Hexagramme 7 : Shi · Troupe
Présentation Générale
Introduction et signification métaphysique de Shi
L’hexagramme 7, nommé Shi (師), représente une troupe ou une force organisée face au danger. Il symbolise la mobilisation collective et disciplinée en réponse à une menace. Shi incarne le principe de l’action coordonnée et de la résistance organisée, où l’intégrité personnelle joue un rôle essentiel pour l’expérience collective.
Cet hexagramme nous rappelle que face à l’adversité, la force vient de l’union et de la discipline, guidées par la droiture et la sagesse acquise.
Interprétation Générale de l’Hexagramme
Dans une situation de danger imminent, où le risque de perte de contrôle est réel, la droiture personnelle et l’expérience sont des atouts indispensables. Ces qualités sont essentielles pour déterminer les actions les plus adaptées et les plus efficaces pour faire face à la menace.
Il est impératif de se regrouper pour lutter contre le danger et faire rempart aux risques d’envahissement. Cette mobilisation de masse doit être guidée par une approche honnête et expérimentée, pour garantir des stratégies efficaces, quel que soit le contexte. Le plus important est de ne pas rester figé à son échelle de valeurs habituelle, inadaptée au caractère exceptionnel des circonstances actuelles.
Conseil Divinatoire
L’intégrité alliée au savoir-faire engendre spontanément respect et confiance au sein du groupe. Ce sont ces derniers qui renforcent la mobilisation collective et la cohésion requises essentielles pour répondre efficacement au danger. Il faut absolument éviter de se singulariser ou d’adopter une attitude agressive, afin de ne pas compromettre l’unité nécessaire pour cette lutte.
En adoptant cette stratégie équilibrée · se mobiliser tout en restant intègre, s’appuyer sur son expérience sans agressivité, et s’adapter sans perdre ses valeurs fondamentales · on crée les meilleures conditions pour parvenir à une victoire infaillible sur la menace. Mais ce succès immédiat aura surtout renforcé la résilience du groupe pour l’avenir.
Pour approfondir
Le concept de “leadership adaptatif” développé par Ronald Heifetz résonne avec l’idée de Shi d’une mobilisation guidée par l’intégrité et l’expérience. L’adaptabilité et l’apprentissage collectif permettent alors de faire face aux défis les plus complexes.
La coordination et la synergie de groupe émergeant du concept d’ ”intelligence collective” en psychologie sociale montrent comment la fédération d’une diversité de perspectives conduit à des solutions efficaces et innovantes pour résoudre des problèmes apparemment insurmontables.
Mise en Garde
Bien que la mobilisation et la discipline soient essentielles, il faut éviter de tomber dans l’autoritarisme ou une rigidité excessive. Le risque serait alors de perdre de vue l’objectif initial de protection et d’harmonie, et de se laisser au contraire emporter par la dynamique du conflit. Il est donc fondamental de maintenir un équilibre entre la fermeté nécessaire et la flexibilité adaptative, de ne pas sacrifier l’humanité et la compassion sur l’autel de l’efficacité.
Synthèse et Conclusion
· Importance de la droiture personnelle et de l’expérience face au danger
· Nécessité d’une mobilisation collective guidée par l’intégrité
· Adaptation des stratégies aux circonstances exceptionnelles
· Renforcement de la cohésion du groupe par le respect et la confiance
· Renoncement à l’individualisme ou à une agressivité excessive
· Maintenir l’équilibre entre mobilisation, intégrité et adaptabilité
· Construction d’une résilience collective sur le long terme
L’hexagramme Shi nous rappelle que face à l’adversité, notre plus grande force réside dans notre capacité à nous unir suivant l’intégrité et la sagesse expérimentée. En cultivant et alliant discipline, adaptabilité et valeurs fondamentales, nous pouvons non seulement surmonter les défis immédiats, mais aussi forger une communauté plus forte et résiliente. La véritable victoire, selon Shi, n’est pas seulement la survie face au danger, mais l’émergence d’un collectif plus uni et mieux préparé pour l’avenir.
Jugement
彖L’Armée.
Persévérance de l’homme mûr. Faste.
Pas de blâme.
Notes de traduction
ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE
師 (shī) est un caractère complexe dont la graphie évoque une armée organisée. Ce terme désigne étymologiquement une “troupe” ou une “armée”, mais s’étend également aux notions de “maître”, “expert” ou “modèle”. L’analyse graphique révèle une composante qui évoque le rassemblement d’hommes sous une direction commune, ce qui explique sa double signification militaire et pédagogique.
Le sinogramme 師 se décompose en deux parties principales : une partie supérieure évoquant un étendard ou un drapeau (旗, qí), symbole de ralliement, et une partie inférieure représentant un groupe organisé. Cette composition illustre parfaitement l’essence même d’une armée : un ensemble d’individus unifiés sous une bannière commune, agissant de manière coordonnée.
Le concept de 貞 (zhēn) est fondamental dans le Yi Jing. Il désigne littéralement la divination favorable, mais s’étend aux notions de “fermeté”, “constance”, “détermination” et “fidélité à des principes”. Dans la pensée chinoise classique, 貞 représente cette qualité morale essentielle qui permet de maintenir une orientation juste face aux changements circonstanciels. En contexte militaire, cette “persévérance” n’est pas un entêtement rigide mais une constance stratégique, adaptative.
Dans l’expression 丈人 (zhàng rén) 丈 (zhàng) évoque la stature, la maturité, tandis que 人 (rén) désigne l’être humain.
Dans les textes anciens, cette expression pouvait désigner :
- Un homme âgé, respectable par son expérience
- Un chef de famille ou de clan
- Un officier expérimenté
- Une figure d’autorité morale
Dans le contexte militaire de l’hexagramme, cela évoque un commandant expérimenté plutôt qu’un simple vétéran.
L’expression 无 咎 (wú jiù) indique non seulement l’absence de faute, mais suggère également que l’action est en harmonie avec le 道 (dào), la Voie. Dans ce contexte, elle laisse entendre que l’organisation militaire, lorsqu’elle est guidée par la persévérance d’un homme mûr, ne constitue pas une transgression de l’ordre naturel, malgré le potentiel destructeur inhérent à toute armée.
CHOIX DE TRADUCTION
Pour le titre de l’hexagramme, j’ai privilégié “L’Armée” plutôt que “La Troupe” ou “Le Maître”. Ce choix s’inscrit dans une tradition interprétative qui met l’accent sur la dimension militaire de cet hexagramme, bien que 師 possède également une connotation d’enseignement. La structure même de l’hexagramme, avec le trigramme 坎 (kǎn, l’eau) au-dessus du trigramme 坤 (kūn, la terre), évoque une force organisée (l’eau) qui se déploie sur un territoire (la terre), image parfaite d’une armée en campagne.
Pour la formule 貞 丈 人 吉 (zhēn zhàng rén jí), plusieurs traductions étaient possibles :
- “La persévérance de l’homme mûr apporte la réussite”
- “L’homme expérimenté qui persévère connaîtra le succès”
- “Favorable est la constance de l’homme de valeur”
J’ai choisi “Persévérance de l’homme mûr. Faste.” pour préserver la concision du texte original tout en soulignant l’importance d’une fermeté morale guidée par la sagesse de l’expérience. Le terme 吉 (jí) indique un pronostic favorable, que j’ai rendu par “Faste”, terme consacré dans la tradition divinatoire.
貞 (zhēn) a été traduit par “persévérance” pour souligner l’importance de la fermeté morale dans un contexte militaire.
J’ai opté pour “homme mûr” afin de rendre cette idée d’une personne ayant atteint une certaine maturité, une sagesse liée à l’expérience, sans nécessairement impliquer la vieillesse.
L’expression 无 咎 (wú jiù) est récurrente dans le Yi Jing. Elle indique l’absence de faute ou de blâme. J’ai opté pour “Pas de blâme” plutôt que “Sans reproche” ou “Aucune faute” pour conserver la simplicité directe de la formulation chinoise.
Perspectives interprétatives
Dans la tradition confucéenne, l’hexagramme 師illustre les principes de guidance et d’organisation collective d’une multitude soumise à l’unité. Cela en fait une métaphore de l’ordre social idéal selon Confucius, où la multitude est harmonieusement organisée sous une autorité légitime.
Wang Bi, dans la tradition taoïste, met davantage l’accent sur la dimension intérieure de cette configuration. L’armée devient alors une métaphore des forces intérieures qu’il convient de discipliner, avec 丈人 (zhàng rén) représentant la sagesse qui gouverne les impulsions.
Sur le plan historique, cet hexagramme s’inscrit dans le contexte de la Chine antique où l’armée représentait une institution fondamentale. À l’époque des Zhou, l’organisation militaire connaît des transformations importantes, passant d’armées aristocratiques à des forces plus professionnalisées. La mention de 丈人 (zhàng rén) pourrait faire référence au chef militaire expérimenté, nécessaire à la réussite des opérations.
Structure de l’Hexagramme 7
Il est précédé de H6 訟 sòng “Débattre”, et suivi de H8 比 bǐ “S’allier” (ils appartiennent à la même paire).
Son Opposé est H13 同人 tóng rén “Se réunir entre semblables”.
Son hexagramme Nucléaire est H24 復 fù “Revenir”.
Les traits maîtres sont le second et le cinquième.
– Formules Mantiques : 貞丈 zhēn zhàng ; 吉 jí ; 无咎 wú jiù.
Expérience corporelle
L’hexagramme 師 évoque cette tension corporelle particulière qui accompagne toute mobilisation des forces, qu’elles soient physiques ou mentales. La disposition des trigrammes – l’eau (坎, kǎn) sur la terre (坤, kūn) – peut se lire comme une métaphore du corps en action : les énergies fluides (sang, souffle) qui s’organisent au sein de la structure corporelle.
