Danse au-dessus des ravins

Ne pas écouter le Yi Jing ?
La précédente analyse “La Non Errance” suivait un mouvement qui allait du cadre vers l’autonomie. Celle-ci reprend le même protocole, mais deux choses changent :
- la consultation est faite pour quelqu’un d’autre
- le conseil n’a pas été suivi.
Cadrage
Le protocole
Le cadre est le même que dans l’analyse précédente, et ce sera une nouvelle opportunité de vérifier point par point l’approche rigoureuse de l’interprétation que permet le protocole défini par Dominique Bonpaix à partir des enseignements du Groupe Djohi et de sa propre expérience.
Le cadre vaut aussi pour la relation
La nouveauté tient au fait que la consultation ne concerne pas l’interprète. Le protocole s’étend alors au-delà de la lecture, jusqu’à la manière de se tenir vis-à-vis de la personne qui consulte. Dominique Bonpaix l’énonce en une phrase, au moment où le silence de Katia se prolonge : “Dans notre protocole, ce n’était pas à moi de la rappeler.”
La règle est de ne pas poursuivre. L’analyse est remise, puis l’interprète se retire. L’autonomie n’est plus seulement le terme du parcours interprétatif, elle est inscrite dans la relation elle-même, et elle a un prix : la personne reste libre de ne pas suivre.
La liberté de ne pas suivre
Katia n’a pas suivi. Le conseil était pourtant précis : ne pas prendre l’obstacle pour soi, prendre de la distance, chercher un regard extérieur. Face à un maître de ballet dont l’humeur était en réalité sans rapport avec elle, elle a dénoué ses pointes et cessé de danser. Dominique Bonpaix ne masque pas cet échec : le courant de confiance sur lequel il fallait prendre appui, écrit-elle, n’a pas été efficient.
Publier une consultation dont l’avis n’a pas porté dit quelque chose qu’aucun exemple réussi ne dirait aussi bien. Une méthode qui garantirait l’adhésion ne serait pas émancipatrice, elle serait contraignante. Ce que le cadre offre, c’est un conseil argumenté et vérifiable, non une emprise sur celui qui le reçoit.
Le nom de l’hexagramme de perspective ajoute le dernier mot. 習 xí, dans 習坎 xí kǎn, désigne la répétition, l’exercice repris. Le ravin ne se franchit pas d’un coup, il se travaille. L’échec d’une consultation n’est pas l’échec d’une vie. Dominique Bonpaix exprime sa conclusion sous forme d’ouverture.
Une question à nouveau ouverte
Le texte se referme sur une interrogation qu’il ne tranche pas : la réponse obtenue annonçait-elle les événements ? L’autrice donne d’abord la parole à une précieuse mise en garde de Jean-Philippe Schlumberger contre les projections dans les formes du Yi Jing de ce que l’on sait déjà de la situation. Elle donne ensuite encore plus d’espace au lecteur ou à la consultante en évoquant une hypothèse plus spéculative sur la nature du temps et notre rapport au futur.