Échanges autour du Yi Jing
9 Février 2026 quelque part à 1h au Nord de Montpellier
Ce texte met en mots les échanges que j’ai eus le 9 février 2026 avec Alain Leroy et Christine Law-Hang au sujet du Yi Jing. Découvrant cette œuvre, j’ai apprécié d’en apprendre davantage sur le Livre des Changements, dont les origines se perdent dans les millénaires de l’histoire humaine. Cet entretien m’a ouvert un nouvel univers de perceptions, au contact de deux spécialistes ayant consacré des décennies de leur vie à cette œuvre. Merci à tous les deux.
Cette synthèse suit le déroulement de notre échange et s’articule en quatre parties. La première porte sur une controverse actuelle concernant le fondement du Yi Jing (I). La deuxième remonte à ses origines et au besoin primaire auquel cette “technologie” répondait initialement (II). La troisième tente de caractériser ce qui se joue lors d’une consultation : nature des réponses, effets et fondements sous-jacents (III). La quatrième explore une piste lancée par Alain en fin d’entretien : une éventuelle appartenance du Yi Jing à un égrégore (IV).
I/ Controverse sur le fondement du Yi Jing : essentialité versus universalité
Après quelques propos liminaires, c’est l’esquisse d’une double controverse à la fois sur le fondement et sur la portée (champ d’application) du Yi Jing qui lance la discussion. Alain, spécialiste de cette œuvre, précise les points suivants :
- Sur le fondement du Yi Jing : l’origine est-elle cosmologique ou bien divinatoire ? Selon Alain, c’est plutôt la nature divinatoire qui est la source première du Yi Jing. En effet, l’évocation d’une divinité, c’est-à-dire d’une puissance supérieure transcendant l’humain et à vocation sacrée constitue le socle de légitimité du Yi Jing et sa raison primaire d’être.
- Sur la portée du Yi Jing, Alain soulève une question qui traverse la sinologie contemporaine et dont il propose ici sa propre lecture, inspirée du débat entre François Jullien et Jean-François Billeter :
- Dans la démarche de Jullien, la pensée chinoise constitue un « écart » par rapport aux écoles de la philosophie européenne. Le Yi Jing, dans cette perspective, serait un produit de cet écart : il donnerait à voir une manière de penser irréductible aux cadres occidentaux et une émergence de la notion d’altérité. . Le risque, tel qu’Alain le perçoit, est que cette insistance sur l’altérité finisse par figer une « essence chinoise » — ce que Jullien récuse explicitement, mais que sa méthode peut suggérer malgré elle.
- Billeter, qui n’a pas travaillé sur le Yi Jing en tant que tel, a critiqué chez Jullien la construction d’une « Chine » philosophique trop détachée de ses conditions historiques et sociales concrètes. À partir de cette critique, Alain tire une conséquence propre : si l’on refuse d’enfermer le Yi Jing dans une altérité chinoise, on peut y voir une production à portée universelle, répondant aux questionnements fondamentaux de la condition humaine — ce qui expliquerait sa survie sur plusieurs millénaires et son usage hors de Chine. Le Yi Jing produirait alors du « même », du commun, plutôt que de la différence.
Alain souscrit à cette seconde lecture. Il souligne aussi qu’une insistance excessive sur la spécificité culturelle, poussée à l’extrême, comporte le risque de glisser vers une essentialisation des différences.
Cette controverse oriente naturellement la discussion sur la question de l’origine du Yi Jing : il semble indispensable en effet, de retrouver son point de départ historique et de comprendre les ressorts de sa genèse.
Si cette nécessité de revenir à la source s’impose, il n’en demeure pas moins que le Yi Jing peut être qualifié, selon Alain, d’un point de vue plus philosophique de “dispositif” :
“un ensemble coordonné de mécanismes, de règles, de pratiques et d’artefacts qui structurent les interactions sociales et orientent les comportements pour atteindre des objectifs donnés. Au sens de Foucault, repris par Agamben, un dispositif n’est pas un simple outil technique : c’est un agencement stratégique dont “dispose” les acteurs. Ce dispositif peut de ce fait, servir les intérêts du pouvoir voire même le justifier. Cette dimension ne devra jamais être perdue de vue par la suite.”
