NON !

 
dispute

Une mère est en con­flit avec son fils âgé de 8 ans. Très bon élève, mais qui refuse depuis une semaine tout tra­vail à l’école. Il rend ses copies blanch­es et ne prend pas ses devoirs à faire le soir. Elle ne com­prend pas pourquoi (la maîtresse non plus) et se trou­ve devant un mur. Il n’a plus envie de tra­vailler. Ça l’ennuie, c’est tout !

Dému­nie, elle pose la ques­tion au Yi Jing : « Quel con­seil pour sor­tir de cette impasse ? »

La réponse obtenue est l’hexagramme 52, « Sta­bilis­er » avec les traits 2,3 et 5 mutants, ce qui donne l’hexagramme 59, « Dénouer » en hexa­gramme de per­spec­tive.

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H. 52, « Sta­bilis­er »
Hexa­gramme de sit­u­a­tion

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H. 59, « Dénouer »
Hexa­gramme de per­spec­tive

Lors de l’analyse d’un tirage, le Yi Jing devient un vrai voy­age. Un proces­sus émo­tion­nel. Chaque vari­a­tion s’enrichit des autres. Chaque frag­ment con­tient la charge du précé­dent, la promesse du suiv­ant. Un réseau se con­stitue, des jeux d’échos, de cor­re­spon­dance, selon un ordre sous-jacent.

Pré­parons donc le ter­rain en suiv­ant le pro­to­cole habituel afin que l’intuition puisse se dévelop­per sans risque.

1- L’analyse de la figure de l’hexagramme de situation

 Nous con­sta­tons une majorité de traits yin (4 sur 6), et deux traits yang en sit­u­a­tion de traits de « Pas­sage ». Nous avons déjà là une indi­ca­tion : la mère abor­de une sit­u­a­tion où un proces­sus de réor­gan­i­sa­tion dans la sou­p­lesse est bien présent. Mais le pas­sage vers autre chose se fera par le biais d’une déci­sion ferme, yang.
Nous avons dans la fig­ure autant de traits « cor­rects » qu’ « incor­rects » (tou­jours par rap­port à H.63, « Déjà tra­ver­sée » où tout est en ordre). Cela sig­ni­fie que la sit­u­a­tion ne va pas bas­culer rapi­de­ment. Elle a juste besoin d’être sta­bil­isée, une pos­si­bil­ité de retomber sur ses pieds…
Quant‑à l’enveloppe (1er et 6ème trait), elle est de dynamique autom­nale :    les fruits n’apparaîtrons que plus tard.

Et les tri­grammes ? Que nous don­nent-ils comme infor­ma­tions sup­plé­men­taires ?
Ils sont tous les deux de même impor­tance :

Gen, la Mon­tagne, c’est une sta­bil­i­sa­tion spon­tanée et non un con­trôle exer­cé par la volon­té : vers l’extérieur, la maman est prête à pass­er à un autre niveau

 

Gen, Idem. À l’intérieur, elle va lut­ter con­tre son emporte­ment, sta­bilis­er son émo­tion, quit­ter cette force qui l’entraîne. Il s’agit ici de maîtrise et d’apaisement. 

 

On dit que la Mon­tagne abrite en son cœur la tombe des Ancêtres. « Gen est le tri­gramme du Nord-Est. C’est ici que les dix milles êtres atteignent la fin de leur développe­ment, mais aus­si le début de leur développe­ment » Shuo Gua 5 (VII­Ième Aile). C’est donc un pas­sage.

Les deux tri­gramme pos­sé­dant un même mou­ve­ment vers le bas, la réponse a une énergie descen­dante. Cela sig­ni­fie un ancrage.

