Hexagramme 35 : Jin · Progresser

Présentation Générale

Introduction et signification métaphysique de Jin

L’hexa­gramme 35, Jin (晉), incarne l’i­dée de “Pro­gres­ser”. Il évoque la situa­tion déli­cate d’une noto­rié­té de cir­cons­tance mais qui crée une cer­taine ten­sion. Jin sym­bo­lise en effet la mani­fes­ta­tion d’une pro­gres­sion exté­rieure en lien avec notre évo­lu­tion per­son­nelle, ce qui réclame une approche nuan­cée et équi­li­brée.

Sur le plan méta­phy­sique, Jin nous rap­pelle que la véri­table pro­gres­sion ne se mesure pas uni­que­ment selon notre visi­bi­li­té exté­rieure, mais aus­si par notre capa­ci­té à main­te­nir notre inté­gri­té inté­rieure face au défi des regards exté­rieurs. Il nous enseigne l’art sub­til de s’af­fir­mer avec humi­li­té, de briller sans éblouir.

Interprétation Générale de l’Hexagramme

La conjonc­ture actuelle nous place dans une situa­tion déli­cate, qui exige une visi­bi­li­té accrue dans un envi­ron­ne­ment ten­du. Cette confi­gu­ra­tion par­ti­cu­lière offre effec­ti­ve­ment à la fois une chance d’é­vo­lu­tion per­son­nelle et de pro­gres­sion exté­rieure. C’est pré­ci­sé­ment pour­quoi elle néces­site une approche empreinte de finesse et d’é­qui­libre.

Le suc­cès dans ce contexte dépend donc de notre apti­tude à nous expo­ser avec déter­mi­na­tion, tout en demeu­rant exempts de pré­ten­tion. L’en­jeu consiste à trou­ver le point d’é­qui­libre entre une affir­ma­tion de soi tout à fait jus­ti­fiée et une humi­li­té authen­tique. Cette der­nière, que l’on pour­rait qua­li­fier de ‘sou­mis­sion éclai­rée’, répond par­fai­te­ment aux exi­gences de notre crois­sance inté­rieure tout en s’har­mo­ni­sant avec les attentes et consi­dé­ra­tions exté­rieures.

Conseil Divinatoire

Jin est l’art de navi­guer habi­le­ment entre deux écueils majeurs : d’une part, la ten­ta­tion de res­ter en retrait, qui pour­rait être per­çue comme un manque d’en­ga­ge­ment ou de confiance, et d’autre part, le risque d’al­ler trop loin, ce qui pour­rait être inter­pré­té comme de l’ar­ro­gance ou de la pré­somp­tion. Le main­tien de cet équi­libre est sub­til mais essen­tiel.

Dans le contexte pré­sent, vos efforts pas­sés et à venir sont sus­cep­tibles d’être hono­rés, mais il est impé­ra­tif de main­te­nir une atti­tude humble face au suc­cès. Les signes, internes ou externes, de recon­nais­sance ne doivent pas vous faire perdre de vue le carac­tère prio­ri­taire du main­tien de votre déve­lop­pe­ment. Résis­tez à la ten­ta­tion de prendre trop de res­pon­sa­bi­li­tés dans cette période de visi­bi­li­té accrue. Répondre trop favo­ra­ble­ment à l’a­bon­dance des oppor­tu­ni­tés qui se pré­sentent, dis­per­se­rait votre éner­gie et vos res­sources, ce qui com­pro­met­trait alors votre pro­gres­sion à long terme. Il faut donc maî­tri­ser vos impul­sions, qu’elles soient de retrait ou d’ex­pan­sion exces­sive, afin de n’en­tra­ver ni votre déve­lop­pe­ment per­son­nel ni votre rayon­ne­ment.

Pour approfondir

La notion de “pré­sence authen­tique” en psy­cho­lo­gie posi­tive offre des pers­pec­tives inté­res­santes sur la manière de s’af­fir­mer tout en res­tant fidèle à soi-même. Le concept de “lea­der­ship par le ser­vice”, déve­lop­pé par Robert K. Green­leaf, met l’ac­cent sur l’hu­mi­li­té et le ser­vice aux autres dans la direc­tion d’en­tre­prise. Ces approches illus­trent com­ment on peut pro­gres­ser et influen­cer posi­ti­ve­ment son envi­ron­ne­ment sans perdre son inté­gri­té ou suc­com­ber à l’ar­ro­gance.

Mise en Garde

Le déve­lop­pe­ment de la visi­bi­li­té de sa pro­gres­sion per­son­nelle ne doit pas conduire à une confu­sion entre l’être et le paraître. Le rayon­ne­ment de votre noto­rié­té ne doit pas por­ter pré­ju­dice à votre authen­ti­ci­té ou à votre équi­libre inté­rieur. Ne confon­dez pas pro­gres­sion exté­rieure avec élé­va­tion de conscience. Tout l’en­jeu est donc de vous avan­cer en res­tant ancré dans vos valeurs et votre véri­té inté­rieure. La vigi­lance au main­tien de cet équi­libre per­met alors une pro­gres­sion à la fois visible et pro­fon­dé­ment authen­tique.

Synthèse et Conclusion

· Jin sym­bo­lise le rayon­ne­ment exté­rieur d’une pro­gres­sion per­son­nelle

· Il encou­rage une expo­si­tion réso­lue mais sans pré­ten­tion

· L’é­qui­libre entre affir­ma­tion de soi et humi­li­té est pri­mor­dial

· Jin met autant en garde contre le retrait que contre une expan­sion déme­su­rée

· La maî­trise des réac­tions impul­sives auto­rise un déve­lop­pe­ment har­mo­nieux

· Inci­ta­tion au cou­rage de de se dévoi­ler entiè­re­ment sans perdre son essence


Le véri­table pro­grès est l’art d’as­so­cier visi­bi­li­té exté­rieure et crois­sance inté­rieure. S’af­fir­mer avec humi­li­té, briller sans éblouir, s’ex­po­ser avec réso­lu­tion mais sans pré­ten­tion créent les condi­tions opti­males pour notre évo­lu­tion. Voir au-delà de la simple recon­nais­sance exté­rieure pour culti­ver une pré­sence authen­tique est le véri­table cou­rage des modestes. Ain­si, chaque pas en avant révèle à la fois un pro­grès appa­rent et la réa­li­sa­tion de notre iden­ti­té fon­da­men­tale : il illu­mine autant sur le plan per­son­nel que col­lec­tif.

Jugement

tuàn

jìn

pro­gres­ser

kāng hóu yòng fán shù

pai­sible • feu­da­taire • agir • don­ner • che­val • nom­breux • mul­tiples

zhòu sān jiē

jour • jour • trois • audience

Pro­gres­ser.

Le duc Kang reçoit en récom­pense de nom­breux che­vaux.

Durant le jour, trois audiences.

Notes de traduction

ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE

(jìn) est com­po­sé de la clé du soleil () sur­mon­tée de (zhuī, l’oi­seau court), ce carac­tère évoque l’i­mage dyna­mique de l’é­lé­va­tion et de la pro­gres­sion vers la lumière. Le champ séman­tique de (jìn) englobe non seule­ment l’i­dée de pro­gres­ser phy­si­que­ment, mais aus­si celle d’a­van­ce­ment social, de pro­mo­tion et d’é­lé­va­tion spi­ri­tuelle.

La struc­ture de l’hexa­gramme, (, le Feu) au-des­sus de (kūn, la Terre), illustre par­fai­te­ment cette sym­bo­lique : la lumière qui émerge de la terre, le mou­ve­ment ascen­dant de ce qui était caché vers ce qui devient mani­feste. Cette confi­gu­ra­tion cos­mique sous-tend toute l’in­ter­pré­ta­tion du texte du Juge­ment.

CHOIX DE TRADUCTION

J’ai choi­si de tra­duire (jìn) par “pro­gres­ser” plu­tôt que par des alter­na­tives comme “avan­cer” ou “s’é­le­ver” pour sou­li­gner fina­li­té du mou­ve­ment. Le carac­tère implique non seule­ment un dépla­ce­ment, mais une amé­lio­ra­tion qua­li­ta­tive, une pro­gres­sion vers un état supé­rieur.

Pour 康侯 (kāng hóu), j’ai opté pour “prince pros­père” en tra­dui­sant (kāng) par “pros­père” plu­tôt que par “pai­sible” ou “en paix”. Cette lec­ture met l’ac­cent sur la dimen­sion de plé­ni­tude et de suc­cès inhé­rente au carac­tère, qui évoque un état d’é­pa­nouis­se­ment com­plet plu­tôt qu’une simple absence de conflit.

L’ex­pres­sion 用錫馬蕃庶 (yòng xí mǎ fán shù) pose des défis inter­pré­ta­tifs inté­res­sants. () signi­fie “don­ner, accor­der” dans un contexte céré­mo­niel, d’où ma tra­duc­tion par “don” qui pré­serve cette dimen­sion rituelle. 蕃庶 (fán shù) com­bine deux termes syno­nymes expri­mant l’a­bon­dance et la mul­ti­pli­ci­té ; j’ai tra­duit par “nom­breux” pour évi­ter la redon­dance tout en conser­vant l’in­ten­si­té de l’ex­pres­sion chi­noise.