II/ Le Yi Jing : origine, nature et évolution empirique du dispositif
L’idée principale de cette partie pourrait être résumée de la sorte : le Yi Jing apparait au départ comme un moyen pour les hommes, de gérer l’incertitude, incertitude inhérente à toutes les communautés humaines. Cette incertitude peut porter sur de nombreux aspects pratiques de la vie humaine au sujet d’une situation-problème donnée anticipée à laquelle on va devoir faire face :
Quand semer la récolte ? Attendre ou se dépêcher ? Telle alliance avec telle tribu est-elle une bonne chose ? Faut-il faire la guerre ? Si oui quand ? Faut-il se marier avec telle ou telle personne ? etc.
Il faut ici entendre “gérer” l’incertitude au sens de la nécessité de “métaboliser” le risque, sans quoi, l’homme aurait des difficultés à vivre sereinement. En cela, l’homme diffère de l’animal qui n’a pas ce problème… C’est de cette nécessité que naît le besoin d’une réponse apportant des certitudes. Et ces certitudes seront le produit d’un dialogue avec le divin, ou plus largement avec une puissance transcendante. Quels sont les enjeux de ce dialogue ? Il s’agit de réduire l’incertitude à un niveau acceptable afin de permettre l’action, d’ôter les doutes, de rassurer, de prendre confiance. Alain souligne un point fondamental : en contrepartie de cette réduction de l’aléa, l’homme est prêt à faire une offrande aux divinités, proportionnelle à son aversion pour le risque. Plus cette aversion est forte, plus le sacrifice pourra être important. Certes, ce risque ne baisse pas forcément de manière objective après l’offrande-consultation, mais plutôt dans sa perception subjective, dans la manière d’agir au bon moment et au bon endroit.
Note : Dans une approche du réel comme unité avec correspondances fonctionnelles entre macrocosme et microcosme telle que le Taoïsme, la perception subjective en tant qu’information et énergie latente fait déjà partie intégrante du réel…. Seul le degré de manifestation et de matérialisation change.
C’est ici que l’on peut introduire la notion de transaction avec le divin à l’origine du Yi Jing. Se pose alors une question simple : comment lire la réponse du divin à cette offrande ?
Cette réponse se lit initialement sur les omoplates d’animaux offrant une surface plane, ou encore sur les carapaces ventrales de tortues. Ces deux supports, une fois passés au feu donnent à voir des fissures aléatoires et « apprivoisées » ensuite. Ces fissures peuvent être descendantes, ascendantes, erratiques. Elles sont toutes interprétées comme des signes du divin, comme son langage. Elles apportent des réponses aux trois questions suivantes mentionnées par Alain :
1 – La demande (offrande) est-elle parvenue au destinataire ?
2 – Est-ce que la transaction te parait acceptable ou dois-je augmenter mon offrande ?
3 – Est-ce que tu es bien le bon destinataire ?
A partir de la compilation de ces trois réponses, émergent une notion structurante pour le Yi Jing :
–> la notion de favorable, défavorable/fermeture
Ces trois mentions produisent une forme de réassurance pour agir à la fois de manière plus cohérente mais aussi avec plus de degrés de liberté. Dans l’hypothèse où l’homme ne prendrait pas les devants en anticipant la situation et réduire son risque, il sait qu’il va devoir subir la situation sans en connaître le coût, ce qui en définitive implique d’en perdre le contrôle.
Le petit schéma ci-dessous résume les étapes clés du raisonnement :

Au final, et dans son usage primal, le Yi Jing apparait donc comme un outil de gestion du risque en correspondance avec la nature humaine en tant que tel. La controverse de départ sur la portée du Yi Jing prend un nouveau sens, plus anthropologique. Et nous serions tentés de dire que, ce que présente le schéma ci-dessus, n’est pas plus chinois que grec ou occidental dans son essence, mais de portée universelle.
Petit à petit avec le temps et les réponses obtenues dans différentes situations, le Yi Jing s’est enrichi, non pas tant sur les types de réponses, que sur la capacité à identifier la nature des situations-problèmes anticipées.
