03
Chún
Difficulté initiale

Jugement

zhūn   yuán   hēng   lì   zhēn   wù   yòng   yǒu   yōu   wàng   lì   jiàn   hóu
  zhūn  
difficulté initiale
Difficulté initiale
  yuán    hēng  
originel ; croissance
Le principe initial est prospère.
   lì     zhēn  
profitable ; constance
La constance est profitable.
   wù     yòng  
ne pas ; agir
Ne pas agir
  yǒu    yōu    wàng  
y avoir ; où ; aller
Il y a où aller.
   lì     jiàn    hóu  
profitable ; instituer ; feudataire
Il est profitable d’instituer des feudataires.

Structure du Jugement

Il y a dans l’hexagramme 03 deux fois plus de traits yin que de traits yang.
Il est précédé du 02 坤 kūn « Elan réceptif », et suivi du 04 蒙 meng « Inexpérience » (ils appartiennent à la même paire).
Son Opposé est 50 le gua 鼎 dǐng « Chaudron ».
Son hexagramme Nucléaire est 23 l’hexag. 剝 bō « Elaguer ».
Les traits maîtres sont celui du bas et le cinquième.
Les Formules Mantiques utilisées dans ce texte sont : 元亨 yuán hēng ; 利貞 lì zhēn ; 勿用有 wù yòng yǒu

Trait du bas

pán   huán   lì   jū   zhēn   lì   jiàn   hóu
  pán    huán  
rocher ; borne
Hésiter
   lì      jū     zhēn  
profitable ; demeurer ; constance
Il est profitable de demeurer constant.
   lì     jiàn    hóu  
profitable ; instituer ; feudataire
Il est profitable d’instituer des feudataires.

Structure du Trait 1

Le premier trait représente en général l’entrée dans la situation ou ce qui est tout en bas.
Il est, avec le cinquième trait, maître de l’hexagramme.
S’agissant d’un trait yang à un rang impair, il est donc renforcé.
Il est à la base du trigramme ☳ 震 zhèn correspondant à l’élément 雷 léi « Tonnerre ».
Son Dérivé est H08 l’hexagramme 比 bǐ « S’allier ».
La seule Formule Mantique présente dans ce chapitre est : 利居貞 lì jū zhēn

Notes de Traduction

Au début du début du début…

Les hexagrammes H01 qián et H02 kūn expriment les deux grands pôles “Ciel et Terre” entre lesquels se manifestent les dix mille êtres. Ils sont, de ce point de vue, à part dans l’organisation et l’ordonnancement des guas. C’est pourquoi zhūn le troisième hexagramme peut être considéré comme le véritable commencement “des choses”.

A ce commencement correspond un autre premier pas, exprimé par le premier trait.

Le texte associé à ce trait commence lui-même par une formule de prime abord un peu énigmatique : “磐桓 pán huán ; rocher-borne”…

Ces deux mots juxtaposés peuvent donc être considérés comme “le début du début du début”.

L’art de la traduction est un phénomène itératif. Cette phrase l’illustre parfaitement :

Philastre se limite au mot-à-mot et traduit : “Immobilité de la borne”. Les métaphores de la borne ou du pieu expriment selon lui l’immobilité et la droiture, ainsi que l’empêchement d’avancer. Beaucoup plus tard Whilelm et Perrot l’interprètent en “Hésitation et obstacle” que Vinogradoff nuance à peine avec “Hésiter devant l’obstacle”. Javary semble effectuer une régression avec sa “Pierre dressée” mais il discerne avec justesse dans ses notes de traduction une opposition entre le premier mot évoquant des roches plates, horizontales et le second représentant une colonne rituelle en bois, verticale.

Que nous proposent les dictionnaires ?

Pour le premier terme pán le dictionnaire Couvreur énonce “Grosse pierre, rocher, inébranlable comme un rocher, grand, vaste, spacieux; obstacle.”, alors que le Ricci donne “Gros rocher” et par extension ”Ferme; stable; inébranlable”.

Sont donc convoquées les notions de “grande étendue” et de “solidité”, mais également celle d’”obstacle”.