DIMENSION COSMOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE

(jìn) incarne le prin­cipe yang du déploie­ment et de la mani­fes­ta­tion. Il cor­res­pond au moment cos­mique où l’éner­gie créa­trice, après avoir mûri dans l’obs­cu­ri­té ter­restre, émerge vers la lumière et la recon­nais­sance publique. Ce mou­ve­ment s’ins­crit dans la dyna­mique cyclique du (, trans­for­ma­tion) où chaque phase de retrait et d’ac­cu­mu­la­tion secrète est sui­vie d’une phase d’ex­pan­sion et de rayon­ne­ment.

Le Pro­grès dans le Yi Jing ne relève pas d’une concep­tion linéaire du déve­lop­pe­ment, mais d’une vision orga­nique de l’é­pa­nouis­se­ment natu­rel. Le véri­table (jìn) sur­git spon­ta­né­ment lorsque les condi­tions internes et externes sont har­mo­nieu­se­ment ali­gnées, à l’i­mage du soleil qui se lève natu­rel­le­ment après la nuit.

DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE

A l’époque des Zhou, les audiences royales et les dis­tri­bu­tions de récom­penses consti­tuaient des moments cru­ciaux de la légi­ti­mi­té poli­tique. Les 錫馬 (xí mǎ, dons de che­vaux) évoquent les rituels de recon­nais­sance des mérites, les che­vaux étant des biens de pres­tige par­ti­cu­liè­re­ment valo­ri­sés dans la socié­té aris­to­cra­tique archaïque.

L’ex­pres­sion 晝日三接 (zhòu rì sān jiē) fait réfé­rence aux trois audiences quo­ti­diennes que tenait le sou­ve­rain, pra­tique codi­fiée dans les rituels Zhou. Cette ins­ti­tu­tion per­met­tait de main­te­nir la com­mu­ni­ca­tion entre le centre du pou­voir et la péri­phé­rie, incar­nant concrè­te­ment le prin­cipe du Pro­grès par la cir­cu­la­tion har­mo­nieuse de l’in­for­ma­tion et des déci­sions.

PERSPECTIVES INTERPRÉTATIVES

La tra­di­tion confu­céenne inter­prète cet hexa­gramme comme l’illus­tra­tion de la ver­tu () qui s’é­lève natu­rel­le­ment et attire la recon­nais­sance. Zhū Xī insiste sur le fait que le véri­table pro­grès naît du per­fec­tion­ne­ment de soi et non de l’am­bi­tion per­son­nelle.

L’ap­proche taoïste, par­ti­cu­liè­re­ment déve­lop­pée par Wáng Bì, met l’ac­cent sur la spon­ta­néi­té du mou­ve­ment ascen­sion­nel. Selon cette lec­ture, le (jìn) authen­tique pro­cède du 無為 (wú wéi), de l’ac­tion non-for­cée qui s’har­mo­nise avec le cours natu­rel des évé­ne­ments.

Structure de l’Hexagramme 35

Il y a dans l’hexa­gramme 35 deux fois plus de traits yin que de traits yang.
Il est pré­cé­dé de H34 大壯 dà zhuàng “Grande force”, et sui­vi de H36 明夷 míng yí “Lumière obs­cur­cie” (ils appar­tiennent à la même paire).
Son Oppo­sé est H5 需 “Attendre”.
Son hexa­gramme Nucléaire est H39 蹇 jiǎn “Obs­truc­tion”.
Le trait maître est le cin­quième.
– For­mules Man­tiques : 用 yòng.

Expérience corporelle

(jìn) cor­res­pond à ce moment où, après une période d’ap­pren­tis­sage patient et d’ac­cu­mu­la­tion silen­cieuse, nous sen­tons sou­dain nos capa­ci­tés s’é­pa­nouir et rece­voir une recon­nais­sance natu­relle. C’est l’ex­pé­rience du musi­cien qui, après des mois de tra­vail soli­taire, voit sa maî­trise tech­nique se trans­for­mer en expres­sion artis­tique fluide et spon­ta­née.

On passe alors du régime de l’ef­fort contrô­lé à celui de l’ef­fi­ca­ci­té spon­ta­née. Le corps qui pro­gresse véri­ta­ble­ment n’est plus celui qui force et contraint, mais celui qui trouve son rythme natu­rel et sa juste place dans l’en­vi­ron­ne­ment.

Cette tran­si­tion s’é­prouve concrè­te­ment dans la sen­sa­tion d’ai­sance qui rem­place pro­gres­si­ve­ment la ten­sion, dans cette flui­di­té nou­velle des gestes qui semblent alors s’ac­com­plir d’eux-mêmes. Le pro­grès authen­tique se recon­naît à cette qua­li­té par­ti­cu­lière de la joie qui l’ac­com­pagne : non pas l’exal­ta­tion de l’e­go conqué­rant, mais la satis­fac­tion pro­fonde de l’être qui se déploie selon sa nature véri­table.

Commentaire sur le Jugement

彖 傳 tuàn zhuàn

jìnjìn

pro­gres­ser • avan­cer • par­ti­cule finale

míng chū shàngshùn ér míngróu jìn ér shàng xìng

lumière • sor­tir • terre • au-des­sus • se confor­mer • et ain­si • ensemble • faire appel à • grand • lumière • flexible • avan­cer • et ain­si • au-des­sus • agir

shì kāng hóu yòng fán shùzhòu sān jiē

en véri­té • ain­si • pai­sible • feu­da­taire • agir • don­ner • che­val • nom­breux • mul­tiples • jour • jour • trois • audience • par­ti­cule finale

Pro­gres­ser, c’est avan­cer.

La lumière émerge au-des­sus de la terre. Doci­le­ment s’at­ta­cher à la grande clar­té. Le souple avance et s’é­lève.

C’est pour­quoi le duc Kang reçoit en récom­pense de nom­breux che­vaux, et obtient trois fois audience en une jour­née.

Notes de traduction

LE NOM DE L’HEXAGRAMME

Le com­po­sant du bas de 晉 jìn “pro­gres­ser” est 日 “soleil, jour “, qui forme avec la nuit un cycle com­plet de 24 heures et repré­sente par exten­sion tous les cycles tem­po­rels (sai­sons, périodes), mais aus­si une alter­nance : il ne peut y avoir de crois­sance infi­nie ; le déclin est indis­pen­sable au pro­grès.

Le chiffre deux confirme cette pari­té : la forme ancienne du com­po­sant du haut 臸 zhì “arri­ver” montre deux flèches tour­nées vers le haut, rayons du soleil, mais sur­tout méta­phore mili­taire de la péné­tra­tion, l’a­van­cée dans le com­bat. Il est donc ques­tion dans 晉 jìn du 日 “temps” qui 臸 zhì “arrive”, qui pro­gresse.

désigne éga­le­ment, par ana­lo­gie avec la culmi­na­tion et le rayon­ne­ment solaires, le palais impé­rial ou l’empereur.

Jìn vient immé­dia­te­ment après l’hexa­gramme 34 Dà Zhuàng “Grande force” : il indique l’é­vo­lu­tion de la puis­sance brute vers son rayon­ne­ment civi­li­sé. Cette tran­si­tion confirme que la véri­table pro­gres­sion n’est pas un déploie­ment soli­taire mais une émer­gence clai­re­ment visible et recon­nue par tous, qui rayonne sur tout l’u­ni­vers.

LES TRIGRAMMES ET LES TRAITS

La clar­té de 離 (feu/lumière) émerge natu­rel­le­ment au-des­sus de la doci­li­té de Kūn 坤 (terre/réceptivité). Le véri­table pro­grès naît de l’en­ra­ci­ne­ment récep­tif plu­tôt que de la volon­té d’as­cen­sion. Les deux traits yang aux posi­tions 4 et 6, qui encadrent le trait yin cen­tral du tri­gramme supé­rieur, font alter­ner fer­me­té et sou­plesse. Tout en bas, les trois traits yin confirment que l’as­cen­sion repose sur l’hu­mi­li­té, la patience et la sou­plesse adap­ta­tive.

Les six posi­tions ne s’ac­com­plissent pas selon une pro­gres­sion linéaire mais selon la nature des traits. Les trois pre­mières posi­tions sont yin ; elles montrent l’en­ra­ci­ne­ment dans l’hu­mi­li­té néces­saire à toute véri­table élé­va­tion. A l’in­verse la mon­tée dans le tri­gramme supé­rieur révèle les périls de la pré­ci­pi­ta­tion (trait 4 yang), tan­dis que l’a­gres­si­vi­té finale (trait 6 yang) com­pro­met l’har­mo­nie de l’as­cen­sion. Il faut à la fois la cen­tra­li­té et le retour au yin pour par­ve­nir à com­pen­ser l’al­ti­tude du cin­quième trait dans un déta­che­ment para­doxal au cœur de la lumière. La pro­gres­sion de l’é­lé­va­tion lumi­neuse sou­ligne donc le res­pect des étapes récep­tives, l’adhé­sion col­lec­tive, et la vigi­lance contre tout empres­se­ment.