2- L’hexagramme opposé

C’est le 58, « Échang­er ». A cette infor­ma­tion, la maman fait un pas en arrière et com­prend qu’il ne s’agit pas de com­mu­ni­quer légère­ment, l’air de rien, pour régler le prob­lème avec son fils mais bien de met­tre de l’ordre dans son cœur et dans ses paroles

3- L’hexagramme nucléaire

Le 40, « Délivrance ». Au cœur de la sit­u­a­tion œuvre un soulage­ment dû à la sépa­ra­tion nette entre le dedans et le dehors, l’avant et l’après, le pos­si­ble de l’impossible. Cette lec­ture amène la maman à réalis­er l’état fusion­nel qu’elle a avec son enfant.
Ces dif­férentes infor­ma­tions lui font com­pren­dre qu’elle doit d’abord recou­vr­er une cohérence intérieure.

4- L’hexagramme de situation

Le 52, « Sta­bilis­er » obtenu en réponse indique à la maman un arrêt de ses mécan­ismes ordi­naires. Quelque chose l’entraîne con­tre son vouloir… Une prise de con­science per­met de se calmer afin de repren­dre la main et pou­voir pass­er à autre chose avec son fils. L’intentionnel, la maîtrise, la saisie, sont con­tre-pro­duc­tifs car la sit­u­a­tion demande au con­traire d’abandonner tout volon­tarisme et con­trôle exces­sif.

À la lec­ture du Juge­ment, une phrase retient par­ti­c­ulière­ment son atten­tion et la fait réa­gir : Agir à la cour sans voir per­son­ne. C’est se couper du regard des autres ! Et là, elle saisit d’un coup dans quel rôle social quelque peu rigide elle se tient face à son fils. Un rôle de mère mod­èle qui veut faire de son fils un élève mod­èle pour devenir un homme arrivé et mod­èle… L’hexagramme opposé, le 58, « Échang­er » lui sig­nifi­ait déjà qu’il n’était pas ques­tion pour elle de rela­tion légère, mais bien d’une soli­tude où elle doit juste­ment se défaire du regard des autres. Un retour vers soi… par­venir à agir avec intégrité et détache­ment… ne vivre en quelque sorte que le présent immé­di­at.

Mais que pré­cise la con­jonc­ture spé­ci­fique à son égard ? Regar­dons les 3 traits mutants :

5- Les traits mutants

2ème trait

il est en cor­re­spon­dance de voisi­nage avec le 3ème qui est égale­ment pointé par la muta­tion. Le texte du sec­ond aver­tit : Pas de délivrance pour qui SUIT Le cœur n’est pas joyeux. Étant don­né que SUIT est indiqué en let­tres majus­cules, il s’agit là de l’hexagramme 17, « Suiv­re », ce qui sig­ni­fie l’importance pour la maman de se res­saisir car elle paraît tou­jours sous influ­ence. Et ce n’est pas la joie !
Si l’on regarde la posi­tion de ce sec­ond trait dans les tri­grammes, on con­state qu’il est à la base du tri­gramme Kan, l’abîme, le dan­ger. Le voisi­nage avec le 3ème va faire qu’il va suiv­re ce trait dans son erreur.

Le dérivé de la ligne, l’hexa­gramme 18, « Remédi­er au cor­rompu » mon­tre que la sit­u­a­tion s’est dégradée avec le temps au niveau de la ges­tion con­crète et quo­ti­di­enne (trait Préfet). Il est néces­saire d’y remédi­er afin de devenir autonome et de recréer l’occasion d’un nou­veau départ.

3ème trait

il se trou­ve au cen­tre du tri­gramme Kan. C’est un trait de pas­sage de l’intérieur vers l’extérieur. Là, le dan­ger est bien présent ! Le trait dépasse le yang néces­saire. Le désir de la maman est beau­coup trop réac­t­if, volon­tariste, bru­tal et inadéquat : raidisse­ment de la colonne vertébrale Dan­ger Le cœur suf­foque. Alors qu’il lui faudrait sta­bilis­er la région lom­baire, c’est à dire laiss­er la libre cir­cu­la­tion entre le haut et le bas, recou­vr­er l’adéquation corps-esprit dans une intégrité qui est la base pour franchir le seuil et agir avec sou­veraineté.