Le second mot huán désigne selon le dictionnaire Couvreur “une colonne”. Les trois premiers sens proposés par le Ricci sont “1. Poteau indicateur du nom d’un lieu; colonne; stèle; signal. 2. a. Courageux; intrépide; martial. b. Grand; vaste. ”.

Il y a donc “une référence verticale”, mais aussi une notion de “conquête” et encore une fois la notion de “grande étendue”.

Indépendamment du sens de chacun des mots, pour l’expression complète 磐桓 nous trouvons dans le dictionnaire Couvreur “Ne pouvoir avancer, hésiter, être irrésolu” alors que le Ricci donne “Ne pas avancer; hésiter. S’attarder; rester longtemps; séjourner.”

Etymologie, composantes

pán est composé en bas de la clé shí “pierre” qui exprime à la fois les notions de solidité et d’immobilité, voire de stérilité, mais également les pierres de construction et diverses unités de mesures ou les pierres musicales de la Chine ancienne. Il y a donc les notions de gradation, de repérage et d’ordonnancement ou de mise en phase et d’harmonisation. La partie haute du caractère est bān “sorte”. Il est selon le Shuo Wen lui-même composé à gauche d’un mot qui représente une barque et à droite d’un autre figurant un bâton pointu ou crochu servant à l’orienter en prenant appui sur les obstacles. Un outil analogue, en bambou était disposé à l’avant des chars de guerre pour leur ouvrir la voie. Les premiers sens que donne le Ricci à bān sont “1. Sorte; catégorie. 2. Semblable à. De ce genre”.

Nous pouvons donc également en retenir la notion de classification par genres, de discernement au milieu d’une mêlée d’obstacles.

huán est composé à gauche de la clé 木 « arbre ; bois » qui évoque la notion d’expansion, de développement vertical, mais aussi selon le Ricci celle d’engourdissement. Le développement vers le haut s’appuie sur l’enracinement.

Le caractère de droite « tourner en rond » exprime selon le Shuo Wen, l’idée d’explorer complètement un lieu. Le Wieger le décompose ainsi en un symbole central exprimant la rotation 日 “jour ; soleil” entre deux traits extrêmes en haut et bas. Nous retrouvons ainsi l’évocation des dix mille êtres entre le Ciel et la Terre.

Sont donc condensés, pétrifiés, stratifiés dans ces deux mots la distinction entre le haut et le bas, l’horizontal et le vertical, le regroupement par similitude ou différenciation de classes parmi les dix mille êtres.

La figure minérale du premier mot pán n’exprime pas immobilité ou une infertilité, ni même une hésitation pétrifiée, mais bien la réalisation, la matérialisation par strates, l’établissement et le maintien de la dynamique d’un projet par point d’appuis successifs où tout ce qui apparaît est sujet à identification. Identification du même ou du dissemblable, du continu ou du discontinu, mais de toute façon élaboration patiente d’une conception du monde. C’est la différenciation entre le Ciel et la Terre qui permet le don du Ciel, dépôt vertical, et la construction par combinaison de strates horizontales de l’ensemble des possibles.

La clé du bas est selon le Wieger « un morceau tombé ou détaché de 广 la falaise » : les éléments proviennent d’un Tout homogène plus élevé et, s’accumulant au pied de ce Tout, en établissent ou consolident le fondement. La pierre devient alors la figure métaphorique du Mandat du Ciel : confirmation et engagement dans le renforcement de la voie du Ciel-Terre.

La distinction et le discernement des différentes formes sont apportés par le “groupe complexe” (!) bān “sorte”. De même que la chute des pierres depuis le haut de la falaise au lieu de la diminuer la renforce, il y a confirmation de la dynamique initiale figurée par “ la jonque”, réceptacle en mouvement autonome sur un flux constant, dont la proue relevée, le gouvernail à l’arrière et les rames latérales sont autant d’émergences, d’expressions , pour en renforcer ( petite table basse) la direction agissante ( main). Le tri, l’ordonnancement et la hiérarchisation ainsi opérés renforcent ainsi la cohésion de l’ensemble.