EXPLICATION DU JUGEMENT

晉 (Jìn) – Pro­gres­ser

“Pro­gres­ser, c’est avan­cer. La lumière émerge au-des­sus de la terre. Doci­le­ment s’at­ta­cher à la grande clar­té.”

L’é­qui­va­lence pho­né­tique (jìn) et séman­tique “pro­gres­ser = avan­cer” est illus­trée par l’i­mage cos­mo­lo­gique figu­rée par les tri­grammes : “la lumière émerge au-des­sus de la terre”. Le sur­gis­se­ment de (clar­té) au-des­sus de Kūn (récep­ti­vi­té) montre com­ment l’é­lé­va­tion lumi­neuse naît de la doci­li­té plu­tôt que de la force. 出 chū “naître, sur­gir” montre 屮 une végé­ta­tion nais­sante qui émerge depuis 凵 l’in­té­rieur du sol. La véri­table pro­gres­sion ne résulte donc pas d’un effort volon­ta­riste mais de l’é­mer­gence natu­relle du soleil au-des­sus de l’ho­ri­zon ter­restre.

Doci­le­ment s’at­ta­cher à la grande clar­té” se lit mot à mot “se confor­mer-et ain­si-ensemble-faire appel à‑grande-lumière”. 順 shùn “Se confor­mer” (éty­mo­lo­gi­que­ment “suivre le flux de ce qui pré­cède”) est la ver­tu du tri­gramme infé­rieur Kūn (Terre, sol). 而 ér “et ain­si” montre une cau­sa­li­té. 麗 “ensemble” se tra­duit éga­le­ment “s’attacher/adhérer” une des carac­té­ris­tiques du tri­gramme (clar­té). Il mani­feste le prin­cipe de 感應 (gǎnyìng) “réso­nance-réponse” cen­tral à la cos­mo­lo­gie Han, et évoque (乎 “fait appel”) ici 大 明dà míng ” la grande clar­té”, c’est-à-dire la rela­tion de pari­té entre le jour, qui se mani­feste dans le ciel du tri­gramme supé­rieur, et la nuit, durant laquelle l’astre solaire s’en­fonce dans la Terre au tri­gramme infé­rieur.

 康侯用錫馬蕃庶 (Kāng hóu yòng xí mǎ fán shù) – Le duc Kang reçoit en récom­pense de nom­breux che­vaux

“Le souple avance et s’é­lève. C’est pour­quoi le duc Kang reçoit en récom­pense de nom­breux che­vaux.”

“Le souple qui s’a­vance et s’é­lève” est le cin­quième trait, yin au cœur du tri­gramme supé­rieur. 進jìn “avan­cer” est com­po­sé de 辶 (辵) chuò “mar­cher, sau­ter” et 隹 zhuī “oiseau”, qui lors­qu’il est pro­non­cé cuī signi­fie “haut” ; l’en­semble sug­gère le vol déli­bé­ré et orien­té d’un oiseau.

Les nom­breux che­vaux furent accor­dés au duc Kang en recon­nais­sance de son mérite pour la paci­fi­ca­tion d’un ter­ri­toire fron­ta­lier et son “atta­che­ment à la grande clar­té”, ici sa fidé­li­té au duc de Zhou. Une des plus hautes récom­penses de l’é­poque étaient les che­vaux et les chars : ils sym­bo­li­saient le pou­voir mili­taire, le pres­tige social, et la capa­ci­té de repro­duc­tion et d’ex­pan­sion. Le carac­tère 康 Kāng “prospère/paisible” évoque éty­mo­lo­gi­que­ment l’a­bon­dance des mois­sons ; cela sug­gère que l’é­lé­va­tion authen­tique pro­duit une fécon­di­té par­ta­gée.

Les che­vaux sym­bo­lisent ici la mobi­li­té et la vita­li­té offertes en recon­nais­sance, récom­pen­sant non l’au­to­no­mie orgueilleuse mais la capa­ci­té de ser­vir l’ordre lumi­neux supé­rieur. Le terme 蕃庶 fán shù “nom­breux et mul­tiples” sug­gère l’a­bon­dance comme fruit natu­rel de l’a­li­gne­ment sur le prin­cipe céleste.

晝日三接 (Zhòu rì sān jiē) – Durant le jour, trois audiences

“Et obtient trois fois audience en une jour­née.”

Les “trois audiences en une jour­née” mani­festent concrè­te­ment la recon­nais­sance publique résul­tant de la pro­gres­sion lumi­neuse. Le carac­tère 接 jiē “rece­voir en audience/rencontrer” évoque éty­mo­lo­gi­que­ment des mains qui se joignent ; il indique la réci­pro­ci­té har­mo­nieuse entre le sou­ve­rain éclai­ré et le vas­sal méri­tant. L’ex­pres­sion 晝日 zhòu rì “durant le jour” insiste sur la tem­po­ra­li­té diurne, confir­mant que cette élé­va­tion s’ac­com­plit dans la clar­té publique plu­tôt que dans l’ombre.

Dans le sys­tème pro­to­co­laire Zhou, être reçu en audience par le roi consti­tuait en soi un pri­vi­lège. Mais être reçu trois fois en une seule jour­née témoi­gnait d’une recon­nais­sance extra­or­di­naire, réser­vée à ceux qui avaient ren­du des ser­vices émi­nents, une confir­ma­tion réité­rée de l’ex­cel­lence recon­nue. Cette for­mu­la­tion sou­ligne l’ur­gence et l’im­por­tance des affaires à trai­ter, ain­si que la confiance per­son­nelle que le Duc de Zhou accor­dait à Kang Hou. Mani­fes­ta­tion humaine de la “lumière émer­geant au-des­sus de la terre”, elle indique la culmi­na­tion du pro­grès dans la com­mu­ni­ca­tion directe avec l’au­to­ri­té suprême.

SYNTHÈSE

Jìn révèle la pro­gres­sion comme une émer­gence lumi­neuse qui dépasse l’op­po­si­tion entre pas­si­vi­té et ambi­tion conqué­rante. La doci­li­té créa­trice de Kūn est le fon­de­ment qui per­met à la clar­té de d’é­mer­ger natu­rel­le­ment sans vio­lence ni pré­ci­pi­ta­tion. La recon­nais­sance publique (“nom­breux che­vaux”, “trois audiences”) devient le fruit spon­ta­né d’une pro­gres­sion res­pec­tant les rythmes natu­rels et mani­fes­tant ses qua­li­tés dans la trans­pa­rence.

L’hexa­gramme enseigne l’art para­doxal de s’é­le­ver par la sou­plesse, de briller en s’at­ta­chant à une clar­té supé­rieure, et de rece­voir les hon­neurs en culti­vant l’ex­cel­lence plu­tôt qu’en la reven­di­quant.

Six au Début

初 六 chū liù

jìn

pro­gres­ser • comme

cuī

recu­ler • comme

zhēn

pré­sage • bon augure

wǎng

ne pas • confiance

pro­di­ga­li­té

jiù

pas • faute

Comme pro­gres­ser,

comme régres­ser.

La per­sé­vé­rance est pro­pice.

Sans confiance.

Abon­dance.

Pas de blâme.

Notes de traduction

ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE

Ce pre­mier trait pré­sente une struc­ture remar­quable arti­cu­lée autour de l’ex­pres­sion 晉如摧如 (jìn rú cuī rú) “Comme pro­gres­ser, comme régres­ser”, qui éta­blit une alter­nance ryth­mique entre pro­gres­sion et régres­sion. Le carac­tère (jìn), que nous avons déjà ren­con­tré dans le titre de l’hexa­gramme, est ici mis en ten­sion avec (cuī), dont la struc­ture gra­phique révèle la clé de la main (shǒu) asso­ciée à (cuī, éle­vé), sug­gé­rant l’ac­tion de bri­ser ce qui s’é­lève, de faire tom­ber.

La par­ti­cule () qui accom­pagne cha­cun de ces mou­ve­ments, au-delà de son sens com­pa­ra­tif “comme”, intro­duit une dimen­sion de simi­li­tude et d’ap­pa­rence qui nuance pro­fon­dé­ment la signi­fi­ca­tion : il ne s’a­git pas de pro­gres­ser ou régres­ser effec­ti­ve­ment, mais d’en don­ner l’ap­pa­rence, d’os­cil­ler entre ces deux mou­ve­ments.

Le carac­tère () pré­sente une richesse séman­tique consi­dé­rable, com­bi­nant la clé du vête­ment () avec (, val­lée), évo­quant l’a­bon­dance qui découle de la capa­ci­té de conte­nir, à l’i­mage de la val­lée qui recueille les eaux.