En rapprochant les situations anticipées, les craquelures observées et les résultats obtenus, il est devenu possible d’identifier des cycles récurrents. Chaque cycle ou processus ? daté met en relation une situation-problème de départ et, une stratégie de réponse et avec un résultat ou une conclusion annotée. Ces cycles ou processus ? ont petit à petit fait émerger des arborescences…

Cette capitalisation du savoir mais aussi de la perception de l’outil s’est opérée par la constitution d’une « banque de données » sur des millénaires par un archivage des carapaces de tortues qui permettait de vérifier le degré d’exactitude des conclusions à la lumière des faits et d’améliorer les commentaires des fissures.
Alors que la demande divinatoire introduit un DIALOGUE avec le Divin, petit à petit, on assiste, avec la capitalisation des réponses, à la mise au point d’un véritable LANGAGE à partir de l’observation des fissures. Ces fissures ou craquelures vont permettre de décoder et de faire émerger une typologie du langage du changement et des transformations.
Ce qui retient l’attention, c’est la manière dont le dialogue avec le divin s’est couplé à une démarche empirique de résolution de problème, que l’on pourrait qualifier de “computationnelle”. Le terme désigne ici une méthode qui décompose des enjeux complexes en étapes logiques, démarche qui s’applique bien au-delà de la programmation, dans des domaines comme la logistique ou les sciences cliniques.

Ce processus correspond en certains points à celui de l’intelligence artificielle qui a sa propre capacité d’apprentissage.
III/ Ce que nous dit et transmet le Yi Jing lors d’une consultation
Dans une deuxième partie de l’entretien, nous avons abordé avec Alain et Christine, le Yi Jing en tant que dispositif en essayant de caractériser la nature de ses réponses. Ces réponses présentent trois caractéristiques très singulières :
3.1- Articuler les dimensions individuelle & collective
La première caractéristique qui a émergé suite à une remarque de Christine sur la liberté individuelle dans les tirages et faisant aussi écho à la lecture d’un article de Alain, est cette idée d’articuler en permanence la dimension individuelle et la dimension collective. Le Yi Jing ne maximise pas l’utilité individuelle : il la pondère systématiquement en fonction de la communauté. En termes économiques, on pourrait parler d’une fonction de bien-être collectif. L’action individuelle n’y est jamais découplée de sa responsabilité éthique envers le groupe. Ce trait éclaire peut-être l’usage politique qu’en ont fait les souverains chinois pendant des millénaires. Les empereurs, pour maintenir leur mandat, n’étaient-ils pas dans l’obligation de donner des gages à leur peuple sur leur attachement au bien commun ? C’était notamment le cas concernant la production d’un calendrier agricole dont la justesse conditionnait la qualité des récoltes pour toute une société vivant des ressources de la terre.
Certes l’empereur avait sans doute une rationalité individuelle, celle de préserver le pouvoir qui lui a été légué par le Ciel et dont il était le dépositaire (son pouvoir, son niveau de vie,) tout en étant conscient que la pérennité de sa position était liée au critère de bon fonctionnement du bien commun. L’un n’exclut pas l’autre mais les deux se concilient. C’est d’ailleurs le sens des travaux de Jean Tirole (prix Nobel d’économie en 2014) qui, dans le champ de l’économie, a travaillé sur la manière dont le marché, en tant que dispositif d’organisation des préférences individuelles et collectives, participe au bien commun (préservation de l’environnement, terre, eau, air).
Cela nous amène, de manière un peu audacieuse, à établir un parallèle entre des dispositifs comme le marché, la démocratie, les religions ou le Yi Jing sur leurs modalités et capacités de prendre en compte le bien commun à partir des préférences individuelles. Finalement, en poussant un peu le trait et de manière un peu provocatrice, on pourrait dire que le Yi Jing préfigure comme une forme antérieure de dispositif par rapport aux dispositifs que sont le marché et la démocratie. L’analogie introductive entre le Yi Jing et la notion de dispositif prend alors tout son sens.