La “persévérance de l’homme mûr” (貞 丈 人) peut alors s’interpréter comme cette qualité d’attention soutenue qui permet de maintenir l’organisation des forces corporelles face à l’adversité. Ce n’est pas l’impétuosité de la jeunesse qui est valorisée ici, mais la constance réfléchie de l’expérience.
Commentaire sur le Jugement
彖 傳師 , 眾 也 , 貞 正 也 , 能 以 眾 正 , 可 以 王 矣 。
troupe • multitude • particule finale • présage • correct • particule finale • pouvoir • ainsi • multitude • correct • pouvoir • ainsi • roi • particule finale
剛 中 而 應 , 行 險 而 順 , 以 此 毒 天 下 , 而 民 從 之 , 吉 又 何 咎 矣 。
ferme • au centre • et ainsi • il faut • agir • difficulté • et ainsi • se conformer • ainsi • celui-ci • poison • ciel • sous • et ainsi • peuple • se conformer • son • bon augure • main • comment ? • faute • particule finale
L’Armée, c’est la multitude. La Persévérance, c’est la rectitude. Pouvant rectifier la multitude, on peut alors régner.
Ferme au centre et trouvant résonance. Avançant dans le péril tout en restant docile. Unifiant ainsi le monde entier, le peuple le suit. Faste. De quoi le blâmerait-on ?
Notes de traduction
LE NOM DE L’HEXAGRAMME
師 shī, en combinant 帀 encerclement et 丬 foule, évoque étymologiquement l’armée, mais dépasse cette signification première pour désigner toute multitude organisée sous une autorité compétente, toute organisation collective structurée et disciplinée. Shī ne traite donc pas l’autorité comme une domination externe mais comme un principe d’organisation interne de la collectivité. Après la régulation conflictuelle de Sòng, Shī inaugure ainsi une réflexion sur l’émergence d’un ordre social authentique où la multitude, correctement orientée, transcende les antagonismes individuels pour constituer une force créatrice harmonieuse.
LES TRIGRAMMES ET LES TRAITS
La configuration Kūn 坤 terre/réceptivité au-dessus de Kǎn 坎 abîme/péril manifeste une structure énergétique où la docilité terrestre surplombe le danger sous-jacent. Cette disposition exprime la loi fondamentale de Shī : l’organisation collective suppose une apparence de stabilité docile qui recouvre et contient les périls inhérents à toute action collective. Le trait yang unique à la deuxième position (trait central du trigramme inférieur Kǎn) révèle le principe d’autorité qui émerge du cœur même du péril pour structurer la multitude yin environnante. Les six positions accomplissent leur temporalité selon un rythme d’organisation progressive : enracinement dans le péril maîtrisé aux positions inférieures, jusqu’au déploiement de l’influence docile aux positions supérieures.
EXPLICATION DU JUGEMENT
師 (Shī) – L’Armée
“L’Armée, c’est la multitude.”
眾 zhòng “multitude” montre un rassemblement humain, trois personnes 人guidées par une même 目vision. Ce qui justifie cette équation fondamentale : 師 shī = 眾zhòng, l’armée comme multitude organisée. Cette identification révèle une conception de l’autorité qui transcende l’usage militaire pour embrasser toute organisation collective authentique. La capacité de rectifier la multitude constitue la condition essentielle de la légitimité, révélant que l’autorité authentique ne contraint pas mais aligne la collectivité sur sa propre droiture naturelle.
貞 (Zhēn) – Persévérance
“La Persévérance, c’est la rectitude. Pouvant rectifier la multitude, on peut alors régner.”
貞 zhēn évoque la fermeté, la droiture et la persévérance selon les principes justes. Dans 正 zhèng – “rectifier”, le trait vertical au-dessus de la base horizontale montre l’alignement sur la norme céleste. L’équation貞 = 正 (zhēn = zhèng) révèle que la constance authentique de Shī s’enracine dans la conformité aux principes justes. Dans 王 wáng “régner”, le trait vertical relie les trois niveaux cosmiques (Ciel-Humain-Terre) et exprime la souveraineté authentique selon l’ordre universel plutôt que l’autorité arbitraire. La persévérance devient ainsi la temporalité légitime (可kě “pouvoir, capacité”) pour organiser la rectitude collective.
丈人 (Zhàng rén) – L’homme mûr
“Ferme au centre et trouvant résonance.”
L’ “homme mûr” correspond au trait yang en position centrale à la deuxième place. Sa position à une place paire dans le trigramme inférieur lui permet de “trouver résonance” avec la multitude yin environnante, mais surtout avec le trait yin de l’autorité souveraine en cinquième place yang.
Dans ses formes archaïques sur bronze, 應yīng “faire écho” combine 鷹 “aigle” comme élément phonétique avec le radical 心 xīn “cœur”. Cela suggère une réactivité vigilante, à la manière de l’aigle qui répond instantanément aux mouvements de sa proie. Le cœur (心) ajoute la dimension de réactivité émotionnelle consciente. Cette vigilance permet à la fermeté intérieure de l’autorité de répondre avec sensibilité aux besoins collectifs tout en correspondant à l’ordre cosmique supérieur.
吉 (Jí) – Faste
“Avançant dans le péril tout en restant docile. Unifiant ainsi le monde entier, le peuple le suit. Faste.”
險 xiǎn “péril” correspond au trigramme Kan (abîme/péril) en position inférieure, tandis que 順 shùn exprime la souplesse adaptative de Kūn 坤 terre/réceptivité qui suit les circonstances extérieures plutôt que les force. Cette modalité d’action qui assume les risques tout en préservant l’harmonie interne produit l’ “unification du monde” et l’enrôlement spontané du peuple. 從 cóng “suivre” qui montre deux personnes dont l’une suit l’autre, exprime en effet l’adhésion volontaire entre semblables plutôt que la contrainte.
毒 dú présente une polysémie remarquable : poison/domination/unification. Dans ce contexte, il suggère l’action unificatrice qui imprègne l’ensemble du territoire, à la manière d’une substance qui se diffuse partout. Cette pénétration totale de l’influence suggère une conception du pouvoir plus efficace que la simple domination externe.
无咎 (Wú jiù) – Pas de blâme
“De quoi le blâmerait-on ?”
咎 jiù évoque une faute morale ou une erreur de jugement. L’autorité authentique transforme positivement (“imprègne”) le monde par sa seule influence. Son innocence est affirmée par une interrogation rhétorique : la rectification véritable de la multitude échappe incontestablement aux reproches ordinaires.
SYNTHÈSE
Shī révèle l’autorité collective comme un art de la rectification qui dépasse l’opposition entre domination et désordre. L’influence authentique naît de la fermeté centrale sensible aux sollicitations, d’une capacité à agir au cœur du péril peut préserver l’harmonie, et d’une transformation qualitative du milieu pour susciter l’adhésion spontanée. Il trouve son application dans tous les domaines nécessitant coordination harmonieuse, leadership inspirant, et efficacité dans le respect de la dignité de la multitude. L’hexagramme permet ainsi de repenser les rapports entre autorité et collectivité selon les principes d’une rectification mutuelle plutôt que d’une domination unilatérale.
Six au Début
初 六L’armée sort selon les règles.
Ne pas avancer correctement serait néfaste.
Notes de traduction
ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE
Le caractère 師 (shī), que nous avons déjà analysé dans le Jugement, est ici associé au verbe 出 (chū), “sortir”. Cette combinaison évoque littéralement “l’armée qui sort” ou “la sortie de l’armée”, c’est-à-dire le déploiement des forces militaires hors de leur garnison. Dans la Chine antique, cette “sortie” marquait le début formel d’une campagne militaire, un moment ritualisé et codifié.
Le terme 律 (lù) est d’une importance capitale. Il désigne fondamentalement les “règles”, “lois” ou “normes” qui structurent une activité. Son étymologie révèle un lien avec les instruments de mesure et le principe d’ordre. Dans le contexte militaire, 律 fait référence à la discipline, aux règlements et aux protocoles qui régissent les mouvements de l’armée. Ce caractère partage sa racine avec 禮 (lǐ), le rituel, soulignant la dimension cérémonielle et formalisée des opérations militaires dans la Chine antique.
L’expression 否 臧 (pǐ zāng) forme un binôme complexe. 否 (pǐ) signifie “nier”, “rejeter” ou “s’opposer à”, tandis que 臧 (zāng) désigne ce qui est “bon”, “correct” ou “approprié”. Ensemble, cette formulation suggère le fait de “rejeter ce qui est correct” ou de “ne pas procéder correctement”.
Le caractère 凶 (xiōng) indique clairement un pronostic défavorable, un augure néfaste. Il s’oppose directement à 吉 (jí, “faste”) que nous avons vu dans le Jugement général.
CHOIX DE TRADUCTION
Pour l’expression 師 出 以 律 (shī chū yǐ lù), j’ai opté pour “L’armée sort selon les règles”. Cette formulation cherche à préserver la concision du chinois classique tout en rendant explicite l’idée que le déploiement militaire doit suivre des protocoles établis. D’autres traductions possibles auraient pu être :
- “L’armée se déploie conformément aux règlements”
- “La troupe sort en respectant la discipline”
- “Les forces militaires avancent selon l’ordre établi”
Pour 否 臧 凶 (pǐ zāng xiōng), j’ai choisi “Ne pas avancer correctement serait néfaste.” Cette traduction explicite la construction syntaxique originale qui peut sembler elliptique. Le terme 否 pouvant signifier “non” ou “négation”, et 臧 désignant ce qui est “bon” ou “correct”, j’ai rendu cette opposition par une formulation affirmative qui exprime clairement la conséquence négative d’un non-respect des règles.