CHOIX DE TRADUCTION

J’ai choi­si de tra­duire 晉如摧如 (jìn rú cuī rú) par “Comme pro­gres­ser, comme régres­ser” pour pré­ser­ver la dimen­sion d’ap­pa­rence et d’hé­si­ta­tion que sug­gère la par­ti­cule (). Des alter­na­tives comme “Tan­tôt pro­gres­ser, tan­tôt recu­ler” auraient gom­mé cette nuance essen­tielle d’in­cer­ti­tude et de mou­ve­ment appa­rent.

Pour (cuī), j’ai opté pour “régres­ser” plu­tôt que “recu­ler” ou “s’ef­fon­drer” afin de main­te­nir la symé­trie avec “pro­gres­ser” tout en sug­gé­rant une dimen­sion plus active que le simple recul. Le carac­tère implique en effet une action de des­truc­tion ou de démo­li­tion qui va au-delà du simple mou­ve­ment rétro­grade.

Dans 罔孚 (wǎng fú) le carac­tère (wǎng) signi­fie “ne pas avoir, man­quer de”, tan­dis que () désigne la confiance, la sin­cé­ri­té, la foi. J’ai tra­duit par “Sans confiance” en com­pre­nant qu’il s’a­git d’un manque de cré­dit ou de recon­nais­sance de la part d’au­trui, plu­tôt qu’une absence de confiance en soi.

Pour (), mon choix d’ ”Abon­dance” pri­vi­lé­gie l’as­pect posi­tif de plé­ni­tude sur les conno­ta­tions pos­sibles d’ex­cès ou de pro­di­ga­li­té, bien que ces der­nières demeurent pré­sentes dans le champ séman­tique du carac­tère.

DIMENSION COSMOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE

Ce pre­mier trait illustre par­fai­te­ment le prin­cipe de l’al­ter­nance fon­da­men­tale qui gou­verne tous les phé­no­mènes. Situé au début du mou­ve­ment de (jìn), il révèle que tout pro­grès authen­tique naît d’une oscil­la­tion ini­tiale, d’une incer­ti­tude créa­trice qui pré­cède la sta­bi­li­sa­tion du mou­ve­ment ascen­sion­nel.

Cette hési­ta­tion entre pro­gres­sion et régres­sion cor­res­pond à la phase cos­mique où l’éner­gie yáng émerge timi­de­ment du ter­reau yīn sans encore avoir trou­vé sa direc­tion défi­ni­tive. Le trait incarne ain­si le moment déli­cat de l’é­mer­gence, où les forces en pré­sence cherchent encore leur équi­libre dyna­mique.

La men­tion de l’a­bon­dance () dans ce contexte d’in­cer­ti­tude révèle une dimen­sion para­doxale essen­tielle : c’est pré­ci­sé­ment dans cette phase d’hé­si­ta­tion appa­rente que se consti­tue la véri­table richesse inté­rieure, cette capa­ci­té de conte­nir et d’ac­cueillir les contraires qui carac­té­rise la sagesse du Yi Jing.

DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE

L’ex­pres­sion rituelle de cette alter­nance se mani­fes­tait dans les pro­to­coles de cour où l’ap­proche du sou­ve­rain exi­geait un savant dosage entre avan­cées et retraits, selon des codes ges­tuels pré­cis qui témoi­gnaient du res­pect des hié­rar­chies tout en expri­mant la sin­cé­ri­té de l’in­ten­tion.

Les com­men­ta­teurs des dynas­ties ulté­rieures ont vu dans ce trait une illus­tra­tion de la stra­té­gie 進退存身 (jìn­tuì cún­shēn, “pro­gres­ser et se reti­rer pour pré­ser­ver sa per­sonne”), prin­cipe car­di­nal de la sagesse poli­tique confu­céenne qui enseigne l’art de navi­guer dans les cir­cons­tances chan­geantes sans com­pro­mettre son inté­gri­té.

PERSPECTIVES INTERPRÉTATIVES

La tra­di­tion confu­céenne, notam­ment à tra­vers 孟子 (Mèngzǐ, Men­cius), inter­prète cette alter­nance comme la mani­fes­ta­tion de la pru­dence ver­tueuse qui carac­té­rise l’homme de bien face à des cir­cons­tances incer­taines. La per­sé­vé­rance (zhēn) ne consiste pas à for­cer le mou­ve­ment, mais à main­te­nir sa direc­tion inté­rieure mal­gré les oscil­la­tions externes.

L’é­cole taoïste, influen­cée par Lǎozǐ, y voit l’illus­tra­tion du prin­cipe du 無為 (wú wéi) : l’ac­tion effi­cace naît de cette capa­ci­té à épou­ser le rythme natu­rel des évé­ne­ments, alter­nant spon­ta­né­ment entre enga­ge­ment et retrait selon les cir­cons­tances. Wáng Bì sou­ligne que l’a­bon­dance () découle pré­ci­sé­ment de cette sou­plesse adap­ta­tive.

Petite Image du Trait du Bas

jìn

pro­gres­ser • comme

cuī

recu­ler • comme

xìng zhèng

seul • agir • cor­rect • aus­si

jiù

pro­di­ga­li­té • pas • faute

wèi shòu mìng

à venir • accueillir • mis­sion • aus­si

Comme pro­gres­ser, comme régres­ser. Pro­cé­der seul est cor­rect. Indul­gence n’est pas faute. On n’a pas encore reçu le Man­dat.

Structure du Trait du Bas

- Trait Yin à une place Impaire, la pre­mière posi­tion est incor­recte dans l’hexa­gramme de situa­tion H35 晉 jìn Pro­gres­ser, et devient donc cor­recte dans l’hexa­gramme déri­vé H21 噬嗑 shì kè “Mordre fer­me­ment”..
- Ce trait ne pos­sède pas la cen­tra­li­té, mais est à la base de l’en­ve­loppe de l’hexa­gramme, que sa trans­for­ma­tion fait évo­luer de à .
- Il est en cor­res­pon­dance avec le qua­trième trait, mais ne le sera plus après la trans­for­ma­tion de leur bigramme en .
– Il est à la base du tri­gramme kūn cor­res­pon­dant à l’élé­ment 地 “Terre”. Sa trans­for­ma­tion pro­duit le tri­gramme zhèn qui cor­res­pond à l’élé­ment 雷 léi “Ton­nerre”.
– Sa rela­tion de voi­si­nage avec le deuxième trait évo­lue de à .
- Ce trait occupe la plus basse des deux posi­tions asso­ciées à la Terre. Sa trans­for­ma­tion fait évo­luer ce bigramme de à .
- For­mules Man­tiques : 貞吉 zhēn  ; 无咎 jiù.
- Mots remar­quables dans la Petite Image : 正 zhèng.

Interprétation

Avan­cer avec confiance et déter­mi­na­tion, sans se sou­cier des pertes ou des gains pas­sés, est la clé pour pour­suivre sa pro­gres­sion. En se débar­ras­sant de tout regret, on peut avan­cer avec une atti­tude déta­chée qui s’a­vè­re­ra béné­fique à tous égards.
Se lais­ser dis­traire par des pré­oc­cu­pa­tions exces­sives visant des résul­tats immé­diats ris­que­rait cepen­dant de frei­ner la pro­gres­sion glo­bale.

Expérience corporelle

晉如摧如 (jìn rú cuī rú) “Comme pro­gres­ser, comme régres­ser” cor­res­pond à cette expé­rience fami­lière de l’ap­pren­tis­sage où notre corps hésite entre plu­sieurs pos­si­bi­li­tés d’ac­tion avant de trou­ver son geste juste. C’est l’ex­pé­rience du dan­seur débu­tant qui oscille entre dif­fé­rents appuis, du cal­li­graphe qui cherche la bonne ten­sion de son pin­ceau, ou encore de l’o­ra­teur qui module ins­tinc­ti­ve­ment sa voix selon les réac­tions de son audi­toire.

Ce trait illustre éga­le­ment la phase de tran­si­tion entre le régime de l’hé­si­ta­tion contrô­lée et celui de l’ef­fi­ca­ci­té spon­ta­née. Le corps qui “pro­gresse comme, régresse comme” explore acti­ve­ment son champ des pos­sibles sans encore se fixer dans une moda­li­té défi­ni­tive.

Cette explo­ra­tion créa­trice se res­sent phy­si­que­ment dans cette qua­li­té par­ti­cu­lière de l’at­ten­tion qui reste ouverte et mobile, refu­sant de se cris­tal­li­ser pré­ma­tu­ré­ment. L’a­bon­dance () naît pré­ci­sé­ment de cette capa­ci­té cor­po­relle à main­te­nir plu­sieurs poten­tia­li­tés en ten­sion, à culti­ver cette richesse interne qui pré­cède et nour­rit l’ac­tion juste. C’est cette sen­sa­tion de plé­ni­tude qui accom­pagne les moments où notre corps sent qu’il dis­pose de mul­tiples res­sources sans encore avoir choi­si laquelle actua­li­ser.