3.2- Produire un jaillissement de la prise de conscience comme catalyseur de l’action ajustée
La deuxième caractéristique des réponses du Yi Jing est leur capacité à produire une forme de jaillissement chez le consultant, terme évoqué par Alain. Qu’est-ce que le “jaillissement” ? C’est une prise de conscience profonde spontanée qui a pour effet de relâcher un nœud ou caillot informationnel/relationnel dans le subconscient de la personne. Ce nœud, lié à l’éducation par exemple, va figer un ensemble de comportements et modes de raisonnement dans un spectre donné et enfermer les réponses de la personne dans un registre donné. Un tirage de Yi Jing serait capable de détecter ce type de blocage et d’en dissoudre certains (selon la pratique régulière et la réceptivité). D’où l’idée de jaillissement. Ce dernier agit comme une sorte de catalyseur rétablissant la circulation énergétique entre la personne et elle-même, la personne et la communauté, la personne et la nature au sens large (et ce dernier point est très important, nous y reviendrons ci-dessous). Le terme de catalyseur me semble approprié : le Yi Jing abaisserait l’énergie d’activation nécessaire à la prise de conscience, un seul tirage pouvant parfois remplacer un long travail sur soi. Comme en chimie, le catalyseur ouvre un chemin alternatif plus favorable, et il est régénéré à l’issue de la réaction : il n’apparaît pas dans le bilan.
3.3 Favoriser une éducation à la personne en accordant sa résonance dans un système ouvert
En produisant ce jaillissement, Alain souligne que le Yi Jing agit comme une forme d’éducation de la personne. Une question naïve vient alors spontanément : quelle serait la différence entre les réponses du Yi Jing favorisant la prise de conscience éclairée et ce que pourrait apporter la pratique d’une religion pour un pratiquant ? ! N’y a‑t-il pas éducation dans les deux cas ? Cette question se pose d’autant que la dimension éthique dont nous avons noté plus haut, caractérise les réponses du Yi Jing aussi présente dans les religions avec l’idée du « prochain » (dont le périmètre varie néanmoins selon les religions).
La différence est essentielle. Si les religions prennent en compte le bien commun, c’est d’une part, un bien commun qui reste souvent dans le périmètre de cette religion et d’autre part, les réponses sont souvent “conditionnantes”, fondées sur une morale, morale elle-même fondée sur une doctrine et des dogmes “humains”. Tchouang Tseu ne manquerait pas de souligner ici 1/ une forme d’artificialisation de la vertu par les Sages et leurs bontés. 2/ les effets pervers de cette bonté créant son contraire : le sage participant à l’émergence de la figure du brigand.
Les religions, parce qu’elles s’inscrivent dans le champ humain, tendent à fonctionner comme des systèmes fermés. Elles répondent souvent aux situations-problèmes sur un registre unique : celui des conventions sociales et de la morale. Cette stabilité a un prix : sa rigidité peut engendrer des effets contraires à ses intentions. L’éducation produite par les religions est donc plutôt conditionnante, s’éloignant finalement d’une véritable “liberté d’être” en cohérence avec la nature. A l’inverse, le Yi Jing pour Alain est un système ouvert dont les réponses s’adaptent aux situations-problèmes mais aussi à la nature ! Le Yi Jing en décèle la vibration spécifique parmi les 64 occurrences pour produire une action ajustée à cette vibration.
Ainsi, le jaillissement, parce qu’il brise ce qui est figé, apparait comme l’autre versant du système ouvert. Là où les religions tendent à figer et fermer, le Yi Jing introduit du vide et détecterait les interstices favorables dans les situations-problèmes. Alain avance l’idée de mise en résonance de la personne avec son environnement plutôt que de conduite à tenir. Du point de vue de la philosophie occidentale, cette mise en résonance avec l’environnement peut se comprendre par la proposition de Marcel Conche dans le terme de “nature omni-englobante” dans sa philosophie naturaliste : C’est un concept désignant la réalité totale, infinie et créatrice qui englobe absolument tout ce qui existe. Elle est omniprésente, omnigénératrice et en perpétuel devenir inspirée de la Phusis grecque (comme chez Héraclite) sans opposition à une quelconque transcendance. Ce que l’homme perçoit comme un dialogue avec le divin serait, selon Alain, une mise en résonance avec cette nature omni-englobante, ce que les Chinois nomment le Tao. Telle serait la démarche fondamentale du Yi Jing.
