; la Terre est grande; mais l’homme aussi est grand. C’est pourquoi dà représente un homme. » L’interprétation traditionnelle y voit effectivement un homme dont  les bras écartés expriment une grande largeur. L. Wieger y voit un adulte, donc simplement quelque chose de plus grand qu’un enfant.

Relations

Nous pouvons maintenant répondre à la seconde question : xiǎo et  dà font-ils référence aux hexagrammes en général, aux hexagrammes d’adversité et de prospérité en général, ou aux hexagrammes H11 et H12 ?

– Les trigrammes de H12  se disjoignent comme les traits de 小 xiǎo, mais également comme les deux « petits » demi-traits « adverses » des lignes yin , deux limites entre lesquelles apparaît un espace libre pour la circulation d’un flux représenté dans xiǎo par le trait vertical central.   xiǎo est donc fonctionnellement lié à  « adversité », lui-même graphiquement représenté par H12.

– De même les trigrammes de H11  se rejoignent comme les deux traits verticaux de  . Le trait horizontal scelle ce lien et exprime l’expansion qui en résulte. Il est semblable au  trait yang.  dà est donc fonctionnellement lié à  tài « prospérité », représenté graphiquement par H11. 

En conclusion  xiǎo et   semblent bien être en lien avec H11 et H12, qu’on les considère comme des prototypes ou non. La traduction la plus adéquate exprime leurs dynamiques :

amoindrissement ou accroissement

Types d’action

En quoi pouvons-nous maintenant connecter (« horizontalement » dans notre schéma) d’une part  yòng « agir, employer » aux moments et d’autre part   « mot, explication » aux hexagrammes ? Et en quoi pouvons-nous relier (« verticalement » dans notre schéma) yòng « agir, employer » à  « mot, explication » ?

moments         yòng « agir, employer »

                         ⇓

hexagrammes         « mot, explication »

Les moyens d’expliquer

Commençons par le plus simple, en seconde ligne :   « mot, explication »: son composant de gauche signifie « gouverner » et montre deux mains entourant une potence à laquelle sont accrochées deux récipients ou cloches : jouant un peu sur les mots on pourrait dire que gouverner consiste donc à choisir entre « deux sons de cloches ». Nous retrouvons encore l’idée d’un axe central définissant un équilibre dans l’ouverture entre deux limites (main du haut, main du bas ou supports de la potence).

est le composant de droite de  cí. Il représente un poinçon avec lequel on tatouait le visage des condamnés. Il comporte donc à la fois la notion de graphie indélébile et l’expression d’un jugement définitif et clairement visible par tous. Combinant les deux graphies on comprend aisément comment les appréciations mantiques de « difficulté ou facilité » seront des explications claires de l’orientation des hexagrammes.

A ce stade la traduction de la seconde ligne devient quelque chose comme :

Les hexagrammes d’amoindrissement ou d’accroissement s’expriment en termes de « difficulté » ou « facilité ».

« Difficulté » ou « facilité » (dans le Jugement) sont donc  cí le moyen d’expliquer la dynamique des hexagrammes.

Les moyens d’agir 

Revenons maintenant à la première ligne… Il existe deux lecture étymologiques de  yòng « agir, employer » :

– un vase rituel en bronze ou une cloche pour les offrandes aux ancêtres

– la composition de  « divination » et zhòng « tomber juste ».

Dans les deux cas, sacrifice-offrande ou divination, on attend un résultat en retour :  yòng est donc bien un moyen, un médium.

Le composant  zhòng « centre » vient coïncider avec la signification latine de « medium » : moyen, milieu, lien. Cela vient encore nourrir notre théorie de l’axe central entre deux limites.

Cela renforce également la métaphore des résonnances musicales (la cloche qui était déjà présente dans  cí « mot, explication ») puisqu’en acoustique le registre médium est déterminé relativement aux graves et aux aigus et les relie.

