“Le tirage « baromètre » – les effets calmants”
Extrait de “Propos sur le Yi Jing” – Jean-Philippe Schlumberger (Ed. R2N Impression)

Sous une seule dénomination apparemment simple le très regretté Jean-Philippe Schlumberger nous décrit un ensemble de 5 pratiques ou attitudes différentes :
- tout d’abord le tirage systématique quotidien : il a lui-même deux rôles : de la même façon que l’on jette un coup d’œil par la fenêtre le matin ou que l’on consulte la météo sur internet, le tirage permet d’estimer le climat de la journée. L’auteur, ayant beaucoup travaillé ce sujet, en profite pour recadrer la croyance au destin : il évoque le mécanisme de la prophétie auto-réalisatrice et manifeste sa préférence pour le charme de l’imprévisible. L’aspect prédictif est rejeté au profit du conseil d’attitude. La question n’est pas “Que va-t’il advenir ?”, mais “Comment dois-je me comporter ?”. Il est ainsi tout à fait caractéristique et remarquable que le conseil stratégique attendu ne soit pas la réponse à une problématique donnée, mais un modèle comportemental ouvert à l’inconnu.
Le tirage quotidien présente un autre intérêt pour l’apprenti devin : il permet de multiplier les expériences d’interprétation et de vérifier à court terme l’à-propos ou non de ce que l’on en a déduit.
- Mais l’exercice majeur que fait émerger JP Schlumberger est la question “De quoi s’agit-il ?” en face d’un sentiment diffus, d’un malaise sans cause identifiable. Le Yi Jing peut alors pleinement fonctionner comme révélateur de l’invisible, de l’indiscernable : il ne joue pas le rôle habituel qui consiste à montrer par delà les apparences ; il donne apparence à ce qui n’en a pas.
- Le quatrième aspect évoqué dans ce simple mais puissant chapitre est le régime d’activité spécifique du bref lancer de pièces, de la manipulation méthodique des baguettes ou du tracé consciencieux des hexagrammes : un temps d’arrêt dans la course rationalisée de nos actions. Il permet d’en réduire la tension (la pression si l’on souhaite conserver le vocabulaire du baromètre) et de fait constitue “en soi” une réponse appropriée.
- La dernière approche est en quelque sorte la plus amicale : nous comprenons tout à fait la situation et savons parfaitement y répondre, mais, sans urgence ni nécessité, prenons le temps d’accueillir un regard bienveillant.