Risquons une analogie. Lors d’un tirage, tout se passe comme si le consultant activait un diapason à 64 fréquences. Ce diapason entre en résonance avec la “fréquence” propre à la situation questionnée. La réponse se manifeste à travers les six lignes de l’hexagramme, chacune dosant différemment le Yin et le Yang, et l’hexagramme retenu est celui dont la fréquence correspond le mieux à la situation.

Enfin, pour terminer, et reprendre à la fois le début du paragraphe et la fin, nous avons eu l’idée de réaliser un comparatif des dispositifs évoqués, dans leur continuité historique, à travers un tableau en distinguant une cohérence par une mise en circulation à trois niveaux :
-
- Cohérence 1 entre la personne & la personne
- Cohérence 2 entre la personne & la communauté
- Cohérence 3 entre la personne, la communauté & la nature

IV/ Le Yi Jing : une intentionnalité propre : sur la piste d’un égrégore
En fin d’entretien, Alain évoque ses questionnements personnels et actuels quant au Yi Jing. Face à ce qui relève d’une certaine magie, il faut le reconnaître, est-on condamné à ne rien pouvoir expliquer, à ne faire aucune hypothèse sur le fonctionnement d’une “technologie” qui nous dépasse ? Vient alors une question légitime : Et si le Yi Jing avait une intentionnalité qui lui était propre ? Non celle d’un divin mais plutôt celle d’un égrégore ? C’est cette piste qui est soulevée par Alain et que nous n’avons pu approfondir, que nous proposons ici d’explorer brièvement.
J’ai repensé de suite à un ouvrage de Qi-Gong qui m’a toujours fasciné. Il s’intitule : “QiGong Sibérien : la face cachée du Chi-kung”. La première édition date de 2003, a été écrit par deux Russes, Marina et Victor Zalojnov, originaires de Sibérie, experts en arts corporels, musiciens chevronnés et ayant surtout dirigé un centre de recherche en médecine énergétique et informative au centre de médecine traditionnelle de Kémorovo en Russie dans les années 90. Dans cette partie, nous développons donc un point de vue plus ésotérique sur le Yi Jing pour prolonger la réflexion et discuter dans quelle mesure le Yi Jing peut avoir un lien avec la notion d’égrégore.
Dans cet ouvrage, l’égrégore est défini comme suit p.63 :
“Conglomérat et structure énergétique dont les éléments sont liés sous un unique signe d’information énergétique. Certains égrégores dépendent de l’homme, d’autres non. Dans le cas de ceux qui dépendent de l’homme, ils ont été constitués par des individus qui possèdent un même intérêt, point ou objet d’attention. Par exemple, on peut considérer que le temps d’un trajet, les passagers d’une rame de métro constituent un égrégore, une structure énergétique ; un égrégore particulièrement éphémère qui se défait avec les diverses montées et descentes. Un égrégore, pour être puissant doit être maintenu dans sa forme.”
4.1 Résumé du schéma explicatif de l’ouvrage de Zalojnov
A la conception d’un être humain, lorsque les deux enveloppes énergétiques du père et de la mère se rencontrent, se forme le petit tourbillon d’un nouvel être à venir. Ce dernier, à la naissance, va s’incarner dans la matière vivante et grandir. En grandissant et tout au long de sa vie, l’enfant puis l’adolescent et l’adulte va acquérir de l’information (auprès de son environnement proche, puis dans le cadre d’une formation, des rencontres etc.). Cette information va permettre d’attirer de l’énergie pour réaliser des actions et pourra aussi s’accumuler. Quand cette énergie a constitué une réserve et a dépassé la quantité d’information acquise antérieurement, elle va attirer une nouvelle information qui à son tour, nécessitera de l’énergie pour se réaliser. On a tous expérimenté cette dynamique d’apprentissage : une lecture ou un reportage sur la cuisine par exemple, nous amène à expérimenter (énergie) la mise en pratique des recettes. A force d’expérimenter la fabrication de plats, et à partir de cette expérience acquise, on a besoin d’en savoir plus. On fait alors une formation en cuisine (nouvelle information) etc…
« Cette dynamique prend la forme d’une spirale : Les spirales sont constituées de couches informationnelles successives et en commençant à absorber l’énergie, elles déploient peu à peu leurs boucles (leurs spires) qui accumulent de l’énergie, tout en formant le corps physique”. P54.