Tant qu’à faire, ne résistons pas non plus à la définition de « médium » en divination : personne ou objet sensible à des influences ou des phénomènes non perceptibles par les cinq sens…

En effet l’antonyme de  yòng est   « corps, substance » qui peut désigner le corps humain, mais aussi le corps de l’hexagramme. Nous avons rencontré ce terme plusieurs fois dans la section 2, par exemple dans la phrase : 體與情反 « Forme et tendance sont inverses ». Ainsi distingue-t-on  , la forme de quelque chose, de  yòng son fonctionnement, sa mise en œuvre.

 

Le potentiel du moment

 yòng exprime donc une tendance, une dynamique. Cela est ainsi affirmé par le Shuo Wen : «  yòng  est ce qui promet de se réaliser, ce qui a une potentialité d’expansion ».

Observons pour finir (et confirmer la correspondance) que l’un des sens attribués à  yòng est « gouverner », à l’instar du composant de droite de   « mot, explication ».

Nous avions au cours des paragraphes précédents déterminé deux relations :

– L’hexagramme est la « représentation graphique » d’un moment.

– Aux hexagrammes correspondent des « moyens d’expliquer ».

Par une analogie dans les deux directions nous pouvons donc déduire que :

– Les « moyens d’expliquer » sont à  yòng l’équivalent de ce que sont les hexagrammes aux moments : la représentation d’une réalité face à cette réalité elle-même.

– Aux moments correspondent des « moyens »  yòng de la même façon qu’aux hexagrammes correspondent des « moyens d’expliquer ». A la réalité du moment fait suite le développement de cette réalité.

 yòng est donc le moyen dynamique, la tendance, le médium, le potentiel du moment.

 

Différences de potentiels

Ces différences se révèle « au milieu » , entre les deux pôles que constituent les trigrammes yin et yang, c’est-à-dire dans l’hexagramme nucléaire.

– Considérant la dynamique du moment d’adversité on constate que la tension entre les deux opposés yin/yang, leur différence de potentiel devient encore plus grande avec la distance : le yang est encore plus yang, et le yin encore plus yin. Les trigrammes « se déploient ».

L’hexagramme nucléaire de H12  est H53 “Progrès graduel”. Ainsi au cœur de la situation d’adversité il y a progression par étape.

On lit dans le Jugement de H53 : 女歸 nǔ guī « Prendre pour épouse. ».  Cela correspond bien à la dynamique de  xìng « agir, marcher, s’engager ».

– De manière identique, si on considère la dynamique du moment de prospérité la différence de potentiel s’atténue par le rapprochement du yin et du yang, puisqu’ils s’imprègnent réciproquement de leurs essences. Les trigrammes « se replient » dans l’intimité vers l’autre.

L’hexagramme nucléaire de H11  est H54  “Mariage de la cadette”. Ainsi au cœur de la situation de prospérité il y a revirement.

On lit dans le Jugement de H54 : 征凶 zhēng xiōng « Présage malheureux à s’avancer. ». Cela correspond bien au conseil de  cang « cacher, se contenir ».

Ainsi ce qui semblait une incohérence devient au contraire tout à fait juste lorsqu’on considère la dynamique, le potentiel du moment.

Conséquences associées aux hexagrammes

Mais cela veut-il pour autant dire que les associations directes adversité/action et prospérité/repli sont infondées ? 

A ce stade notre traduction de la seconde ligne est :

Les hexagrammes d’amoindrissement ou d’accroissement s’expriment en termes de « difficulté » ou « facilité ».

Nous savons que l’expression finale 險易 xiǎn yì peut se traduire par « difficile ou facile ».

– Le dernier mot du chapitre est yì, le même terme qui signifie « changement » dans « Livre des changements ». Il est en correspondance avec  cáng « se replier, cacher » en première ligne dont les composants illustrent que l’on cache ce qui est bon sous l’herbe.