Alternatives possibles :
- “S’écarter des règles : néfaste”
- “Rejeter la bonne conduite apporte le malheur”
- “Ne pas agir correctement sera funeste”
Perspectives interprétatives
Le 禮 (lǐ, rituel) et le 律 (lù, règles) sont deux concepts essentiels qui, pour Confucius, structurent toute activité sociale harmonieuse, y compris la guerre. Ce premier trait est interprété comme une leçon fondamentale sur l’importance de la discipline et de l’ordre.
Cette lecture est renforcée par le commentaire traditionnel de Cheng Yi qui écrit : “Même dans l’art de la guerre, qui est l’art de la violence, il convient de suivre les principes rituels”.
La tradition taoïste, notamment dans les commentaires de Wang Bi (王弼), offre une lecture plus subtile. Le respect des “règles” (律, lù) n’est pas tant une adhésion à des conventions sociales qu’une conformité au mouvement naturel des choses, au 道 (dào). Wang Bi suggère que l’expression “sortir selon les règles” implique un mouvement qui s’accorde avec les circonstances, qui épouse le flux naturel des événements plutôt que de s’y opposer.
Perspective militaire historique
Dans les traités militaires chinois comme “L’Art de la guerre” de Sun Tzu), la discipline et l’ordre sont considérés comme des facteurs décisifs de victoire : “L’ordre et le désordre dépendent de l’organisation”. Ce premier trait fait écho à cette pensée stratégique : une armée qui se déploie sans respect des règles court à sa perte.
Dimension historique et rituelle
Dans la Chine des Zhou, le déploiement d’une armée était entouré de cérémonies rituelles complexes. Avant toute campagne militaire, des sacrifices étaient offerts aux ancêtres et aux divinités, des serments étaient prononcés, et des règles strictes encadraient le comportement des troupes. Le 師 出 以 律 fait directement référence à ces pratiques ritualisées, où la dimension cérémonielle et la dimension stratégique étaient inséparables.
Analyse contextuelle
Il y a une tension intéressante entre ce premier trait et le Jugement de l’hexagramme. Le Jugement valorise “la persévérance de l’homme mûr”, tandis que ce premier trait insiste sur le respect des règles formelles. Cette complémentarité suggère que la sagesse du commandant expérimenté se manifeste précisément dans sa capacité à respecter et faire respecter les protocoles appropriés.
Petite Image du Trait du Bas
Structure du Trait du Bas
- Ce trait ne possède pas la centralité, mais est à la base de l’enveloppe de l’hexagramme, que sa transformation fait évoluer de ⚏ à ⚍.
- Il n’est pas en correspondance avec le quatrième trait, mais le deviendra après la transformation de leur bigramme ⚏ en ⚍.
– Il est à la base du trigramme ☵ 坎 kǎn correspondant à l’élément 水 shuǐ “Eau”. Sa transformation produit le trigramme ☱ 兌 duì qui correspond à l’élément 澤 duó “Brume”.
– Sa relation de voisinage avec le deuxième trait évolue de ⚎ à ⚌.
- Ce trait occupe la plus basse des deux positions associées à la Terre. Sa transformation fait évoluer ce bigramme de ⚎ à ⚌.
- Formules Mantiques : 凶 xiōng.
Interprétation
Il est crucial d’agir toujours en conformité avec les règles établies. S’engager de manière désorganisée, à la hâte, est souvent synonyme d’échec. Pour éviter de partir du mauvais pied, l’organisation et la discipline doivent être non seulement établies mais aussi rigoureusement maintenues. Ces piliers sont essentiels pour se prémunir contre les erreurs et assurer le succès de toute entreprise.
Expérience corporelle
Ce trait évoque la sensation physique d’un mouvement discipliné, ordonné. Le corps militaire, comme le corps individuel, possède son rythme propre, ses cadences, ses formes d’organisation. L’expression 師 出 以 律 peut être ressentie comme cette tension particulière qui accompagne tout déplacement collectif coordonné : chaque individu doit ajuster ses mouvements à ceux du groupe, créant ainsi une chorégraphie d’ensemble.
Le 否 臧 (pǐ zāng), “ne pas avancer correctement”, évoque corporellement la dissonance, le désalignement. Dans les arts martiaux chinois traditionnels, cette notion est fondamentale : un mouvement qui ne respecte pas les principes structurels corrects (勁, jìn) non seulement perd en efficacité mais peut se retourner contre celui qui l’exécute.
Neuf en Deux
九 二bon augure
Se trouver au milieu de l’armée.
Faste.
Pas de blâme.
Le roi confère trois fois le mandat.
Notes de traduction
ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE
Dans l’expression 在 師 中 (zài shī zhōng), le verbe 在 (zài) indique la présence, la situation, l’existence en un lieu. Le terme 師 (shī), que nous avons déjà analysé précédemment, désigne “l’armée” ou “la troupe”. Quant à 中 (zhōng), ce caractère est fondamental dans la pensée chinoise : il évoque le “milieu”, le “centre”, mais aussi l’équilibre, la médiation. Son graphisme représente une flèche qui atteint sa cible au centre, suggérant la justesse, la précision, l’adéquation parfaite.
La combinaison de ces trois caractères crée une image de positionnement idéal : être situé au cœur même de l’armée, en son centre névralgique. Cette position centrale n’est pas simplement physique mais également fonctionnelle et hiérarchique – elle suggère un rôle pivot, une position d’équilibre et d’influence.
La formule 王 三 錫 命 (wáng sān xí mìng) est particulièrement riche en connotations historiques et rituelles. Le caractère 王 (wáng) désigne le “roi”, figure d’autorité suprême dans la Chine ancienne. Le terme 三 (sān), “trois”, possède une valeur symbolique particulière dans la numérologie chinoise, souvent associée à la complétude, à l’achèvement d’un cycle. Le verbe 錫 (xí) est archaïque et solennel ; il signifie “conférer”, “accorder” dans un contexte cérémoniel. Enfin, 命 (mìng) désigne le “mandat”, le “destin” ou la “mission” confiée par une autorité supérieure. Ce caractère combine graphiquement les éléments “ordre” et “bouche”, évoquant un ordre prononcé, une parole qui engage.
CHOIX DE TRADUCTION
Pour l’expression 在 師 中 (zài shī zhōng), j’ai opté pour “Se trouver au milieu de l’armée”. Cette formulation préserve l’idée de positionnement central tout en restant fluide en français. D’autres traductions auraient pu être envisagées :
- “Être au centre des troupes”
- “Occuper une position centrale dans l’armée”
- “Au cœur des forces militaires”
Le terme 吉 (jí) a été traduit simplement par “Faste”. Cette traduction, bien que technique, est préférée à des alternatives comme “Favorable”, “Bon augure” ou “Chance” qui dilueraient la spécificité du vocabulaire oraculaire.
L’expression 无 咎 (wú jiù), traduite par “Pas de blâme”, maintient la cohérence avec ma traduction du premier trait et du Jugement général. Cette formulation est devenue classique dans les traductions françaises du Yi Jing et conserve l’idée d’une absence de faute ou de reproche.
Pour 王 三 錫 命 (wáng sān xí mìng), j’ai choisi “Le roi confère trois fois le mandat”. Cette traduction littérale préserve la solennité et la dimension rituelle de l’expression originale. D’autres options auraient pu être :
- “Le souverain accorde trois fois sa confiance”
- “Le roi octroie par trois fois sa mission”
- “Triple investiture royale”
J’ai préféré conserver la structure syntaxique chinoise et le vocabulaire rituel pour maintenir l’ancrage historique du texte.
Perspectives interprétatives
Dans la tradition confucéenne, ce deuxième trait est interprété comme une illustration parfaite de la position du 君子 (jūnzǐ), “l’homme de bien”, qui occupe une position juste et équilibrée au sein de la hiérarchie sociale, sans s’exposer aux dangers des extrêmes.
La triple investiture (王 三 錫 命) représente la reconnaissance méritée des qualités morales et des compétences. Le nombre trois est significatif : il suggère la plénitude, la perfection dans l’ordre rituel.
La lecture taoïste, notamment celle développée par Wang Bi, interprète différemment cette centralité. Être “au milieu de l’armée” évoque moins une position hiérarchique qu’un état d’équilibre intérieur. Le milieu (中, zhōng) est ici compris comme la “voie du milieu” qui permet de naviguer entre les extrêmes sans s’y attacher.
La triple mission conférée par le roi est vue comme une métaphore de l’alignement avec le dào : lorsque l’être humain est en parfaite harmonie avec la Voie, il reçoit naturellement l’investiture du Ciel, symbolisée ici par le mandat royal. Wang Bi note que “celui qui se tient au centre peut accueillir toutes les transformations sans perdre son équilibre”.
DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE
Dans la Chine des Zhou, l’expression 王 三 錫 命 (wáng sān xí mìng) fait référence à une pratique rituelle concrète. Lors des cérémonies d’investiture, le roi pouvait conférer jusqu’à trois niveaux de mandat ou de privilèges à ses ministres ou généraux méritants. Cette triple investiture incluait généralement :
- Le mandat verbal (口命, kǒu mìng) : une proclamation publique
- Le mandat écrit (書命, shū mìng) : un document officiel d’investiture
- Le mandat matériel (物命, wù mìng) : l’octroi d’insignes et de symboles d’autorité
Le “Classique des rites” mentionne cette pratique : “Pour les affaires les plus importantes, le mandat est conféré trois fois”. Cette triple confirmation visait à garantir la solennité de l’investiture et sa reconnaissance par tous.