Le dérivé, l’hexa­gramme 23, « Usure » pointe l’état de grande fatigue résul­tant du con­trôle arbi­traire exer­cé par le troisième trait. Il s’agit donc de lim­iter au max­i­mum l’action vers l’extérieur. C’est la fin d’un cycle (hexa­gramme cal­endérique) qui demande des éla­gages indis­pens­ables.

5ème trait

C’est le trait Sou­verain. La maman a heureuse­ment égale­ment en elle cette pos­si­bil­ité de maîtrise. Elle est alors tout à fait en mesure de se tourn­er favor­able­ment vers son fils. Mais ses paroles doivent refléter son calme intérieur : Sta­bilis­er les os max­il­laires et sa cohérence retrou­vée : Les paroles sont ordon­nées Tout regret dis­paraît.
Intéres­sant là encore de regarder la posi­tion du 5ème trait dans les tri­grammes qu’il touche :

Il est au cen­tre de Gen, la Mon­tagne et à la base de Zhen, le Ton­nerre.

La jonc­tion de ces deux tri­grammes donne l’hexagramme 27, « Nour­rir » qui con­cerne un manque deman­dant à être comblé, mais qui a égale­ment à voir avec l’entretien quo­ti­di­en de la vie, la mod­éra­tion des paroles et la maîtrise du manque.

Le dérivé de la ligne, l’hexa­gramme 35, « Pro­gress­er pas à pas » sig­ni­fie que cette sit­u­a­tion où la maman doit rester en accord avec elle-même et ses valeurs pro­fondes, va pro­gress­er en une avancée gradu­elle, avec des pas en arrière qui font par­tie inté­grante du proces­sus.

Les trois traits mutants dans cet hexa­gramme de sit­u­a­tion vont faire que cette dernière est « grosse » de l’hexagramme 59, « Dénouer »

6- L’hexagramme de perspective

Cet hexa­gramme sig­ni­fie qu’il faut regarder le tirage obtenu dans la per­spec­tive d’une sit­u­a­tion qui con­naît une oppor­tu­nité favor­able : tout ce qui était figé (struc­ture établie, repères et blocages) est emporté, dis­sout. Une lib­erté d’action est retrou­vée. Mais ce n’est pas facile car il s’agit accepter une dis­so­lu­tion du cadre. Rester au cen­tre sans appréhen­sion induit pour la maman d’être ancrée dans ce qui fonde son unité intérieure, de renouer avec ses valeurs pro­fondes qu’elle avait apparem­ment oubliées. Le roi en se reliant réalise le tem­ple des ancêtres dit le Yi Jing. Car ces valeurs per­durent au-delà de l’éphémère. La réponse indique qu’il lui est néces­saire de quit­ter avec audace et courage ses repères habituels pour fonc­tion­ner dif­férem­ment et… tenir bon. Les ancêtres sont présents aus­si bien dans le Juge­ment que dans la Grande Image. D’où leur impor­tance. C’est un fil directeur…

Retour d’expérience

La réponse de son tirage a inter­pel­lé pro­fondé­ment la maman. La prise de con­science et la mise en pra­tique n’est pas chose facile… surtout lorsque l’on a été for­matée depuis longtemps par de telles exi­gences (elle les a elle-même subies).

Elle a ain­si demandé de l’aide à un thérapeute afin de pou­voir recou­vr­er la paix en elle-même et avec son fils sur le long terme (Rap­pelons qu’elle n’avait pas le 6ème trait en muta­tion, celui qui lui aurait per­mis de sor­tir de la sit­u­a­tion de façon heureuse. En effet, car­ac­térisé par une rare capac­ité de trans­for­ma­tion intérieure ce trait s’ouvre sur quié­tude remar­quable).