Six en Deux

六 二 liù èr

jìn

pro­gres­ser • comme

chóu

tris­tesse • comme

zhēn

pré­sage • bon augure

shòu jiè wáng

rece­voir • impor­tant • grand • bon­heur • par • son • roi • mère

Comme pro­gres­ser,

comme s’attrister.

La per­sé­vé­rance est pro­pice.

Rece­voir cette grande féli­ci­té de sa reine-mère.

Notes de traduction

ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE

Ce deuxième trait pré­sente une varia­tion signi­fi­ca­tive par rap­port au pre­mier dans l’ex­pres­sion 晉如愁如 (jìn rú chóu rú) “Comme pro­gres­ser, comme s’attrister”. Si la pre­mière par­tie 晉如 (jìn rú) demeure iden­tique, le carac­tère (chóu) rem­place (cuī), opé­rant un glis­se­ment séman­tique fon­da­men­tal de la des­truc­tion phy­sique vers l’af­flic­tion inté­rieure.

Le carac­tère (chóu) com­bine la clé du cœur (xīn) avec (qiū, automne), évo­quant cette mélan­co­lie par­ti­cu­lière qui sai­sit l’être face au déclin et à la trans­for­ma­tion. Cette tris­tesse n’est pas une souf­france patho­lo­gique, mais cette qua­li­té d’é­mo­tion qui accom­pagne natu­rel­le­ment les moments de tran­si­tion et d’in­cer­ti­tude.

L’ex­pres­sion cen­trale 受茲介福于其王母 (shòu zī jiè fú yú qí wáng mǔ) “Rece­voir cette grande féli­ci­té de sa reine-mère” intro­duit des élé­ments cos­mo­lo­giques majeurs. () désigne “ceci, cela” avec une nuance de proxi­mi­té et d’im­mé­dia­te­té. (jiè) signi­fie “grand, impor­tant” mais aus­si “inter­mé­diaire, qui sert de lien”. 王母 (wáng mǔ) évoque la figure arché­ty­pale de la Reine-Mère, puis­sance mater­nelle suprême dans la cos­mo­lo­gie chi­noise.

CHOIX DE TRADUCTION

J’ai main­te­nu “Comme pro­gres­ser” pour 晉如 (jìn rú) afin de pré­ser­ver la conti­nui­té avec le trait pré­cé­dent, sou­li­gnant cette oscil­la­tion per­sis­tante qui carac­té­rise les pre­miers mou­ve­ments du (jìn).

Pour 愁如 (chóu rú), j’ai choi­si “comme s’at­tris­ter” plu­tôt que “comme être en sou­ci” ou “comme être mélan­co­lique” pour res­ter proche du registre émo­tion­nel du carac­tère tout en évi­tant une conno­ta­tion trop patho­lo­gique. (chóu) désigne cette tris­tesse contem­pla­tive qui naît de la luci­di­té face aux trans­for­ma­tions inévi­tables.

J’ai tra­duit 受茲介福 (shòu zī jiè fú) par “Rece­voir cette grande féli­ci­té” en com­pre­nant (jiè) comme un inten­si­fi­ca­teur de (). Une alter­na­tive serait “Rece­voir cette béné­dic­tion média­trice”, mais cela intro­dui­rait une com­plexi­té théo­lo­gique peut-être exces­sive.

Pour 王母 (wáng mǔ), j’ai opté pour “reine-mère” pour pré­ser­ver à la fois la dimen­sion ins­ti­tu­tion­nelle et la réfé­rence mytho­lo­gique sans sur­char­ger la tra­duc­tion de conno­ta­tions trop spé­ci­fiques.

DIMENSION COSMOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE

Ce trait illustre le moment où l’éner­gie ascen­sion­nelle du (jìn) ren­contre la résis­tance natu­relle qui accom­pagne tout mou­ve­ment de trans­for­ma­tion. (chóu) repré­sente cette tona­li­té émo­tion­nelle néces­saire qui marque la tran­si­tion entre l’an­cien et le nou­veau, entre ce qui doit être aban­don­né et ce qui va naître.

La figure de la 王母 (wáng mǔ) “reine-mère” évoque la dimen­sion matri­cielle de la trans­for­ma­tion cos­mique. Dans la tra­di­tion taoïste, elle incarne le prin­cipe yīn dans sa fonc­tion créa­trice et nour­ri­cière, cette puis­sance qui accorde les dons spi­ri­tuels à ceux qui savent tra­ver­ser les épreuves de la méta­mor­phose inté­rieure.

Le () reçu n’est pas une récom­pense exté­rieure, mais l’ac­tua­li­sa­tion de poten­tia­li­tés internes qui se révèlent à tra­vers l’ac­cep­ta­tion de la tris­tesse trans­for­ma­trice. Cette béné­dic­tion naît pré­ci­sé­ment de la capa­ci­té à main­te­nir la (zhēn, per­sé­vé­rance) au cœur de l’os­cil­la­tion entre joie et mélan­co­lie.

DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE

La réfé­rence à la 王母 (wáng mǔ) évoque les pra­tiques rituelles où la reine-mère jouait un rôle cen­tral dans la trans­mis­sion des légi­ti­mi­tés spi­ri­tuelles et poli­tiques. Dans le contexte des Zhou, ces figures fémi­nines du pou­voir étaient gar­diennes des tra­di­tions ances­trales et média­trices entre le monde visible et invi­sible.

受茲介福 (shòu zī jiè fú) fait écho aux céré­mo­nies d’in­ves­ti­ture où les béné­dic­tions étaient trans­mises selon des pro­to­coles pré­cis, impli­quant sou­vent des figures mater­nelles ou grand-mater­nelles qui incar­naient la conti­nui­té dynas­tique. Ces rituels recon­nais­saient que le véri­table pro­grès poli­tique ne pou­vait s’ac­com­plir sans l’a­val des puis­sances matri­cielles.

Cette dimen­sion mater­nelle du pro­grès cor­res­pond à une moda­li­té d’a­van­ce­ment qui pri­vi­lé­gie la patience et la matu­ra­tion natu­relle sur la conquête agres­sive. Chéng Yí y ver­ra l’illus­tra­tion de la voie confu­céenne qui enseigne à rece­voir les res­pon­sa­bi­li­tés plu­tôt qu’à les sai­sir.

PERSPECTIVES INTERPRÉTATIVES

La tra­di­tion confu­céenne inter­prète cette alter­nance entre pro­gres­sion et tris­tesse comme l’ex­pres­sion de la sen­si­bi­li­té éthique qui carac­té­rise l’homme de bien. 孟子 (Mèngzǐ) enseigne que la mélan­co­lie ver­tueuse naît de la conscience aiguë des res­pon­sa­bi­li­tés qui accom­pagnent toute élé­va­tion sociale ou spi­ri­tuelle. 王母 (wáng mǔ) la “reine-mère” repré­sente alors cette sagesse ances­trale qui guide et pro­tège ceux qui assument leurs devoirs avec luci­di­té.

L’ap­proche taoïste, voit dans 愁如 (chóu rú) “comme s’at­tris­ter” l’ex­pres­sion natu­relle de l’être qui per­çoit l’im­per­ma­nence fon­da­men­tale de toute chose. Cette tris­tesse n’est pas un obs­tacle au pro­grès mais sa condi­tion même, car elle cultive le déta­che­ment néces­saire à l’ac­tion spon­ta­née. Wáng Bì sou­ligne que la béné­dic­tion reçue de la reine-mère sym­bo­lise cette grâce qui échoit natu­rel­le­ment à ceux qui s’har­mo­nisent avec le (dào).

Petite Image du Deuxième Trait

shòu jiè

accueillir • noir • déli­mi­ter • bon­heur

zhōng zhèng

ain­si • au centre • cor­rect • aus­si

Avan­cer avec anxié­té : Cen­tral et cor­rect.

Structure du Deuxième Trait

- Trait Yin à une place Paire, la deuxième posi­tion est cor­recte dans l’hexa­gramme de situa­tion H35 晉 jìn Pro­gres­ser, et devient donc incor­recte dans l’hexa­gramme déri­vé H64 未濟 wèi jì “Pas encore pas­sé”..
- Ce trait pos­sède la cen­tra­li­té en posi­tion infé­rieure.
- Il n’est pas en cor­res­pon­dance avec le cin­quième trait, mais le devien­dra après la trans­for­ma­tion de leur bigramme en .
– Il est au milieu du tri­gramme kūn cor­res­pon­dant à l’élé­ment 地 “Terre” Sa trans­for­ma­tion pro­duit le tri­gramme kǎn qui cor­res­pond à l’élé­ment 水 shuǐ “Eau”.
- Il est éga­le­ment à la base du tri­gramme gèn cor­res­pon­dant à l’élé­ment 山 shān “Mon­tagne”. Sa trans­for­ma­tion pro­duit le tri­gramme qui cor­res­pond à l’élé­ment 火 huǒ “Feu”.
– Sa rela­tion de voi­si­nage avec le pre­mier trait évo­lue de à .
- Sa rela­tion de voi­si­nage avec le troi­sième trait évo­lue de à .
- Ce trait est à la plus haute des deux posi­tions asso­ciées à la Terre. Sa trans­for­ma­tion fait évo­luer ce bigramme de à .
- For­mules Man­tiques : 貞吉 zhēn .
- Mots remar­quables dans la Petite Image : 中 zhōng, 正 zhèng.