En contexte militaire, cette triple investiture prenait une signification particulière. Le général ainsi mandaté recevait non seulement l’autorité formelle du souverain, mais aussi sa pleine confiance pour agir de manière autonome sur le champ de bataille. Cette autonomie était indispensable dans un contexte où les communications étaient lentes et où le général devait prendre des décisions rapides sans pouvoir consulter le souverain.
Historiquement, les généraux qui recevaient ce triple mandat étaient souvent placés au centre des dispositifs militaires, position stratégique qui permettait à la fois de coordonner les mouvements des différentes unités et d’être protégé par l’ensemble des troupes. Cette position centrale, 在 師 中 (zài shī zhōng), n’était donc pas simplement symbolique mais correspondait à une réalité tactique des armées chinoises anciennes.
ANALYSE POSITIONNELLE
Si le premier trait insistait sur le respect des règles lors du déploiement initial, ce deuxième trait met l’accent sur la position juste, équilibrée, au sein de la structure militaire. Cette complémentarité suggère que l’efficacité militaire repose sur deux piliers : des règles claires et des positionnements justes.
Petite Image du Deuxième Trait
Demeurer au centre de la troupe est propice, signifie bénéficier de la protection du Ciel. Le roi consacre par trois fois la mission. veut dire qu’il traite avec bonté toutes les régions.
Structure du Deuxième Trait
- Ce trait possède la centralité en position inférieure.
- Il est en correspondance avec le cinquième trait, mais ne le sera plus après la transformation de leur bigramme ⚍ en ⚏.
– Il est au milieu du trigramme ☵ 坎 kǎn correspondant à l’élément 水 shuǐ “Eau” Sa transformation produit le trigramme ☷ 坤 kūn qui correspond à l’élément 地 dì “Terre”.
- Il est également à la base du trigramme ☳ 震 zhèn correspondant à l’élément 雷 léi “Tonnerre”. Sa transformation produit le trigramme ☷ 坤 kūn qui correspond à l’élément 地 dì “Terre”.
– Sa relation de voisinage avec le premier trait évolue de ⚎ à ⚏.
- Sa relation de voisinage avec le troisième trait évolue de ⚍ à ⚏.
- Ce trait est à la plus haute des deux positions associées à la Terre. Sa transformation fait évoluer ce bigramme de ⚎ à ⚏.
- Il est maître de l’hexagramme avec le cinquième trait.
- Formules Mantiques : 吉 jí ; 无咎 wú jiù.
- Mots remarquables : 中 zhōng. Dans la Petite Image : 中 zhōng, 天 tiān.
Interprétation
Se positionner au centre de l’action est crucial pour une direction efficace et un succès assuré. Cette approche favorise l’harmonie entre les principes élevés, les intérêts personnels et le bien-être collectif. En restant au cœur du mouvement, , il est plus aisé d’agir en connaissance de cause, d’identifier rapidement les problèmes et les opportunités. Cela permet d’éviter les erreurs et de prendre des décisions équilibrées, bénéfiques pour tous.
Expérience corporelle
Ce trait évoque la sensation physique d’équilibre parfait, de stabilité au sein du mouvement. Dans les arts martiaux chinois comme le 太極拳 (tàijíquán), cette notion de centre (中, zhōng) est fondamentale : le pratiquant cherche à maintenir son centre de gravité tout en s’adaptant aux mouvements de l’adversaire.
L’expression “se trouver au milieu de l’armée” peut être ressentie comme cette expérience corporelle particulière où l’on se sent parfaitement intégré à un ensemble plus vaste, à la fois distinct et connecté, influençant et influencé. C’est l’expérience du chef d’orchestre au milieu de ses musiciens, à la fois guidant et étant porté par l’ensemble.
La triple investiture (王 三 錫 命) évoque corporellement le sentiment de légitimité, cette sensation subtile que notre rôle est pleinement reconnu et validé, que notre position est juste. Dans la tradition des arts martiaux internes, on parle de 三華聚頂 (sān huá jù dǐng), “les trois fleurs qui se rassemblent au sommet”, pour décrire cet état où le corps, l’esprit et l’énergie s’alignent parfaitement.
Six en Trois
六 三L’armée pourrait transporter des cadavres.
Néfaste.
Notes de traduction
ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE
Dans l’expression 師 或 輿 尸 (shī huò yú shī) le caractère 師 (shī), que nous avons déjà examiné, maintient ici son sens d’ ”armée” ou de “troupe”. Le terme 或 (huò) est particulièrement nuancé : il indique la possibilité, l’éventualité, l’incertitude. Sa graphie combine les éléments “arme” et “bouche”, suggérant peut-être l’idée d’un ordre militaire ambigu ou incertain.
Le caractère 輿 (yú) désigne un véhicule, un char, ou plus généralement l’action de transporter, de porter. Sa graphie révèle une composition fascinante : la partie supérieure évoque des mains qui soulèvent, tandis que la partie inférieure représente un véhicule. Cette image graphique suggère l’effort collectif nécessaire pour déplacer un poids considérable.
Quant à 尸 (shī), ce caractère représente littéralement un “cadavre”, un “corps sans vie”. Sa graphie stylisée évoque un corps allongé, inerte. Dans les textes rituels anciens, 尸 pouvait également désigner la personne qui incarnait un défunt lors des cérémonies ancestrales, ajoutant une dimension rituelle à ce caractère apparemment macabre.
La combinaison de ces quatre caractères crée une image saisissante : celle d’une armée qui, potentiellement (或, huò), se retrouve à transporter ses propres morts. Cette image évoque immédiatement la défaite, la retraite, les conséquences funestes d’une campagne militaire mal conduite.
Le caractère 凶 (xiōng) qui conclut ce trait indique clairement un augure défavorable, un présage néfaste. Son graphisme archaïque représenterait une fosse ou une tombe, renforçant ainsi la connotation funèbre de l’ensemble du trait.
CHOIX DE TRADUCTION
Pour l’expression 師 或 輿 尸 (shī huò yú shī), j’ai opté pour “L’armée pourrait transporter des cadavres”. Cette traduction préserve l’élément d’incertitude ou de possibilité contenu dans 或 (huò), tout en rendant explicite l’image macabre suggérée par le texte original. D’autres traductions auraient pu être envisagées :
- “L’armée pourrait avoir à charrier des morts”
- “Il se peut que la troupe doive porter des corps”
- “La troupe risque de transporter ses propres cadavres”
Pour 凶 (xiōng), j’ai simplement traduit par “Néfaste”, qui s’oppose directement à 吉 (jí, “faste”). J’ai préféré cette traduction, bien que technique, à des alternatives comme “Malheur” ou “Funeste” qui pourraient sembler plus dramatiques mais s’éloigneraient du vocabulaire oraculaire spécifique.
Perspectives interprétatives
Dans la tradition confucéenne ce troisième trait est interprété comme une mise en garde contre l’usage inconsidéré de la force militaire. Confucius et ses disciples valorisaient l’ordre social et la vertu civile au-dessus des exploits guerriers. Pour eux, une armée qui transporte ses propres morts symbolise l’échec de la vertu et de la diplomatie. Selon Kong Yingda : “lorsque l’armée en arrive à transporter des cadavres, c’est que la politique vertueuse a échoué et que la voie militaire a été mal employée”.
La lecture taoïste de Wang Bi interprète ce trait comme l’illustration des conséquences naturelles de l’action forcée, contraire au principe du non-agir : “l’armée qui transporte des cadavres est celle qui va contre le cours naturel des choses”.
Dans cette perspective, le trait illustre parfaitement le principe taoïste selon lequel forcer le cours des événements mène inévitablement au désastre. L’usage de la force militaire, expression ultime de l’action délibérée, contient en germe sa propre défaite lorsqu’il s’écarte de la Voie (dào).
Petite Image du Troisième Trait
Structure du Troisième Trait
- Ce trait ne possède pas la centralité, mais est à la base du centre cardinal de l’hexagramme, que sa transformation fait évoluer de ⚏ à ⚍.
- Il n’est pas en correspondance avec le sixième trait, mais le deviendra après la transformation de leur bigramme ⚏ en ⚍.
– Il est au milieu du trigramme ☳ 震 zhèn correspondant à l’élément 雷 léi “Tonnerre” Sa transformation produit le trigramme ☱ 兌 duì qui correspond à l’élément 澤 duó “Brume”.
- Il est également au sommet du trigramme ☵ 坎 kǎn correspondant à l’élément 水 shuǐ “Eau” Sa transformation produit le trigramme ☴ 巽 xùn qui correspond à l’élément 風 fēng “Vent”.
- Il est, pour finir, à la base du trigramme ☷ 坤 kūn correspondant à l’élément 地 dì “Terre”. Sa transformation produit le trigramme ☳ 震 zhèn qui correspond à l’élément 雷 léi “Tonnerre”.
– Sa relation de voisinage avec le deuxième trait évolue de ⚍ à ⚌.
- Sa relation de voisinage avec le quatrième trait évolue de ⚏ à ⚍.
- Ce trait occupe à la plus basse des deux positions associées à l’Humain. Sa transformation fait évoluer ce bigramme de ⚏ à ⚍.
- Formules Mantiques : 凶 xiōng.
