Etape 3 : Le calcul
L’expression chinoise traditionnelle correspondant à ce que nous appelons “tirage” est 算卦 suàn guà : “calcul des hexagrammes”.
卦 guà, le second mot désigne en fait tout aussi bien les trigrammes que les hexagrammes. Etymologiquement il signifie : pratiquer la divination (à l’aide de baguettes d’achillée). On retrouve en sa partie droite la graphie 卜 pǔ qui représente une craquelure sur os. Le composant de gauche 圭 guī symbolise un objet cérémoniel de jade ou d’ivoire à base carrée avec une pointe au sommet. Il pourrait s’agir d’une tablette d’accréditation donnée par l’empereur aux nouveaux princes ou à ses émissaires. Mais une autre interprétation correspond à une tablette de mesure que 
算suàn, le premier caractère a pour sens courant “calculer”. Il désigne également les 
Ainsi détaillé le “tirage” perd son caractère aléatoire et redevient l’observation d’un résultat déterminé (par la manipulation et le décompte de baguettes). Ce qui est déterminé, ce qui est mesuré, c’est une position.
Mais quelle rapport y a‑t’il entre le calcul et la divination ? Quelle est la chose commune déterminée ?
Rappelons que comme dans de nombreuses autres civilisations, l’apparition de l’écriture en Chine est postérieure et conséquence de la figuration des nombres. La transmission et l’échange des savoirs s’effectuait verbalement et ne nécessitait pas le stockage de l’information. L’écriture des nombres peut correspondre à trois besoins : mémorisation de quantités pour un usage ultérieur (archivage de stocks par exemple), mémorisation du contexte (par les inscriptions sur bronze on décrivait les circonstances et l’objectif du sacrifice ou de l’offrande), ou abstraction quantitative pour opérations mentales de calcul.
Le chiffre est souvent considéré comme la représentation, l’abstraction, du geste physique, de l’opération qui permet de l’obtenir. Mais en Chine ancienne 
S’il ne s’agit pas de mathématique, alors pourquoi déterminer et mémoriser ces valeurs numériques par l’écriture ?
Ce qui différencie l’oral de l’écrit c’est qu’à l’oral il y a un partage évident du contexte : les interlocuteurs sont dans un lieu et un temps commun. A l’écrit ce contexte n’est pas présent : il est nécessaire de le déterminer : une des grandes fonctions du texte est en fait la définition ou le rappel du contexte.
C’est également ce que fait la tablette de mesure : elle permet la situation d’une position locale vis-à-vis d’un contexte possiblement en mouvement.

Le Yi Jing : générateur aléatoire de réponses ? (3/6)