Consulter le Yi Jing ?
Un acte spirituel !
Par essence…
La consultation du Yi Jing, un acte spirituel ?
Parmi les très nombreuses questions que se posent les consultants du Yi Jing, celle de la nature profonde de leur pratique est certainement l’une des plus essentielles. Comment comprendre ce dialogue mystérieux que nous entretenons avec un texte millénaire à travers le jet de pièces ou la manipulation de tiges d’achillée ? S’agit-il d’un outil de développement personnel ? D’une technique de divination ? Du présent ou du futur ? D’un acte sacré ? Comment une réponse qui fasse sens est-elle seulement possible ? Et qu’est-ce que ça implique pour celui qui consulte ?
Cette réflexion explore la dimension spirituelle inhérente à toute consultation du Yi Jing, le lien entre divination et spiritualité, et ses implications pratiques pour notre façon de questionner l’oracle.

Dunes – Mauritanie, 1995 – Didier Goutman
« Il y a de la lumière dans l’obscurité : ne voyez pas seulement l’obscurité.Il y a de l’obscurité dans la lumière : ne voyez pas seulement la lumière. »Shih‑T’ou Hsi-Chi’en (700–790)
La mécanique du tirage : une tentation utilitariste
Ce qui est pratique avec les arts divinatoires, c’est qu’ils fournissent toujours une réponse. Quel que soit le moment, le contexte, la question, l’état d’esprit du consultant, ça répond et c’est rassurant. L’univers ainsi n’est jamais tout à fait sourd à nos interrogations.
On peut croire à la réponse ou non, la comprendre ou pas, se l’approprier ou moins, mais on obtient toujours une information. On peut même la refuser, renâcler, retirer, pour voir, il viendra encore un message. Avec des pièces, des baguettes, des cartes, des galets, qu’importe… Je tire donc je suis. Actif. Vivant. Au cœur du processus.
Problème : cette dimension mécanique nourrit facilement un utilitarisme avide de réassurance. J’ai tellement envie que ça me comprenne, que ça flatte mes envies, apaise mes inquiétudes, satisfasse mes désirs et mes ambitions : Miroir, miroir, dis-moi que je vais l’obtenir… Qu’elle va revenir… Qu’il va me dire oui… Que tout se passera bien… Que j’ai fait le bon choix…
Je peux donc tirer / consulter / calculer beaucoup, ne pas écouter les réponses qui me dérangent, tenter de recommencer quand même, et même refuser le processus que j’ai moi-même mis en route. Surtout dans un monde où rien ici n’a réellement droit de cité.
Il est tellement facile en effet d’escamoter la vérité sous-jacente aux arts divinatoires, tant leur pouvoir de fonctionnement est globalement impensé. Car on oublie généralement au passage de se demander ce qui répond, et comment c’est possible.
Deux positions face à l’oracle
Or, en vérité justement, il n’y a que deux positions cohérentes acceptables face à l’exercice :
Soit, de façon ordinairement « cartésienne », on pense que « ça » ne peut pas répondre, qu’il ne saurait y avoir de liens réels dans l’univers entre six jets de pièces aléatoires effectués ici et maintenant, et un texte largement ésotérique conçu il y a trois mille ans à dix mille kilomètres de chez nous. Position critique ou agnostique vraiment très facile à tenir… mais qui disqualifie alors par avance toute réponse obtenue ! Au mieux, on peut faire d’un tirage le support aléatoire d’une interrogation et d’une prise de recul personnelle. Au pire, la consultation devient une sorte de jeu de société, quelque chose entre la belote et le sudoku.
Soit, de façon plus audacieuse – mais souvent nourrie d’intuitions précises et d’expériences probantes, on accepte l’idée que « ça » répond. Même si on ne sait pas comment c’est possible. Mais après tout, nous ne savons pas non plus pourquoi nous sommes nés ni pourquoi nous respirons… Cette réponse alors ne saurait être ni fortuite, ni gratuite.
La consultation comme acte spirituel
Si ça répond, c’est que l’univers m’a répondu (la Vie, Dieu, le plus grand que moi…). Ou que je me suis répondu par le truchement de l’univers. Ce qui est sans doute pareil là où tout est relié : lui, moi, les pièces, le texte, les anciens chamans et les nouveaux pratiquants.
Car si tout n’est pas relié, comment mes gestes de tirages pourraient-ils me connecter sinon à une réponse pertinente ? Si le monde n’est pas fait d’un ordre réel, d’où proviendrait même la cohérence de la réponse ?
Mais si le monde dans son infini sagesse est tissé de liens subtils et que je sais y accéder car j’en suis partie intégrante aussi, alors toute consultation est un acte spirituel et mérite d’être traitée ainsi. Avec gratitude, et respect face au sacré. Dont je participe à mon tour.
Si l’on est donc simplement cohérent avec le fait même de pratiquer (tirer, consulter…), il ne devrait pas y avoir de questions utilitaristes. Et pas non plus de réponses décevantes. Seulement des demandes respectueusement adressées à l’univers, et des réponses contraignantes en retour, à accepter avec grâce. Même si ADVERSITE se couple avec USURE, ou OBSCURCIR SA LUMIERE avec PETIT APPRIVOISE.
Mais il y a une forme de stupidité en revanche à espérer une réponse pour la mépriser ensuite parce qu’elle ne nous arrange pas. Un peu comme ceux qui vont faire des analyses de sang pour constater que leur corps a besoin d’une alimentation différente, et préfèrent ensuite prendre des médicaments pour pouvoir continuer de se nourrir de ce qui justement les rend malades.
Si les arts divinatoires ont une légitimité, c’est parce que ce sont des outils de reliance et d’ajustement.
C’est leur beauté, leur intelligence.
C’est aussi notre chance.
Elle a seulement son prix.
En pratique, qu’est-ce que ça change ?
Penser ainsi l’usage des arts divinatoires ne change pas la nature des questions qui peuvent être posées.
On peut toujours poser des questions de situation, de stratégie ou de choix, et même des questions résolument intéressées. On peut demander par exemple, comme l’une de mes clientes il y a quelques années : « comment gagner plus en travaillant moins ? »
(réponse : PETIT APPRIVOISE / ligne 6 mutante / ATTENDRE en perspective… Rien d’évident à court terme ! A moyen terme non plus d’ailleurs… Elle n’y est seulement jamais arrivée :-) )
La conscience de ce qui est à l’œuvre dans une consultation devrait seulement nous inviter à ajuster notre position en amont et en aval du tirage.
Recommandations concrètes
- En amont : respecter l’importance du moment. Je prends le temps de mûrir ma question (des jours s’il le faut) de se poser, de la poser. Je ne tire pas le Yi Jing pour me distraire ou pour voir, mais pour me reconnecter à l’univers.
- En aval : accepter la réponse qui vient, comme elle vient, sans la contester ni s’en inquiéter. Même si je ne la comprends pas d’emblée. Même et surtout si elle me contrarie…
… et résolution des difficultés classiques !
Ce faisant, on traite aussi deux des principales difficultés classiques dans l’analyse d’un tirage :
- L’insuffisante maturité de la question, qui rend parfois le lien question / réponse difficile à comprendre, surtout quand la réponse obtenue se situe justement sur un plan plus profond que la question apparente.
- L’insuffisant accueil de la réponse, qui contrarie souvent la lecture du tirage, même là où le sens est en réalité parfaitement accessible.
Spiritualité rime alors… avec efficacité !
Didier Goutman
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Voir aussi : Didier Goutman : interview sur le Yi Jing