Interprétation

La per­sé­vé­rance dans la droi­ture, même face aux dif­fi­cul­tés, au décou­ra­ge­ment ou à l’in­cer­ti­tude, sera fina­le­ment récom­pen­sée par une grande béné­dic­tion. Faire face aux épreuves avec réso­lu­tion et per­sé­vé­rance, mal­gré la confu­sion, abou­ti­ra inévi­ta­ble­ment à une réus­site inat­ten­due.

Expérience corporelle

晉如愁如 (jìn rú chóu rú) “comme pro­gres­ser, comme s’attrister” cor­res­pond à cette expé­rience cor­po­relle fami­lière des moments où notre élan vers l’a­vant se teinte spon­ta­né­ment de mélan­co­lie, comme lorsque nous res­sen­tons cette tris­tesse douce-amère qui accom­pagne les tran­si­tions impor­tantes de l’exis­tence.

Ce trait illustre cette phase déli­cate où le corps apprend à inté­grer des tona­li­tés émo­tion­nelles appa­rem­ment contra­dic­toires. Le régime d’ac­ti­vi­té qui émerge n’é­va­cue pas la tris­tesse mais l’ac­cueille comme com­po­sante néces­saire de la pro­gres­sion authen­tique.

Cette inté­gra­tion se res­sent phy­si­que­ment dans cette qua­li­té par­ti­cu­lière de l’at­ten­tion qui devient capable de por­ter simul­ta­né­ment l’é­lan et la rete­nue, l’en­thou­siasme et la luci­di­té. Le () bon­heur reçu de la 王母 (wáng mǔ) reine-mère s’é­prouve alors comme cette sen­sa­tion de sou­tien inté­rieur, cette confiance pro­fonde qui naît lorsque notre corps recon­naît qu’il peut comp­ter sur des res­sources qui le dépassent, à l’i­mage de l’en­fant qui puise dans la pré­sence mater­nelle la force d’ex­plo­rer le monde mal­gré ses appré­hen­sions.

Six en Trois

六 三 liù sān

zhòng yǔn

mul­ti­tude • consen­tir

huǐ wáng

regret • dis­pa­raître

La mul­ti­tude consent.

Les regrets dis­pa­raissent.

Notes de traduction

ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE

Ce troi­sième trait pré­sente une remar­quable sim­pli­ci­té struc­tu­relle qui contraste avec la com­plexi­té émo­tion­nelle des traits pré­cé­dents. 眾允 (zhòng yǔn) “La mul­ti­tude consent” éta­blit une rela­tion directe entre la col­lec­ti­vi­té et l’as­sen­ti­ment, mar­quant un tour­nant déci­sif dans la dyna­mique de l’hexa­gramme (jìn).

(zhòng) com­bine trois fois le carac­tère (rén, homme), évo­quant gra­phi­que­ment l’as­sem­blée humaine dans sa dimen­sion plu­rielle. Ce n’est pas seule­ment la quan­ti­té qui est signi­fiée, mais cette qua­li­té par­ti­cu­lière de l’éner­gie col­lec­tive lors­qu’elle s’u­ni­fie autour d’un mou­ve­ment com­mun.

La struc­ture gra­phique de (yǔn) asso­cie (, pri­vé) et (ér, enfant/homme), sug­gé­rant l’i­dée d’un accord qui émane de la sphère intime pour s’é­tendre vers l’u­ni­ver­sel. (yǔn) désigne un consen­te­ment authen­tique, non for­cé, qui naît de la recon­nais­sance spon­ta­née de la jus­tesse d’une situa­tion.

L’ex­pres­sion 悔亡 (huǐ wáng) intro­duit la dimen­sion tem­po­relle de la réso­lu­tion. (huǐ) évoque ces remords qui naissent de l’i­na­dé­qua­tion entre inten­tion et action, tan­dis que (wáng) signi­fie lit­té­ra­le­ment “perdre, dis­pa­raître”, sug­gé­rant une dis­so­lu­tion com­plète plu­tôt qu’un simple oubli.

CHOIX DE TRADUCTION

J’ai tra­duit 眾允 (zhòng yǔn) par “La mul­ti­tude consent” en pri­vi­lé­giant le sub­stan­tif “mul­ti­tude” sur “foule” ou “masse” pour évi­ter les conno­ta­tions péjo­ra­tives modernes. (zhòng) dans le contexte du 易經 (Yì Jīng) désigne la com­mu­nau­té humaine dans sa dimen­sion posi­tive de diver­si­té uni­fiée.

Pour (yǔn), j’ai choi­si “consen­tir” plu­tôt qu’ ”approu­ver” ou “per­mettre” car ce verbe exprime mieux cette dimen­sion d’adhé­sion libre et réflé­chie que sug­gère le carac­tère. L’i­dée d’un accord qui émane de la convic­tion intime plu­tôt que de la contrainte externe est essen­tielle à la com­pré­hen­sion du pas­sage.

J’ai tra­duit 悔亡 (huǐ wáng) par “Les regrets dis­pa­raissent” en com­pre­nant que cette dis­pa­ri­tion marque la réso­lu­tion com­plète des ten­sions inté­rieures qui accom­pa­gnaient l’hé­si­ta­tion des traits pré­cé­dents. Le plu­riel “regrets” me semble appro­prié pour rendre compte de la diver­si­té des remords qui peuvent assaillir l’être en période d’in­cer­ti­tude.

DIMENSION COSMOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE

Ce troi­sième trait marque le pas­sage du registre per­son­nel au registre col­lec­tif, de l’hé­si­ta­tion indi­vi­duelle à l’adhé­sion com­mu­nau­taire. Situé au centre du tri­gramme infé­rieur (kūn, la Terre), il incarne cette fonc­tion média­trice qui per­met aux éner­gies dis­per­sées de trou­ver leur cohé­sion natu­relle.

眾允 (zhòng yǔn) “la mul­ti­tude consent” révèle que le véri­table pro­grès (jìn) ne peut s’ac­com­plir dans l’i­so­le­ment mais néces­site cette recon­nais­sance col­lec­tive qui valide et ampli­fie l’é­lan indi­vi­duel. Le consen­te­ment de la mul­ti­tude n’est pas ici sou­mis­sion pas­sive mais expres­sion de la (dào, Voie) qui se mani­feste à tra­vers la conver­gence spon­ta­née des volon­tés.

La dis­pa­ri­tion des regrets 悔亡 (huǐ wáng) cor­res­pond à cette réso­lu­tion cos­mique où les éner­gies contra­dic­toires se dis­solvent natu­rel­le­ment dans l’é­mer­gence d’un nou­veau niveau d’or­ga­ni­sa­tion. Cette trans­for­ma­tion ne résulte pas d’un effort de volon­té mais de cette grâce par­ti­cu­lière qui accom­pagne les moments d’a­li­gne­ment authen­tique entre l’être et son envi­ron­ne­ment.

DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE

Ce trait évoque les moments cru­ciaux de légi­ti­ma­tion poli­tique où l’au­to­ri­té nais­sante reçoit l’as­sen­ti­ment popu­laire. Dans le contexte des Zhōu, 眾允 (zhòng yǔn) “la mul­ti­tude consent” fait écho au concept de “cœur du peuple” qui consti­tuait le fon­de­ment ultime de la légi­ti­mi­té dynas­tique selon le Man­dat du Ciel 天命 (tiānmìng). Les rituels de confir­ma­tion col­lec­tive, où l’as­sem­blée des feu­da­taires expri­mait son adhé­sion aux déci­sions royales, incar­naient concrè­te­ment cette dyna­mique du consen­te­ment popu­laire. Ces céré­mo­nies ne rele­vaient pas de la simple for­ma­li­té mais consti­tuaient des moments d’ac­tua­li­sa­tion de l’ordre cos­mique dans l’ordre poli­tique.

PERSPECTIVES INTERPRÉTATIVES

La tra­di­tion confu­céenne inter­prète 眾允 (zhòng yǔn) “la mul­ti­tude consent” comme l’ex­pres­sion de la bon­té natu­relle qui habite le cœur humain et qui, dans des cir­cons­tances favo­rables, se mani­feste spon­ta­né­ment par la recon­nais­sance du juste. La dis­pa­ri­tion des regrets témoigne alors de cette paix inté­rieure qui accom­pagne l’ac­tion ver­tueuse lors­qu’elle trouve sa confir­ma­tion dans l’as­sen­ti­ment col­lec­tif.