Le schéma ci-dessous est extrait du livre :

4.2 Derrière ces manifestations se cache des correspondances microcosme / macrocosme
Néanmoins, dans un monde répondant au principe de l’unité du réel, se cache derrière ces manifestations matérielles, des correspondances organisationnelles plus larges au niveau cosmos/macrocosme. C’est là qu’intervient l’égrégore en tant que structure énergétique. L’égrégore est une forme de méta-personnalité énergétique (conglomérat) dotée d’une intention propre. L’égrégore va placer dans un terreau qu’est le monde matériel, une graine, c’est-à-dire une forme de semence (le futur être humain) afin qu’elle se développe. L’égrégore va le doter d’une âme, d’une personnalité, d’un potentiel énergétique, et va orienter le développement de son individualité et ses capacités de perfectionnement. Car, pour se développer en tant que structure, l’égrégore a besoin de “récolter” des informations énergétiques à partir de ses semences. Aussi, c’est un flux continu d’énergie et d’information qui s’organise entre l’égrégore et les êtres humains (ou non humains). D’un côté, les égrégores confient des missions (a) donne pour chacun une réserve énergétique de base plus ou moins importante (b) calibre un spectre énergétique compatible avec cette mission. D’un autre côté, les êtres humains, durant leur incarnation, accumulent plus ou moins d’énergie et d’information, et cette récolte va intéresser l’égrégore pour son développement.
Cette récolte est variable : durant leur vie, certaines personnes ne vont pas amener d’énergie et d’informations supplémentaires à l’égrégore par rapport à la réserve de base. Autrement dit, l’égrégore ne va rien apprendre de nouveau à travers la vie de certaines personnes. Ces dernières pourront donc être replantées (réincarnées) assez rapidement. A l’inverse, d’autres personnes vont particulièrement intéresser l’égrégore car ayant développé une quantité et qualité d’information et d’énergie acquise au cours de la vie supérieure à la réserve initiale. En effet, cette réserve dont nous faisons l’acquisition par nos expériences et décisions personnelles, et que nous apportons à l’égrégore, va contribuer à déterminer les caractéristiques et l’individualité de l’égrégore, sa différence par rapport aux autres égrégores. Donc, plus l’égrégore récolte de réserves, plus il se développe.
Le schéma ci-dessous, tiré du livre, présente l’organisation générale énergétique des conglomérats égrégoriens qui structurent les flux d’énergie entre le terreau et leur entité propre.

On complètera ce schéma par deux points :
- Les égrégores n’ont pas tous la même maturation. Comme les êtres humains, certains sont jeunes et cherchent à accumuler une réserve d’énergie. Ils organisent des “récoltes monotypes”. Ce sont des structures qui travaillent activement avec les hommes en les unissant dans un même rythme et une même direction de développement, pour obtenir une récolte plus abondante d’un type d’énergie précis. D’autres, qui ont acquis cette réserve, vont confier des missions purement informationnelles à des observateurs.
- Les individus ne se voient pas tous confier la même mission par leur égrégore durant leur incarnation et indépendamment de cette mission, ils ont des degrés de liberté de sorte que leur choix et leurs décisions peuvent aussi changer leur destin. Ces expériences individuelles de réelle liberté peuvent tout à fait intéresser l’égrégore. On distingue trois cas selon les degrés de liberté mais aussi la maturation de leur égrégore :
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- Cas 1 – Pour certains, la vie ressemblera à un couloir fermé avec une mission précise. Ils ne s’en écarteront jamais et n’auront jamais cette volonté.
- Cas 2 – Pour d’autres, la vie ressemblera plus à une arborescence avec des variantes et des carrefours. Ils n’auront de réels choix qu’à ces carrefours, moments particuliers dans l’espace et le temps. Sachant que si l’inertie prédomine, avec le temps la personne peut glisser vers le cas 1.