Interprétation
Les conflits internes risquent de fragmenter l’autorité, entraînant ainsi des répercussions négatives pour l’ensemble de l’organisation. Cette division est souvent la cause d’une perte de direction claire, menant inévitablement à l’inefficacité. En outre, elle engendre des frictions qui peuvent conduire à des désastres. Comme un navire sans capitaine, une entité qui perd son unité se trouve rapidement en difficulté, incapable de garder son cap et d’affronter les défis en naviguant efficacement dans les eaux tumultueuses du changement.
Expérience corporelle
Ce trait évoque la sensation physique d’épuisement et de perte qui suit une action excessive ou mal orientée. L’image de corps portant d’autres corps, de vivants transportant des morts, nous connecte à l’expérience corporelle du poids, de la fatigue, du fardeau.
Dans les arts martiaux chinois traditionnels, ce principe est bien connu : une action qui va contre la structure naturelle du corps ou qui dépense une énergie excessive finit par se retourner contre celui qui l’exécute : “Utiliser la force brute mène à l’épuisement de soi”.
L’expression “transporter des cadavres” peut être ressentie corporellement comme cette sensation de porter un poids mort, un fardeau qui non seulement alourdit le corps mais affecte aussi l’esprit. C’est l’expérience d’une action qui s’est retournée contre son instigateur, d’un effort qui, au lieu de produire un résultat positif, engendre son contraire.
DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE
Dans la Chine des Zhou (1046–256 av. J.-C.), période probable de compilation du Yi Jing, le traitement des corps des soldats morts au combat revêtait une importance rituelle considérable. Selon les 禮記 (Lǐjì, “Classique des rites”), “même en temps de guerre, les rites funéraires ne doivent pas être négligés”.
Historiquement, une armée victorieuse pouvait généralement enterrer ses morts sur place ou organiser leur transport dans des conditions rituelles appropriées. En revanche, une armée en déroute était souvent contrainte d’abandonner ses morts, ou de les transporter dans des conditions précaires durant une retraite précipitée. L’image de l’armée “transportant des cadavres” (師或輿尸, shī huò yú shī) évoquait donc immédiatement, pour le lecteur ancien, l’idée d’une défaite ou d’une retraite désordonnée.
Six en Quatre
六 四Notes de traduction
ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE
Dans l’expression 師 左 次 (shī zuǒ cì) le caractère 師 (shī) maintient ici son sens d’armée ou de troupe organisée, comme nous l’avons vu précédemment. Le terme 左 (zuǒ) désigne la “gauche”, direction qui possède dans la cosmologie chinoise une signification particulière. Sa graphie stylisée évoque une main effectuant un geste vers la gauche, symbolisant une orientation ou une tendance.
Dans le contexte militaire traditionnel chinois, la gauche n’est pas une direction neutre. Selon les “Rites des Zhou”, l’armée en ordre de bataille plaçait généralement ses forces d’élite à droite, considérée comme position d’honneur et d’attaque. La gauche, par contraste, était souvent associée à une position défensive ou à un mouvement de repli stratégique.
Le caractère 次 (cì) est polysémique : il peut signifier “ranger”, “ordonner”, “étape”, “campement temporaire” ou “station”. Sa graphie suggère l’idée de succession ordonnée ou de positionnement séquentiel. Dans le contexte militaire, il évoque le fait de prendre position, de stationner ou de s’établir temporairement.
La combinaison de ces trois caractères crée une image subtile : celle d’une armée qui prend position sur sa gauche, suggérant un mouvement qui n’est pas directement orienté vers l’attaque, mais plutôt vers une consolidation ou un repositionnement stratégique.
L’expression 无 咎 (wú jiù), que nous avons déjà analysée dans les traits précédents, maintient son sens d’ ”absence de blâme” ou de “non-culpabilité”, indiquant que ce mouvement, bien que possiblement défensif, est approprié à la situation.
CHOIX DE TRADUCTION
Pour l’expression 師 左 次 (shī zuǒ cì), j’ai opté pour “L’armée se retire sur la gauche”. Cette traduction interprétative cherche à rendre explicite la dimension stratégique de ce mouvement vers la gauche. D’autres traductions auraient pu être envisagées :
- “L’armée prend position à gauche”
- “Les troupes campent sur la gauche”
- “L’armée fait halte sur son flanc gauche”
Ma traduction privilégie l’idée d’un mouvement de repli tactique, interprétation qui s’accorde avec les commentaires traditionnels sur ce trait. Le terme “se retire” ne doit pas être compris comme une déroute ou une fuite, mais plutôt comme un mouvement délibéré de repositionnement. Cette nuance est importante pour comprendre la valeur positive de ce trait, confirmée par le “pas de blâme” qui suit.
Pour 无 咎 (wú jiù), j’ai maintenu la traduction “Pas de blâme” par souci de cohérence avec les traits précédents et le Jugement.
Perspectives interprétatives
Dans la tradition confucéenne ce quatrième trait est interprété comme une illustration de la flexibilité tactique guidée par des principes moraux. Pour les lettrés confucéens, “se retirer sur la gauche” symbolise la capacité à adapter sa stratégie sans compromettre son intégrité morale. Cheng Yi note que “l’armée qui se retire sur la gauche est celle qui sait quand avancer et quand reculer”. Cette interprétation s’accorde parfaitement avec l’idéal confucéen de l’action opportune, guidée par la sagesse pragmatique.
La lecture taoïste interprète ce trait comme une illustration du principe de non-compétition. Pour Wang Bi, “l’armée qui se retire sur la gauche est celle qui ne cherche pas la confrontation directe mais qui s’adapte aux circonstances”. 无 咎 (wú jiù) confirme que cette attitude d’adaptation plutôt que de confrontation est en harmonie avec la Voie (dào).
DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE
Dans l’art militaire de la Chine ancienne, la polarité gauche-droite était chargée de significations stratégiques et rituelles. Selon “L’Art de la guerre” de Sun Tzu, “quand l’ennemi est fort à droite, nous nous renforçons à gauche”.
Pour les armées chinoises de la période des Royaumes Combattants, la droite était généralement la position d’attaque principale, associée symboliquement au yang, à l’activité, à l’offensive. La gauche, associée au yin, représentait souvent une position défensive ou une formation secondaire. Le mouvement vers la gauche pouvait donc signifier un changement d’intention stratégique, passant de l’offensive à une posture plus défensive ou préparatoire.
Le terme 次 (cì) fait également référence aux étapes ou stations militaires, ces campements temporaires établis lors des déplacements d’une armée, chacun représentant un positionnement tactique spécifique.
Petite Image du Quatrième Trait
Structure du Quatrième Trait
- Ce trait ne possède pas la centralité, mais constitue la partie supérieure du centre cardinal de l’hexagramme, que sa transformation fait évoluer de ⚏ à ⚎.
- Il n’est pas en correspondance avec le premier trait, mais le deviendra après la transformation de leur bigramme ⚏ en ⚎.
– Il est au milieu du trigramme ☷ 坤 kūn correspondant à l’élément 地 dì “Terre” Sa transformation produit le trigramme ☵ 坎 kǎn qui correspond à l’élément 水 shuǐ “Eau”.
- Il est également au sommet du trigramme ☳ 震 zhèn correspondant à l’élément 雷 léi “Tonnerre” Sa transformation produit le trigramme ☲ 離 lí qui correspond à l’élément 火 huǒ “Feu”.
- Il est, pour finir, à la base du trigramme ☷ 坤 kūn correspondant à l’élément 地 dì “Terre”. Sa transformation produit le trigramme ☳ 震 zhèn qui correspond à l’élément 雷 léi “Tonnerre”.
– Sa relation de voisinage avec le troisième trait évolue de ⚏ à ⚎.
- Sa relation de voisinage avec le cinquième trait évolue de ⚏ à ⚍.
- Ce trait est à la plus haute des deux positions associées à l’Humain. Sa transformation fait évoluer ce bigramme de ⚏ à ⚎.
- Formules Mantiques : 无咎 wú jiù.
Interprétation
L’abandon judicieux d’une stratégie inadéquate peut s’avérer bénéfique pour le succès à long terme. Il est crucial de savoir identifier les moments où une retraite tactique est précieuse. Cette approche permet non seulement d’éviter un éventuel échec, mais aussi de préserver et de reconstituer ses ressources. Ainsi, ne pas s’obstiner dans une voie infructueuse doit être vu non comme un échec, mais comme une adaptation stratégique face à l’évolution des circonstances.
Expérience corporelle
Ce trait évoque la sensation corporelle du déplacement latéral, du pas de côté qui permet d’éviter une confrontation directe. Dans les arts martiaux chinois comme le 太極拳 (tàijíquán), cette notion de déplacement latéral est fondamentale : plutôt que de s’opposer frontalement à la force adverse, le pratiquant se déplace latéralement pour rediriger cette force.
L’expression “se retirer sur la gauche” peut être ressentie corporellement comme cette expérience de réorientation qui n’est ni une avancée agressive ni une retraite précipitée, mais un repositionnement stratégique. C’est ce moment où le corps entier s’ajuste pour trouver une position plus avantageuse sans engager un affrontement direct.
Six en Cinq
六 五Dans les champs il y a du gibier.
Profitable de maîtriser les paroles.
Pas de blâme.
Le fils aîné commande l’armée.
Le fils cadet transporte les cadavres.
La persévérance est néfaste.
Notes de traduction
ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE
Dans l’expression 田 有 禽 (tián yǒu qín) le caractère 田 (tián) représente un “champ” ou une “terre cultivée”. Sa graphie évoque clairement un espace divisé en parcelles, reflétant l’organisation agricole fondamentale de la Chine ancienne. Le caractère 有 (yǒu) indique la possession, l’existence ou la présence. Quant à 禽 (qín), ce terme désigne le “gibier” ou plus généralement les “oiseaux sauvages”. Son étymographie suggère un animal capturé ou capturé lors d’une chasse.