L’ap­proche taoïste, déve­lop­pée par Wáng Bì, voit dans ce trait l’illus­tra­tion par­faite de l’adhé­sion sans recours à la contrainte ou à la per­sua­sion for­cée. Le consen­te­ment de la mul­ti­tude naît spon­ta­né­ment lorsque l’agent s’har­mo­nise avec le (dào) et devient trans­pa­rent aux forces natu­relles de trans­for­ma­tion.

Chéng Yí a asso­cié 眾允 (zhòng yǔn) “la mul­ti­tude consent” au prin­cipe qui se mani­feste simul­ta­né­ment dans la conscience indi­vi­duelle et col­lec­tive. La conver­gence des adhé­sions révèle l’o­pé­ra­tion du prin­cipe uni­ver­sel qui trans­cende les par­ti­cu­la­ri­tés sub­jec­tives tout en se réa­li­sant à tra­vers elles.

Petite Image du Troisième Trait

zhòng yǔn zhī

mul­ti­tude • consen­tir • son

zhì shàng xìng

volon­té • au-des­sus • agir • aus­si

La mul­ti­tude consent. Mou­ve­ment vers le haut.

Structure du Troisième Trait

- Trait Yin à une place Impaire, la troi­sième posi­tion est incor­recte dans l’hexa­gramme de situa­tion H35 晉 jìn Pro­gres­ser, et devient donc cor­recte dans l’hexa­gramme déri­vé H56 旅 “Voya­ger”..
- Ce trait ne pos­sède pas la cen­tra­li­té, mais est à la base du centre car­di­nal de l’hexa­gramme, que sa trans­for­ma­tion fait évo­luer de à .
- Il est en cor­res­pon­dance avec le sixième trait, mais ne le sera plus après la trans­for­ma­tion de leur bigramme en .
– Il est au milieu du tri­gramme gèn cor­res­pon­dant à l’élé­ment 山 shān “Mon­tagne” Sa trans­for­ma­tion pro­duit le tri­gramme xùn qui cor­res­pond à l’élé­ment 風 fēng “Vent”.
- Il est éga­le­ment au som­met du tri­gramme kūn cor­res­pon­dant à l’élé­ment 地 “Terre” Sa trans­for­ma­tion pro­duit le tri­gramme gèn qui cor­res­pond à l’élé­ment 山 shān “Mon­tagne”.
- Il est, pour finir, à la base du tri­gramme kǎn cor­res­pon­dant à l’élé­ment 水 shuǐ “Eau”. Sa trans­for­ma­tion pro­duit le tri­gramme duì qui cor­res­pond à l’élé­ment 澤 duó “Brume”.
– Sa rela­tion de voi­si­nage avec le deuxième trait évo­lue de à .
- Sa rela­tion de voi­si­nage avec le qua­trième trait évo­lue de à .
- Ce trait occupe à la plus basse des deux posi­tions asso­ciées à l’Hu­main. Sa trans­for­ma­tion fait évo­luer ce bigramme de à .
- For­mules Man­tiques : 悔亡 huǐ wáng.
- Mots remar­quables dans la Petite Image : 上 shàng, 志 zhì.

Interprétation

Le sup­port et l’ap­pro­ba­tion de l’en­tou­rage jouent un rôle cru­cial. Dans un contexte de sou­tien géné­ra­li­sé, la pro­gres­sion se pour­suit avec confiance, mini­mi­sant ain­si les risques de regret. Igno­rer ce sou­tien poten­tiel pour­rait entra­ver le che­mi­ne­ment vers le suc­cès.

Expérience corporelle

眾允 (zhòng yǔn) “la mul­ti­tude consent” cor­res­pond à cette expé­rience cor­po­relle fami­lière des moments où notre pro­po­si­tion ou notre ini­tia­tive ren­contre spon­ta­né­ment l’adhé­sion de notre entou­rage, créant cette sen­sa­tion dis­tinc­tive de vali­da­tion qui se res­sent phy­si­que­ment par un élar­gis­se­ment de la poi­trine et un apai­se­ment des ten­sions. C’est l’ex­pé­rience du musi­cien dont l’im­pro­vi­sa­tion sus­cite immé­dia­te­ment la réso­nance de ses par­te­naires, ou celle de l’o­ra­teur qui sent son audi­toire spon­ta­né­ment accor­dé à ses paroles.

Ce trait illustre le pas­sage du régime de l’ef­fort soli­taire à celui de l’ef­fi­ca­ci­té col­lec­tive. Le corps qui “reçoit le consen­te­ment de la mul­ti­tude” éprouve cette qua­li­té par­ti­cu­lière de sou­tien qui naît lorsque l’ac­tion indi­vi­duelle trouve sa réso­nance natu­relle dans l’en­vi­ron­ne­ment social.

Cette trans­for­ma­tion s’é­prouve concrè­te­ment dans la dis­so­lu­tion de ces micro-ten­sions cor­po­relles qui accom­pagnent habi­tuel­le­ment l’in­cer­ti­tude sociale. 悔亡 (huǐ wáng) se res­sent phy­si­que­ment comme cette détente pro­fonde qui sur­vient lorsque notre corps recon­naît qu’il n’a plus besoin de lut­ter contre l’en­vi­ron­ne­ment mais peut s’ap­puyer sur lui. C’est cette sen­sa­tion de plé­ni­tude qui accom­pagne les moments où nous sen­tons que notre action s’ins­crit natu­rel­le­ment dans un mou­ve­ment plus vaste qui la porte et l’am­pli­fie, à l’i­mage du dan­seur qui trouve sou­dain le rythme col­lec­tif et laisse la musique gui­der ses gestes.

Neuf en Quatre

九 四 jiǔ sì

jìn shí shǔ

pro­gres­ser • comme • ron­geur • nui­sible

zhēn

pré­sage • dan­ger

Pro­gres­ser comme le rat mus­qué.

La per­sé­vé­rance est périlleuse.

Notes de traduction

ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE

Ce qua­trième trait intro­duit une rup­ture sai­sis­sante dans la pro­gres­sion de l’hexa­gramme 晉 (jìn) avec l’ap­pa­ri­tion de l’ex­pres­sion 晉如鼫鼠 (jìn rú shí shǔ) “pro­gres­ser comme le rat mus­qué”. Si nous retrou­vons la for­mule fami­lière 晉如 (jìn rú) des traits pré­cé­dents, elle se trouve ici asso­ciée à 鼫鼠 (shí shǔ), terme tech­nique dési­gnant une espèce par­ti­cu­lière de ron­geur fouis­seur.

鼫 (shí) pré­sente la clé de l’a­ni­mal 豸 (zhì) com­bi­née à des élé­ments pho­né­tiques qui évoquent l’ac­ti­vi­té sou­ter­raine et fur­tive. Ce ron­geur, iden­ti­fié dans les com­men­taires clas­siques comme un ani­mal noc­turne qui accu­mule com­pul­si­ve­ment des pro­vi­sions, sym­bo­lise un type par­ti­cu­lier de pro­gres­sion : celle qui s’ef­fec­tue dans l’ombre, gui­dée par l’ins­tinct d’ac­cu­mu­la­tion plu­tôt que par la vision claire.

L’as­so­cia­tion 鼫鼠 (shí shǔ) redouble l’i­dée de peti­tesse et de fur­ti­vi­té, 鼠 (shǔ) étant le rat com­mun. Cette redon­dance séman­tique sou­ligne l’in­ten­si­té du com­por­te­ment décrit : non pas sim­ple­ment un ani­mal petit et dis­cret, mais un être entiè­re­ment domi­né par les pul­sions d’ac­cu­mu­la­tion et de dis­si­mu­la­tion.

L’ex­pres­sion 貞厲 (zhēn lì) marque un tour­nant dra­ma­tique par rap­port aux 貞吉 (zhēn jí) des traits pré­cé­dents. 厲 () désigne un dan­ger aigu, une situa­tion périlleuse qui menace l’in­té­gri­té même de l’être. Cette trans­for­ma­tion révèle que la per­sé­vé­rance 貞 (zhēn), ver­tueuse dans d’autres contextes, devient ici source de péril.

CHOIX DE TRADUCTION

J’ai main­te­nu “Pro­gres­ser comme” pour 晉如 (jìn rú) afin de pré­ser­ver la conti­nui­té avec les traits pré­cé­dents, sou­li­gnant ain­si par contraste la spé­ci­fi­ci­té de la méta­phore ani­male qui suit.

Pour 鼫鼠 (shí shǔ), j’ai choi­si “rat mus­qué” après avoir consi­dé­ré plu­sieurs alter­na­tives. “Rat fouis­seur” aurait été trop des­crip­tif. “Rat mus­qué” pré­serve à la fois l’i­dée de peti­tesse, l’as­pect ron­geur et une cer­taine fami­lia­ri­té qui per­met au lec­teur de visua­li­ser le com­por­te­ment décrit. Le carac­tère 鼫 (shí) désigne effec­ti­ve­ment un ron­geur de la famille des cri­cé­ti­dae, proche du rat mus­qué dans ses habi­tudes d’ac­cu­mu­la­tion.