La figure végétale du second mot huán s’enracine dans le socle fertile du premier terme pán et ne révèle donc pas une immobilité ou une infertilité, ni même une hésitation végétative, mais au contraire une démarche, un projet délibéré, de (re)co-nnaissance :

Le cycle accompli par le soleil entre les deux traits de exprime la mise en lumière complète et l’examen de tout ce qui se trouve entre Ciel et Terre.

A sa gauche la dynamique de la croissance verticale végétale condensée dans l’image de l’arbre montre et ordonne les liens entre les racines souterraines et l’émergence arborescente par-delà le trait horizontal. Le ligneux du bois prend appui et nourrissement sur les strates sédimentaires minérales, condensats organisés d’un flottement préalable. Cette projection témoigne d’un projet délibéré par la convergence des racines en un tronc commun. Y sont donc déjà envisagés les “fruits ” des deuxième et troisième lignes du texte et convoqués l’intérêt de “居貞 jū zhēn profitable ; demeurer constant” (le tronc commun) et d’ “建侯 jiàn hóu ; instituer des feudataires” (les racines et les branches, tenants et aboutissants).

Second Trait

zhūn   rú   zhān   rú   chéng   mǎ   bān   rú   fěi   kòu   hūn   gòu   nǔ   zǐ   zhēn   bù   zì   shí   nián   nǎi   zì
  zhūn     rú   
difficulté initiale ; comme
Comme en difficulté initiale,
  zhān     rú   
avancer difficilement ; comme
comme avancer difficilement,
 chéng    mǎ     bān     rú   
attelage ; cheval ; en ordre ; comme
Comme monter à cheval et hésiter à avancer.
  fěi    kòu    hūn    gòu  
bandit ; brigand ; mariage ; mariage
Ne pas forcer l’alliance.
   nǔ      zǐ     zhēn     bù      zì   
femme ; jeune ; présage ; pas ; engendrer
Pas de présage d’enfantement pour la jeune femme.
  shí    nián    nǎi     zì   
dix ; année ; alors ; engendrer
Au bout de dix ans, enfantement.

Structure du Trait 2

Le second trait est au milieu de ce qui est en bas ou à l’intérieur. Il représente en général le pouvoir d’application de ce qui est nécessaire ou décidé.
S’agissant d’un trait yin à un rang pair, il est donc renforcé, et sa centralité augmente encore ce renforcement.
Il est au milieu du trigramme ☳ 震 zhèn correspondant à l’élément 雷 léi « Tonnerre » et à la base du trigramme ☷ 坤 kūn correspondant à l’élément 地 dì « Terre ».
Son Dérivé est H60 l’hexagramme 節 jié « Tempérance ».
Aucune Formule Mantique…

Troisième Trait

鹿
jí   lù   wú   yú   wéi   rù   yú   lín   zhōng   jūn   zǐ   jǐ   bù   rú   shě   wàng   lìn
鹿
   jí      lù   
poursuivre ; cerf
Poursuivre le cerf
   wú      yú   
pas ; prévoir
sans y être prêt,
  wéi     rù   
consister à ; pénétrer
et ainsi pénétrer
   yú     lín   zhōng 
dans ; forêt ; au centre
jusqu’au milieu du bois.
  jūn     zǐ      jǐ   
noble ; héritier ; au tout début
Le noble héritier au moindre indice
   bù      rú     shě  
pas ; il vaut mieux ; renoncer
préfère renoncer.
  wàng    lìn  
aller ; gêne
S’engager serait source de regrets.

Structure du Trait 3

Le troisième trait est le plus haut trait du bas. Il est le lieu ou le temps de passage vers le haut ou l’extérieur.
S’agissant d’un trait yin à un rang impair, il est donc affaibli.
Il est au milieu du trigramme ☷ 坤 kūn correspondant à l’élément 地 dì « Terre », au sommet du trigramme ☳ 震 zhèn correspondant à l’élément 雷 léi « Tonnerre » et à la base du trigramme ☶ 艮 gèn correspondant à l’élément 山 shān « Montagne ».
Son Dérivé est H63 l’hexagramme 既濟 jì jì « Déjà passé ».
La seule Formule Mantique présente dans ce chapitre est : 往吝 wàng lìn

Quatrième Trait

chéng   mǎ   bān   rú   qiú   hūn   gòu   wàng   jí   wú   bù   lì
 chéng    mǎ     bān     rú   
attelage ; cheval ; en ordre ; comme
Comme monter à cheval et hésiter à avancer.
  qiú    hūn    gòu  
rechercher ; mariage ; mariage
Demander en mariage.
  wàng     jí   
aller ; bon augure
S’engager est propice.
   wú      bù      lì   
pas ; pas ; profitable
Rien qui ne soit profitable.