- Cas 3 : L’individu est mobile et possède une réserve énergétique et expérience suffisante (celle des vies antérieures). Il a la force non seulement de prendre des décisions et de les mener à bien mais en plus, d’ajouter ses propres variantes d’itinéraires lors de passages aux carrefours de la vie et de créer ses propres carrefours. C’est un joueur de haut niveau qui peut agir sur son propre sort ou sur celui des autres.
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Et Zalojnov ajoute : “La capacité de ressentir son chemin peut être développée à partir de variantes très simples et qui sont faciles à pratiquer à tout moment dans la vie. Il est nécessaire pour cela de prêter attention à sa propre intuition et d’apprendre à s’écarter de la logique humaine”.
Quid du Yi Jing ? : discussion
A partir de cette synthèse et de ce qui a été dit avant sur le Yi Jing, quels éclairages peut-on apporter ? Notamment, la question qui se pose pourrait être la suivante : Le Yi Jing relève-t-il d’une structure particulière c’est-à-dire d’un égrégore ou bien du Tao, c’est-à-dire de l’absolu ?
A notre niveau de conscience individuelle, il est impossible de répondre à cette question. Au mieux peut-on faire quelques suppositions qui resteront au niveau de la croyance personnelle. Mais si intentionnalité il y a dans le Yi Jing comme peut le supposer Alain, de quelle structure relève-t-elle ? Procédons par élimination en lien avec le schéma ci-dessus :
- Yi Jing & jeune égrégore ?: il semble difficile d’affirmer que le Yi Jing relève d’un jeune égrégore en phase de croissance de développement tout simplement car il est très ancien et ne s’intéresse pas à une croyance en particulier, ou une mission ou un type d’énergie spécifique.
- Yi Jing & vieil égrégore ?: l’appartenance à un vieil égrégore peut aussi être questionnée : le Yi Jing aurait de grandes réserves d’énergie, ayant été utilisé depuis longtemps dans de nombreuses situations et la démarche de capitalisation du savoir au départ, lui aurait donné rapidement une maturité avancée étant capable d’intervenir dans n’importe quelle incarnation. Néanmoins, si cela était le cas, se pose deux questions. Celle de la dimension collective et celle de la capacité du Yi Jing à nous mettre en cohérence avec le principe de la nature omni-englobante. Ces deux caractéristiques dépassent-elle le périmètre d’un égrégore en particulier se partageant le territoire avec d’autres ? Si oui, alors on peut en déduire que le champ d’un égrégore serait trop restrictif pour le Yi Jing.
- Yi Jing & Tao suprême ?: Au final, il n’est pas totalement impossible que le Yi Jing relève plus du TAO, c’est-à-dire de la structure suprême plutôt que d’un égrégore en particulier. Plusieurs arguments peuvent être avancés : (a) Son antériorité historique par rapport aux grandes religions pourrait aller dans ce sens. Les six caractéristiques que nous avons dégagées — transaction avec l’incertitude, dialogue avec la nature omni-englobante, langage, jaillissement, articulation individuel/collectif, éducation en système ouvert — semblent suffisamment transversales pour suggérer l’appartenance à une méta-structure. Le Yi Jing n’est ni une idéologie ni une religion dotée de temples et d’institutions ; il relèverait plutôt d’une sagesse de la nature, à l’image du Tao.
Il n’y a pas dans le Yi Jing, cette idée de développer les “partisans du Yi Jing” comme un courant d’idée ou d’appartenance, comme cela a été le cas pour les “démocrates”, les “capitalistes”, les chrétiens, musulmans ou juifs. Le système ouvert que produit le Yi Jing semble à l’opposé de cette partition du monde énergétique conduisant plutôt à des chemins balisés ou fermés que des chemins ouverts. Dans ce sens, le Yi Jing aurait plutôt une aptitude à détecter les arborescences possibles dans une incarnation ou ouvrir l’éventail des possibles.
Au final, ce passage par l’étude des égrégores nous a permis de maintenir notre hypothèse de départ, à savoir celui d’un diapason capable de détecter les chemins possibles en accordant le consultant à ces chemins…chemins dont le TAO a les secrets !