Il se trouve justement qu’une autre signification de  « facilité, changement » est « enlever les mauvaises herbes »… Désherber, préparer un champ et en aplanir le sol facilite la culture et le développement de ce qui est enfoui replié en germe, en potentiel.

 xiǎn « difficile » montre au contraire un terrain accidenté : à l’horizontalité du sol cultivable précédent s’oppose la verticalité du composant de gauche 阜 « mur, monticule ». Sa graphie représente des gradins superposés, d’où peut-être l’idée d’une culture étagée et un rapprochement avec l’hexagramme H53 « Progrès graduel » (son correspondant en première ligne est  xìng « agir, progresser »).

La facilité « horizontale » de coïncide bien avec le trait horizontal de   « accroissement », et la difficulté verticale de  xiǎn s’applique bien au trait central vertical de  xiǎo.

Conséquences associées aux moments

 cang « cacher, replier » peut également se décliner en « engranger » et indiquer le temps de la moisson, l’automne. Mais l’hexagramme de l’équinoxe d’automne est H12 « Adversité », alors que nous avions jusque-là associé  cang « cacher, replier » à H11 « Prospérité ». Ce dernier correspondant à l’équinoxe de printemps il semble donc y avoir une contradiction

Les équinoxes sont comme chacun sait le moment de l’année où la durée de la nuit est égale à celle du jour. Les dynamiques de H11 (printemps) et H12 (automne) vont bien dans des directions inverses, mais les deux situations montrent un équilibre équivalent dans le rapport jour/nuit.

Ainsi les deux pistes sont vraies : l’inversion de l’ordre des mots à la fin de la première ligne est délibérée. Elle s’appuie sur l’affirmation énoncée à la section 2 :

Forme et tendance sont inverses.

et introduit l’ensemble du troisième et prochain chapitre :

Ce qui est prohibé à un moment donné peut être utile dans une situation inverse. 

Un bon présage à un moment donné peut devenir un mauvais présage dans une situation inverse,
parce qu’un hexagramme peut s’inverser et ses lignes donc changer de même.

En définitive il n’y a pas de voie constante à suivre ni de règle toute tracée pour agir.

Agir ou se reposer, se replier ou se déployer, selon l’opportunité des changements. 

 xìng « agir, marcher, progresser » composé de route de gauche et  route de droite est clairement illustré par une forme ancienne du caractère :

dont les deux voies latérales encadrent le flux central comme dans les caractères  xiǎo « petit » et  dà  « grand ».

C’est le même terme qui désigne les 五行 wǔ xíng « cinq phases, agents ou éléments » (eau, feu, bois, métal, terre) qui alternent en cycles.

Mais   xìng peut également indiquer le mariage d’une jeune fille (la marche de la jeune épouse quittant la demeure de ses parents en direction de son nouveau foyer), ce qui permet de le rapprocher de H54 “Mariage de la cadette”, hexagramme opposé de H53 « Progrès graduel » auquel nous le rattachions jusque-là…

Cela confirme que selon le point de vue, dynamique ou statique, selon que l’on considère le moment ou la tendance en cours, il y a transformation.

Retour

Le changement de maison, de « situation stable » accompli par la jeune épouse correspond à la fonction des traits de l’hexagramme. Si on le considère depuis le point de départ, depuis la situation stable matérialisée par la maison des parents, le sens de  xìng  est  « quitter ».

Mais dans le titre de l’hexagramme H54 歸妹 guī mèi « Mariage de la cadette », le mot  guī « mariage » a pour premier sens « revenir chez soi ». Selon le taoïsme, le retour à son origine est le mouvement qui permet d’accomplir sa destinée. En d’autres termes la jeune épouse « revient » à l’endroit auquel elle était naturellement destinée depuis sa conception.

L’hexagramme H24  « Revenir » est construit selon la même logique que H11  : le yang est en bas et monte « naturellement » re-joindre le yin. C’est précisément dans ses commentaires sur H24 que Wang Bi met le plus en avant la notion centrale de 無爲 wú wéi « non-agir ». 

Le retour est le mouvement de la Voie ;
la faiblesse est la méthode de la Voie ;
le ciel et la terre et les dix mille êtres sont issus de l’Être ;
l’Être est issu du Non-être. 

Dao De Jing (chap. 40)