Cette image du “gibier dans les champs” introduit une métaphore cynégétique qui contraste avec le contexte militaire de l’hexagramme. La chasse, dans la Chine antique, était à la fois une activité aristocratique et une métaphore courante de l’art militaire – les traités stratégiques comparaient souvent l’ennemi à un gibier qu’il faut savoir approcher et capturer au moment opportun.
Dans la formule 利 執 言 (lì zhí yán) le caractère 利 (lì) indique ce qui est “avantageux”, “profitable” ou “favorable”. 執 (zhí) signifie littéralement “saisir”, “tenir fermement”, mais aussi “maintenir” ou “contrôler”. Quant à 言 (yán), il désigne la “parole”, le “discours” ou les “propos”. Cette combinaison suggère l’importance de maîtriser ses paroles, de contrôler sa communication dans un contexte stratégique.
Pour長 子 帥 師 (zhǎng zǐ shuài shī) 長 子 (zhǎng zǐ) désigne littéralement le “fils aîné” ou le “premier fils”, porteur d’un statut privilégié dans la hiérarchie familiale confucéenne. 帥 (shuài) signifie “commander”, “diriger” ou “être à la tête de”. Sa graphie combine les éléments “main” et “direction”, évoquant l’acte de guider avec autorité. 師 (shī) maintient ici son sens d’ ”armée” ou de “troupe” déjà analysé dans les traits précédents.
En contraste direct, l’expression 弟 子 輿 尸 (dì zǐ yú shī) établit un parallèle saisissant. 弟 子 (dì zǐ) désigne le “fils cadet” ou le “frère plus jeune”, position subordonnée dans la hiérarchie familiale traditionnelle. Les termes 輿 尸 (yú shī), “transporter des cadavres”, reprennent l’image funeste déjà vue au troisième trait, mais cette fois dans un contexte différent, celui d’une hiérarchie familiale.
Enfin, la formule 貞 凶 (zhēn xiōng) oppose directement le caractère 貞 (zhēn), “persévérance” ou “constance”, au caractère 凶 (xiōng), “néfaste” ou “funeste”. Cette opposition crée une tension paradoxale, suggérant que la persévérance, généralement valorisée dans le Yi Jing, peut dans ce contexte particulier mener à des conséquences négatives.
CHOIX DE TRADUCTION
Pour l’expression 田 有 禽 (tián yǒu qín), j’ai opté pour “Dans les champs il y a du gibier”. Cette traduction littérale préserve l’image concrète et rurale du texte original, sans chercher à la moderniser ou à l’abstraire. D’autres traductions possibles auraient été :
- “Le gibier est dans les champs”
- “Les champs contiennent du gibier”
- “Du gibier se trouve dans les terres cultivées”
Pour 利 執 言 (lì zhí yán), j’ai choisi “Profitable de maîtriser les paroles”. Ce choix rend explicite l’idée de contrôle et de retenue verbale, élément clé dans un contexte militaire ou stratégique. Alternatives possibles :
- “Avantage à garder le silence”
- “Bénéfique de contrôler son discours”
- “Il est utile de retenir ses propos”
L’expression 長 子 帥 師 (zhǎng zǐ shuài shī) a été traduite par “Le fils aîné commande l’armée”. Cette formulation directe préserve la hiérarchie familiale suggérée par l’original, tout en rendant claire la fonction militaire. Alternatives :
- “L’aîné dirige les troupes”
- “Le premier fils est à la tête de l’armée”
- “Le fils aîné en position de commandement militaire”
Pour 弟 子 輿 尸 (dì zǐ yú shī), j’ai opté pour “Le fils cadet transporte les cadavres”. Cette traduction maintient le parallélisme avec la phrase précédente et préserve l’image macabre de l’original. Alternatives :
- “Le frère cadet charrie les corps”
- “Le plus jeune fils porte les morts”
- “Le cadet s’occupe des dépouilles”
Enfin, pour 貞 凶 (zhēn xiōng), ma traduction “La persévérance est néfaste” cherche à rendre le paradoxe de cette formule. Le terme 貞 (zhēn), généralement positif dans le Yi Jing, est ici associé à un présage néfaste, créant une tension significative. Alternatives :
- “S’obstiner serait funeste”
- “La constance mène au malheur”
- “Persister devient néfaste”
Perspectives interprétatives
La tradition confucéenne voit dans l’image du “fils aîné commandant l’armée” l’illustration d’un ordre social harmonieux où chacun occupe la position qui lui revient selon son rang. Pour les lettrés confucéens, le drame survient lorsque cet ordre est perturbé, lorsque les rôles sont inversés ou confondus.
La distinction entre le fils aîné (長 子, zhǎng zǐ) et le fils cadet (弟 子, dì zǐ) est fondamentale dans l’éthique confucéenne, où les relations familiales hiérarchiques servent de modèle pour l’organisation sociale et politique. Cheng Yi note que “lorsque l’aîné commande et que le cadet sert, l’ordre naturel est respecté”.
La lecture taoïste, notamment celle développée par Wang Bi, interprète différemment ce trait. L’image du “gibier dans les champs” évoque une situation où la proie est visible mais pas encore capturée, suggérant un moment d’attente et d’observation avant l’action. Wang Bi souligne l’importance de “maîtriser les paroles” (執 言, zhí yán) comme une manifestation du non-agir taoïste : dans une situation délicate, la retenue verbale peut être plus efficace que l’action précipitée.
Wang Bi considère aussi que l’avertissement 貞 凶 (zhēn xiōng, “la persévérance est néfaste”) illustre le danger de s’obstiner dans une approche rigide alors que les circonstances appellent à la fluidité et à l’adaptation. Cette interprétation s’accorde avec le principe taoïste selon lequel la véritable sagesse consiste à s’adapter au flux changeant des événements plutôt qu’à maintenir obstinément une position fixe.
DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE
Dans la Chine des Zhou, la distinction entre fils aîné et fils cadet n’était pas simplement familiale mais profondément politique. Le fils aîné recevait non seulement l’héritage principal mais aussi la responsabilité des rituels ancestraux et, souvent, des fonctions militaires de commandement.
L’image de la chasse (田 有 禽, tián yǒu qín) s’inscrit également dans un contexte rituel précis. Dans la Chine ancienne, la chasse n’était pas simplement une activité utilitaire mais une pratique aristocratique codifiée, considérée comme une préparation à la guerre et un exercice de vertu.
L’expression “maîtriser les paroles” (執 言, zhí yán) fait écho aux pratiques de discrétion militaire recommandées dans les traités classiques comme le 孫子兵法 (Sūnzǐ Bīngfǎ, “L’Art de la guerre” de Sun Tzu), où le secret et la retenue verbale sont considérés comme des éléments essentiels de la stratégie.
Petite Image du Cinquième Trait
Le fils aîné commande les troupes, signifie agir avec tempérance. Le fils cadet transporte des cadavres, indique une utilisation inappropriée.
Structure du Cinquième Trait
- Ce trait possède la centralité en position supérieure.
- Il est en correspondance avec le deuxième trait, mais ne le sera plus après la transformation de leur bigramme ⚍ en ⚌.
– Il est au milieu du trigramme ☷ 坤 kūn correspondant à l’élément 地 dì “Terre” Sa transformation produit le trigramme ☵ 坎 kǎn qui correspond à l’élément 水 shuǐ “Eau”.
- Il est également au sommet du trigramme ☷ 坤 kūn correspondant à l’élément 地 dì “Terre”. Sa transformation produit le trigramme ☶ 艮 gèn qui correspond à l’élément 山 shān “Montagne”.
– Sa relation de voisinage avec le quatrième trait évolue de ⚏ à ⚎.
- Sa relation de voisinage avec le sixième trait évolue de ⚏ à ⚍.
- Ce trait occupe à la plus basse des deux positions associées au Ciel. Sa transformation fait évoluer ce bigramme de ⚏ à ⚍.
- Il est maître de l’hexagramme avec le second trait.
- Formules Mantiques : 无咎 wú jiù ; 貞凶 zhēn xiōng.
- Mots remarquables dans la Petite Image : 中 zhōng.
Interprétation
Saisir les opportunités nécessite une action à la fois ferme et judicieuse pour éviter les erreurs. Il est essentiel d’allouer de manière adéquate les ressources et de choisir les actions les plus appropriées en fonction de chaque situation ou évolution. À défaut, les conséquences pourraient être désastreuses. De plus, une obstination excessive peut également conduire à des résultats négatifs. Il convient donc de trouver un équilibre entre détermination et flexibilité.
Expérience corporelle
Ce trait évoque la sensation corporelle de tension vigilante qui caractérise à la fois le chasseur et le stratège militaire. L’image du “gibier dans les champs” fait appel à cette expérience corporelle particulière où l’attention est totalement absorbée par l’observation, où chaque mouvement doit être mesuré pour ne pas effrayer la proie.
Le conseil de “maîtriser les paroles” (執 言, zhí yán) peut être ressenti corporellement comme cette retenue physique, cette discipline du souffle et de la voix qui accompagne les moments de concentration intense. Dans les arts martiaux chinois, cette qualité de présence silencieuse est cultivée comme un élément fondamental de la maîtrise stratégique.
Le contraste entre le fils aîné qui commande et le fils cadet qui transporte les corps évoque deux expériences corporelles diamétralement opposées : celle de la position érigée, directive, associée à l’autorité, et celle du corps courbé sous le poids des cadavres, associée à la subordination et à la confrontation directe avec la mort. Cette polarité expérientielle illustre les différentes façons dont le corps peut être engagé dans le contexte militaire, selon la position hiérarchique.