Structure du Trait 4

Le quatrième trait est le plus bas trait du haut. Il est le lieu ou le temps de passage de la transmission vers le bas ou l’intérieur.
S’agissant d’un trait yin à un rang pair, il est donc renforcé.
Il est au milieu du trigramme ☶ 艮 gèn correspondant à l’élément 山 shān « Montagne », au sommet du trigramme ☷ 坤 kūn correspondant à l’élément 地 dì « Terre » et à la base du trigramme ☵ 坎 kǎn correspondant à l’élément 水 shuǐ « Eau ».
Son Dérivé est H17 l’hexagramme 隨 suí « Suivre ».
Les Formules Mantiques utilisées dans ce texte sont : 往吉 wàng jí ; 无不利 wú bù lì

Cinquième trait

zhūn   qí   gāo   xiǎo   zhēn   jí   dà   zhēn   xiōng
  zhūn     qí     gāo  
difficulté initiale ; son ; fécond
Difficulté initiale féconde.
  xiǎo    zhēn     jí   
petit ; présage ; bon augure
Une petite persistance est propice.
   dà     zhēn   xiōng 
grand ; présage ; fermeture
Une grande persistance est innoportune.

Structure du Trait 5

Le cinquième trait est au milieu de ce qui est en haut ou à l’extérieur. Il représente le pouvoir de décision ou d’inspiration.
Il est, avec le trait du bas, maître de l’hexagramme.
S’agissant d’un trait yang à un rang impair, il est donc renforcé, et sa centralité augmente encore ce renforcement.
Il est au milieu du trigramme ☵ 坎 kǎn correspondant à l’élément 水 shuǐ « Eau » et au sommet du trigramme ☶ 艮 gèn correspondant à l’élément 山 shān « Montagne ».
Son Dérivé est H24 l’hexagramme 復 fù « Revenir ».
Les Formules Mantiques utilisées dans ce texte sont : 貞吉 zhēn jí ; 貞凶 zhēn xiōng

Trait du haut

chéng   mǎ   bān   rú   qì   xuè   lián   rú
 chéng    mǎ     bān     rú   
attelage ; cheval ; en ordre ; comme
Comme monter à cheval et hésiter à avancer.
   qì     xuè    lián     rú   
pleurer en silence ; sang ; rides à la surface de l’eau ; comme
Comme répandre des flots de larmes de sang.

Structure du Trait 6

Le dernier trait représente en général la sortie de la situation ou ce qui est tout en haut.
S’agissant d’un trait yin à un rang pair, il est donc renforcé.
Il est au sommet du trigramme ☵ 坎 kǎn correspondant à l’élément 水 shuǐ « Eau ».
Son Dérivé est H42 l’hexagramme 益 yì « Augmenter ».
Aucune Formule Mantique…

Grande Image

yún   léi   zhūn   jūn   zǐ   yǐ   jīng   lún
  yún    léi  
nuage ; tonnerre
Nuages et tonnerre.
  zhūn  
difficulté initiale
Difficulté initiale.
  jūn     zǐ      yǐ   
noble ; héritier ; ainsi
Ainsi le noble héritier,
  jīng  
établir les principes fondamentaux
établissant les principes fondamentaux,
  lún  
mettre en ordre
met en ordre.

Structure de la Grande Image

Les trigrammes absents sont ☴ 巽 xùn, ☲ 離 lí, ☱ 兌 duì, ☰ 乾 qián
Le personnage emblématique est : 君子 jūn zǐ, le noble héritier.