Six Au-Dessus
上 六Le grand prince a le mandat.
Il fonde un État et établit sa lignée.
Ne pas employer les hommes de peu.
Notes de traduction
ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE
Dans l’expression 大 君 有 命 (dà jūn yǒu mìng) le caractère 大 (dà) signifie “grand” ou “éminent”, évoquant l’amplitude, l’importance ou la supériorité. Sa graphie stylisée représente un homme debout, les bras étendus, incarnant la grandeur humaine. Le terme 君 (jūn) désigne un “seigneur”, un “prince” ou un “souverain”. Ce caractère combine les éléments “bouche” et “main”, suggérant l’autorité de celui qui peut commander par la parole et agir avec pouvoir.
Le verbe 有 (yǒu) indique la possession ou l’existence. Quant à 命 (mìng), c’est un terme fondamental dans la pensée chinoise classique. Il désigne le “mandat”, la “mission” ou le “destin”. Sa composition graphique révèle l’élément “bouche” associé à celui d’ ”ordre” ou de “commandement”, évoquant une instruction ou une mission confiée par une autorité supérieure. Dans le contexte politique traditionnel chinois, 命 fait directement référence au “Mandat du Ciel” (天命, tiān mìng), source légitime de l’autorité politique.
La formule 開 國 承 家 (kāi guó chéng jiā) présente un parallélisme significatif. Le verbe 開 (kāi) signifie “ouvrir”, “fonder” ou “inaugurer”. Sa graphie combine les éléments “porte” et “main”, évoquant l’acte d’ouvrir un passage. 國 (guó, simplifié 国) représente un “pays”, un “état” ou un “royaume”. Ce caractère complexe contient l’élément “enceinte” ou “frontière”, symbolisant un territoire délimité et défendu.
Le verbe 承 (chéng) signifie “recevoir”, “hériter”, “succéder” ou “soutenir”. Sa composition graphique montre des mains qui reçoivent ou supportent, suggérant l’idée de transmission et de continuité. Enfin, 家 (jiā) désigne la “famille”, le “foyer” ou la “lignée”. Sa graphie combine les éléments “toit” et “porc”, évoquant l’habitation qui abrite à la fois les humains et leurs ressources vitales.
L’expression 小 人 勿 用 (xiǎo rén wù yòng) forme un contraste direct avec le début du trait. 小 (xiǎo) signifie “petit” ou “inférieur”, s’opposant clairement à 大 (dà, “grand”). Sa graphie stylisée représente quelque chose de divisé en petites parts. 人 (rén) désigne l’ ”homme” ou l’ ”être humain”. 勿 (wù) est une particule prohibitive signifiant “ne pas” ou “s’abstenir de”. Enfin, 用 (yòng) signifie “utiliser” ou “employer”.
CHOIX DE TRADUCTION
Pour l’expression 大 君 有 命 (dà jūn yǒu mìng), j’ai opté pour “Le grand prince a le mandat”. Cette traduction cherche à préserver la dimension politico-religieuse de l’original, où le mandat est une investiture qui vient du Ciel. D’autres traductions possibles auraient été :
- “Le souverain suprême reçoit sa mission”
- “Le grand seigneur détient le mandat”
- “Le noble éminent possède l’investiture céleste”
J’ai choisi “grand prince” pour 大 君 (dà jūn) afin de rendre la dimension aristocratique du terme, tout en évitant la connotation exclusivement royale que pourrait avoir “roi” ou “empereur”. Cette nuance est importante car dans la Chine ancienne, divers niveaux d’autorité politique pouvaient recevoir un mandat pour des territoires d’importance variable.
Pour 開 國 承 家 (kāi guó chéng jiā), ma traduction “Il fonde un État et établit sa lignée” cherche à rendre le parallélisme de l’original tout en explicitant la dimension dynastique implicite. Alternatives possibles :
- “Il inaugure un royaume et perpétue sa maison”
- “Il ouvre un pays et soutient sa famille”
- “Il crée un état et assure sa succession”
Le choix du verbe “établir” pour traduire 承 (chéng) vise à rendre l’idée de continuité et de transmission qui est centrale dans ce caractère. Dans le contexte de l’hexagramme 師 (shī, “L’Armée”), cette formulation évoque clairement la légitimation d’une nouvelle dynastie à travers la réussite militaire.
Enfin, pour 小 人 勿 用 (xiǎo rén wù yòng), j’ai choisi “Ne pas employer les hommes de peu”, traduction qui préserve l’opposition fondamentale entre 大君 (“grand prince”) et 小人 (“hommes de peu”). Alternatives possibles :
- “Qu’on n’utilise pas les êtres inférieurs”
- “Ne pas recourir aux personnes viles”
- “S’abstenir d’employer les hommes médiocres”
Le terme 小人 (xiǎo rén, “homme de peu”) est chargé de connotations éthiques dans la pensée confucéenne, où il s’oppose directement à 君子 (jūnzǐ, “homme de bien” ou “être supérieur”). Cette opposition n’est pas simplement sociale mais morale : l’homme de peu est celui qui agit par intérêt personnel, sans vision élevée ni sens du bien commun.
Perspectives interprétatives
Dans la tradition confucéenne, ce sixième trait est interprété comme l’illustration parfaite de l’idéal politique : un souverain légitime qui établit un ordre durable en s’appuyant sur des personnes vertueuses : le fondateur d’État doit agir avec vertu et s’entourer de personnes moralement qualifiées.
La mise en garde contre l’emploi des “hommes de peu” (小人, xiǎo rén) est particulièrement significative pour les confucéens. Confucius lui-même disait : “L’homme supérieur recherche la justice, l’homme de peu le profit”.
La lecture taoïste interprète différemment ce trait. Selon Wang Bi le “mandat” (命, mìng) n’est plus compris comme une investiture politique mais comme l’alignement naturel avec le cours du dào. Le “grand prince” serait alors celui qui agit en harmonie avec les principes naturels, sans forcer ni contraindre.
Dans cette perspective, la fondation d’un État (開國, kāi guó) représente moins une réalisation politique concrète qu’une mise en ordre harmonieuse du monde selon les principes naturels. Quant à l’avertissement contre l’emploi des “hommes de peu”, il suggère d’éviter de s’appuyer sur des forces qui agissent contre la nature profonde des choses, par avidité ou ambition personnelle.
DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE
L’expression 大 君 有 命 (dà jūn yǒu mìng) faisait directement référence à la doctrine du Mandat du Ciel (天命, tiān mìng), doctrine, élaborée précisément par les Zhou pour justifier leur conquête des Shang. Selon cette conception, le pouvoir politique n’était pas un droit héréditaire absolu mais une mission confiée par le Ciel à celui qui démontrait sa vertu et sa capacité à maintenir l’harmonie sociale.
L’expression 開 國 承 家 (kāi guó chéng jiā) décrit précisément le processus de fondation dynastique : le fondateur établit non seulement un État territorial (國, guó) mais aussi une lignée familiale (家, jiā) destinée à lui succéder. Cette double dimension politique et familiale était essentielle dans la conception chinoise traditionnelle du pouvoir, où l’État était souvent conçu comme une extension de la famille du souverain.
La mise en garde 小 人 勿 用 (xiǎo rén wù yòng) reflète une préoccupation constante dans la pensée politique chinoise classique : la nécessité de sélectionner rigoureusement les fonctionnaires et ministres.
Petite Image du Trait du Haut
Le grand prince reçoit le mandat du Ciel, car son mérite provient de sa correction. Les hommes de peu n’ont pas de promotion, cela évitera le chaos dans le royaume.
Structure du Trait du Haut
- Ce trait ne possède pas la centralité, mais est au sommet de l’enveloppe de l’hexagramme, que sa transformation fait évoluer de ⚏ à ⚎.
- Il n’est pas en correspondance avec le troisième trait, mais le deviendra après la transformation de leur bigramme ⚏ en ⚎.
- Il est au sommet du trigramme ☷ 坤 kūn correspondant à l’élément 地 dì “Terre”. Sa transformation produit le trigramme ☶ 艮 gèn qui correspond à l’élément 山 shān “Montagne”.
– Sa relation de voisinage avec le cinquième trait évolue de ⚏ à ⚎.
- Ce trait est à la plus haute des deux positions associées au Ciel. Sa transformation fait évoluer ce bigramme de ⚏ à ⚎.
- Formules Mantiques : aucune.
- Mots remarquables dans la Petite Image : 正 zhèng.
Interprétation
Prendre des décisions importantes pour le bien commun exige de reconnaître et de valoriser les mérites individuels. Il est tout aussi crucial d’allouer prudemment les ressources nécessaires aux rôles les plus adaptés. Dans ce contexte, il est impératif d’éviter de persister dans l’utilisation de solutions qui ne sont pas à la hauteur. Ainsi, renoncer aux approches qui ne répondent pas aux exigences devient une partie intégrante d’une gestion efficace.
Expérience corporelle
Ce trait évoque la sensation corporelle de plénitude et d’accomplissement qui accompagne la réalisation d’une mission authentique. Avoir “le mandat” (有命, yǒu mìng) peut être ressenti corporellement comme cet état particulier où l’individu se sent en parfaite adéquation avec sa mission, où son action semble portée par une force qui le dépasse.
L’expression “fonder un État” (開國, kāi guó) fait appel à l’expérience concrète de l’ouverture d’un espace, de la création d’un territoire habitable et ordonné. Cette métaphore spatiale résonne avec l’expérience corporelle de l’expansion, de l’établissement de frontières et de l’organisation d’un espace vital.
Quant à “établir sa lignée” (承家, chéng jiā), cette formulation évoque la dimension temporelle et généalogique de l’existence incarnée. Le corps n’est pas seulement présence immédiate mais aussi continuité, transmission, lignée. Cette expression fait appel à la conscience corporelle de notre inscription dans une chaîne de générations, à la fois comme héritiers et comme transmetteurs.
Grande Image
大 象troupe
Au centre de la terre il y a l’eau.
L’Armée.
Ainsi l’homme noble, par son accueil du peuple, nourrit la multitude.
Notes de traduction
ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE
Dans l’expression 地 中 有 水 (dì zhōng yǒu shuǐ) le caractère 地 (dì) désigne la “terre” comme élément matériel et cosmologique. Sa graphie évoque le sol fertile sur lequel nous marchons, la substance même qui soutient toute vie. Le terme 中 (zhōng) signifie “centre”, “milieu” ou “intérieur”. Nous avons déjà rencontré ce caractère fondamental dans notre analyse du deuxième trait. Sa graphie, représentant une flèche qui atteint sa cible au centre, suggère la précision, la justesse, l’équilibre parfait.
Le verbe 有 (yǒu) indique la présence, l’existence, la possession. Quant à 水 (shuǐ), il désigne l’ ”eau”, élément fluide par excellence. Sa graphie stylisée évoque l’écoulement, le mouvement ondulant caractéristique de cet élément vital.
Cette formule décrit la configuration même de l’hexagramme 師 (shī). En effet, cet hexagramme est composé du trigramme 坎 (kǎn, l’eau) à l’intérieur du trigramme 坤 (kūn, la terre). L’image qui en résulte est donc celle de l’eau contenue dans la terre, une image qui évoque à la fois :
- Les nappes phréatiques, réserves cachées d’eau dans les profondeurs terrestres
- L’humidité du sol, nécessaire à la croissance des plantes
- Les cours d’eau souterrains, forces invisibles mais puissantes
La seconde partie de la Grande Image, 君 子 以 容 民 畜 眾 (jūn zǐ yǐ róng mín xù zhòng), transpose cette configuration naturelle en leçon éthique et politique. Le terme 君子 (jūnzǐ) désigne “l’homme noble” ou “l’être supérieur” dans la tradition confucéenne. Ce n’est pas nécessairement un titre aristocratique, mais plutôt une qualification morale : celui qui cultive la vertu et agit selon les principes éthiques les plus élevés.
La particule 以 (yǐ) établit une relation de conséquence ou de moyen : “ainsi”, “par”, “au moyen de”. Le verbe 容 (róng) est particulièrement riche en significations : “contenir”, “accueillir”, “tolérer”, “inclure”, “comprendre”. Sa graphie suggère une maison qui abrite, un espace qui inclut. Le terme 民 (mín) désigne le “peuple”, l’ensemble des personnes ordinaires par opposition aux dirigeants.
Le verbe 畜 (xù) possède deux prononciations avec des nuances de sens différentes : xù signifie “nourrir”, “entretenir”, “développer”, tandis que chù se réfère à l’élevage d’animaux domestiques. Dans le contexte de cette Grande Image, c’est la première prononciation qui est pertinente. Enfin, 眾 (zhòng) désigne la “multitude”, la “foule”, la “masse”. Ce caractère est composé d’éléments graphiques évoquant trois personnes sous un même toit, suggérant l’idée de rassemblement.
CHOIX DE TRADUCTION
Pour l’expression 地 中 有 水 (dì zhōng yǒu shuǐ), j’ai opté pour “Au centre de la terre il y a l’eau”. Cette traduction littérale préserve la simplicité directe de l’original tout en rendant clairement l’image cosmologique. D’autres traductions possibles auraient été :
- “L’eau est contenue dans la terre”
- “L’eau se trouve au sein de la terre”
- “La terre renferme l’eau en son milieu”
Pour 君 子 以 容 民 畜 眾 (jūn zǐ yǐ róng mín xù zhòng), j’ai choisi “Ainsi l’homme noble, par son accueil du peuple, nourrit la multitude”. Cette traduction cherche à rendre la dimension éthique et politique de la phrase originale tout en préservant sa structure.
Alternatives possibles :
- “Ainsi l’être supérieur, en incluant le peuple, développe la multitude”
- “L’homme de bien, par sa capacité à comprendre le peuple, entretient les masses”
- “Le sage, en accueillant les gens, nourrit la communauté”
J’ai traduit 君子 (jūnzǐ) par “l’homme noble” plutôt que par “le sage” ou “l’être supérieur” pour conserver la connotation à la fois éthique et sociale de ce terme fondamental dans la pensée confucéenne. Le jūnzǐ représente l’idéal du développement moral, celui qui a cultivé ses qualités humaines jusqu’à atteindre l’excellence.
Pour 容 (róng), j’ai privilégié le sens d’ ”accueillir”, qui me semble particulièrement pertinent dans le contexte de l’hexagramme 師 (shī), où il s’agit de rassembler et d’organiser des hommes. Ce verbe suggère une ouverture, une inclusion bienveillante qui correspond bien à l’attitude idéale du dirigeant selon la pensée classique chinoise.
Le verbe 畜 (xù) a été traduit par “nourrir”, ce qui préserve la dimension concrète de sustentation tout en évoquant le développement, la croissance, l’entretien. Cette notion est fondamentale dans la pensée politique chinoise traditionnelle, où le bon gouvernement est souvent comparé à l’agriculture ou à l’élevage : il s’agit de créer les conditions propices à l’épanouissement des êtres.
Perspectives interprétatives
Dans la tradition confucéenne, cette Grande Image illustre parfaitement la conception organique du gouvernement. Tout comme l’eau nourrit la terre de l’intérieur, le bon dirigeant nourrit son peuple en l’accueillant, en le comprenant, en créant un espace où chacun peut s’épanouir.
Cheng Yi souligne que “l’eau au centre de la terre” symbolise la vertu cachée du dirigeant, qui opère de manière invisible mais fondamentale, tout comme l’eau souterraine nourrit les plantes sans être vue. Selon lui, “l’homme noble qui accueille le peuple et nourrit la multitude” est celui qui comprend que l’autorité véritable réside dans la capacité à soutenir et développer plutôt qu’à contraindre.
La lecture taoïste, proposée par Wang Bi, met l’accent sur l’aspect non-interventionniste du gouvernement idéal. L’eau au centre de la terre opère sans effort apparent, sans forcer, en suivant simplement sa nature. De même, le dirigeant sage n’impose pas sa volonté de manière brutale mais crée les conditions où le peuple peut s’épanouir naturellement.
“Accueillir le peuple” (容 民, róng mín) implique de ne pas contraindre les gens à un modèle unique mais d’accepter leur diversité naturelle. “Nourrir la multitude” (畜 眾, xù zhòng) signifierait alors permettre à chacun de développer ses potentialités propres, sans intervention excessive.
DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE
Dans la Chine des Zhou l’agriculture était fondée sur une compréhension fine de l’hydrologie. Les systèmes d’irrigation, les canaux, la gestion des ressources en eau constituaient un enjeu politique et économique majeur. L’image de “l’eau au centre de la terre” n’était donc pas simplement poétique mais correspondait à une préoccupation concrète et vitale.
Par ailleurs, l’administration impériale chinoise a toujours accordé une importance fondamentale aux “greniers publics” (倉, cāng), réserves de céréales destinées à nourrir la population en cas de disette. Cette pratique illustre parfaitement le principe de “nourrir la multitude” (畜 眾, xù zhòng): tout comme la terre conserve l’eau en son sein pour les périodes de sécheresse, le bon gouvernement constitue des réserves pour les périodes difficiles.
Structure de la Grande Image
Le personnage emblématique de l’Hexagramme 7 est : 君子 jūn zǐ, le noble héritier.
Interprétation
La métaphore de l’eau au milieu de la terre illustre l’union entre les soldats et le peuple. Elle montre que, lorsqu’un dirigeant est présent au sein de ses troupes, il s’imprègne de leur réalité jusqu’à atteindre une compréhension profonde. En retour, il gagne la confiance, le respect et le dévouement de ses hommes. De même, la générosité et la bienveillance engendrent reconnaissance et cohésion. Ces qualités sont essentielles pour forger une puissance efficace.
Expérience corporelle
L’image de “l’eau au centre de la terre” évoque une expérience corporelle spécifique : celle de l’humidité qui pénètre et nourrit le corps de l’intérieur. Dans la médecine traditionnelle chinoise, l’équilibre des fluides corporels est essentiel à la santé ; un corps bien hydraté est un corps où la vie peut s’épanouir.
La métaphore de “l’accueil du peuple” (容 民, róng mín) peut être ressentie corporellement comme cette ouverture, cette capacité d’inclusion qui caractérise un corps en bonne santé. Dans les pratiques de 氣功 (qìgōng), on cultive précisément cette qualité d’ouverture, cette capacité à accueillir le souffle vital sans résistance.
Quant à “nourrir la multitude” (畜 眾, xù zhòng), cette expression évoque l’expérience corporelle de la digestion et de la distribution des nutriments à travers le corps. Tout comme les aliments ingérés sont transformés pour nourrir l’ensemble de l’organisme, les ressources sociales doivent être correctement “digérées” et distribuées par le dirigeant pour nourrir l’ensemble du corps social.
Neuvième Aile
Ordre des Hexagrammes (序卦傳 Xù Guà Zhuàn)
“Débattre” conduira nécessairement à prendre parti.
C’est pourquoi vient ensuite “Troupe”.
“Troupe” correspond à la foule.