Pour 貞厲 (zhēn lì) j’ai opté pour “La per­sé­vé­rance est périlleuse” plu­tôt que “Per­sé­vé­rer est dan­ge­reux” pour main­te­nir la forme nomi­nale. “Périlleuse” me semble plus juste que “dan­ge­reuse” car 厲 () évoque un péril qui menace spé­ci­fi­que­ment l’in­té­gri­té morale et spi­ri­tuelle de l’être.

DIMENSION COSMOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE

Ce qua­trième trait inau­gure le tri­gramme supé­rieur 離 (, le Feu) tout en demeu­rant de nature yin. Cette situa­tion para­doxale engendre une ten­sion cos­mique qui se tra­duit par la méta­phore du 鼫鼠 (shí shǔ) : un être qui aspire vers la lumière mais demeure pri­son­nier de ses habi­tudes sou­ter­raines.

L’i­mage du ron­geur fouis­seur révèle une per­ver­sion pos­sible du prin­cipe 晉 (jìn) : lorsque la pro­gres­sion se trans­forme en accu­mu­la­tion com­pul­sive, l’é­lan vers la lumière se dégrade en quête obses­sion­nelle de sécu­ri­té maté­rielle. Le 鼫鼠 (shí shǔ) “rat mus­qué” illustre cette moda­li­té dégé­né­rée du pro­grès où l’être s’en­ferme dans des sché­mas répé­ti­tifs qui l’é­loignent de sa des­ti­na­tion authen­tique.

DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE

Dans le contexte des Zhou (Zhōu), la méta­phore du 鼫鼠 (shí shǔ) “rat mus­qué” était com­prise comme une cri­tique des fonc­tion­naires qui, au lieu de ser­vir l’in­té­rêt géné­ral, s’at­ta­chaient à accu­mu­ler pri­vi­lèges et richesses par des moyens détour­nés. Les textes rituels de l’é­poque Han (Hàn) asso­cient le com­por­te­ment de ce ron­geur aux pra­tiques de cor­rup­tion qui minent l’ef­fi­ca­ci­té admi­nis­tra­tive. Ces ani­maux, qui pillent les gre­niers publics tout en se dis­si­mu­lant, deviennent méta­phores des abus de pou­voir qui sapent la légi­ti­mi­té dynas­tique.

La trans­for­ma­tion de 貞吉 (zhēn jí) en 貞厲 (zhēn lì) cor­res­pond à ces moments his­to­riques où la fidé­li­té aux ins­ti­tu­tions se per­ver­tit en conser­va­tisme aveugle.

PERSPECTIVES INTERPRÉTATIVES

La tra­di­tion confu­céenne inter­prète cette méta­phore comme une mise en garde contre la peti­tesse d’es­prit qui accom­pagne la recherche exces­sive de sécu­ri­té maté­rielle. Le 鼫鼠 (shí shǔ) “rat mus­qué” incarne cette men­ta­li­té étroite qui sacri­fie la gran­deur morale à l’ac­cu­mu­la­tion de biens péris­sables. Chéng Yí sou­ligne que la per­sé­vé­rance devient périlleuse lors­qu’elle s’exerce au ser­vice d’ob­jec­tifs indignes de la nature humaine.

Wáng Bì voit dans ce trait l’illus­tra­tion des effets per­vers de l’at­ta­che­ment exces­sif aux formes exté­rieures du suc­cès. Le 鼫鼠 (shí shǔ) “rat mus­qué” repré­sente l’être qui a per­du le contact avec le 道 (dào) natu­rel et s’é­puise dans des acti­vi­tés fré­né­tiques mais sté­riles, ces “petits hommes” 小人 (xiǎo rén) qui confondent agi­ta­tion et pro­grès authen­tique.

Zhū Xī enseigne que la per­sé­vé­rance devient dan­ge­reuse lors­qu’elle s’en­ra­cine dans l’i­gno­rance de soi plu­tôt que dans la com­pré­hen­sion claire de sa voca­tion authen­tique.

Petite Image du Quatrième Trait

shuò shǔ zhēn

gros • nui­sible • pré­sage • dan­ger

wèi dāng

posi­tion • pas • avoir la charge de • aus­si

Menace de ron­geurs nui­sibles. La posi­tion est inap­pro­priée.

Structure du Quatrième Trait

- Trait Yang à une place Paire, la qua­trième posi­tion est incor­recte dans l’hexa­gramme de situa­tion H35 晉 jìn Pro­gres­ser, et devient donc cor­recte dans l’hexa­gramme déri­vé H23 剝 “Ela­guer”..
- Ce trait ne pos­sède pas la cen­tra­li­té, mais consti­tue la par­tie supé­rieure du centre car­di­nal de l’hexa­gramme, que sa trans­for­ma­tion fait évo­luer de à .
- Il est en cor­res­pon­dance avec le pre­mier trait, mais ne le sera plus après la trans­for­ma­tion de leur bigramme en .
– Il est au milieu du tri­gramme kǎn cor­res­pon­dant à l’élé­ment 水 shuǐ “Eau” Sa trans­for­ma­tion pro­duit le tri­gramme kūn qui cor­res­pond à l’élé­ment 地 “Terre”.
- Il est éga­le­ment au som­met du tri­gramme gèn cor­res­pon­dant à l’élé­ment 山 shān “Mon­tagne” Sa trans­for­ma­tion pro­duit le tri­gramme kūn qui cor­res­pond à l’élé­ment 地 “Terre”.
- Il est, pour finir, à la base du tri­gramme cor­res­pon­dant à l’élé­ment 火 huǒ “Feu”. Sa trans­for­ma­tion pro­duit le tri­gramme gèn qui cor­res­pond à l’élé­ment 山 shān “Mon­tagne”.
– Sa rela­tion de voi­si­nage avec le troi­sième trait évo­lue de à .
- Sa rela­tion de voi­si­nage avec le cin­quième trait évo­lue de à .
- Ce trait est à la plus haute des deux posi­tions asso­ciées à l’Hu­main. Sa trans­for­ma­tion fait évo­luer ce bigramme de à .
- For­mules Man­tiques : 貞厲 zhēn .
- Mots remar­quables dans la Petite Image : 位 wèi.

Interprétation

Pro­gres­sion dis­crète et avan­ce­ment fur­tif qui requièrent la plus grande pru­dence. Il est essen­tiel de ne pas s’en­ga­ger dans des méthodes ou des actions dou­teuses, même si elles semblent pro­mettre un pro­grès rapide. Main­te­nir l’in­té­gri­té et la rec­ti­tude dans toutes les actions et déci­sions demeure essen­tiel. Prendre des rac­cour­cis ou adop­ter un com­por­te­ment impru­dent pour­rait avoir des consé­quences dan­ge­reuses.

Expérience corporelle

晉如鼫鼠 (jìn rú shí shǔ) “pro­gres­ser comme le rat mus­qué” cor­res­pond à ces moments où notre élan de pro­gres­sion se trans­forme insi­dieu­se­ment en agi­ta­tion com­pul­sive. C’est l’ex­pé­rience de l’é­tu­diant qui accu­mule fré­né­ti­que­ment des connais­sances sans plus savoir pour­quoi il étu­die, ou celle du tra­vailleur qui mul­ti­plie les acti­vi­tés pro­fes­sion­nelles en per­dant de vue le sens de son action.

Le corps du 鼫鼠 (shí shǔ) “rat mus­qué” a per­du cette capa­ci­té de pause et de dis­cer­ne­ment qui carac­té­rise l’ac­tion juste, s’en­fer­mant dans des pat­terns répé­ti­tifs qui épuisent ses res­sources vitales.

Cette trans­for­ma­tion se res­sent phy­si­que­ment dans cette qua­li­té par­ti­cu­lière de ten­sion qui accom­pagne l’ac­ti­vi­té deve­nue méca­nique : les gestes perdent leur flui­di­té natu­relle, le souffle se rac­cour­cit, l’at­ten­tion se frag­mente en mul­tiples pré­oc­cu­pa­tions simul­ta­nées. 貞厲 (zhēn lì) s’é­prouve alors comme cette sen­sa­tion d’é­pui­se­ment qui naît lorsque notre corps recon­naît qu’il per­siste dans une voie qui le détruit. C’est cette fatigue par­ti­cu­lière qui accom­pagne les moments où nous sen­tons que notre per­sé­vé­rance, au lieu de nous nour­rir, nous vide de notre sub­stance vitale, à l’i­mage du ron­geur qui s’é­puise à cou­rir dans une roue sans jamais avan­cer véri­ta­ble­ment.

Six en Cinq

六 五 liù wǔ

huǐ wáng

regret • dis­pa­raître

shī

perdre • obte­nir • ne pas • inquié­tude

wàng

aller • bon augure

pas • pas • pro­fi­table

Les regrets dis­pa­raissent.

Ne pas se sou­cier de pertes ou gains.

Avan­cer est pro­pice.

Rien qui ne soit pro­fi­table.

Notes de traduction

ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE

L’ou­ver­ture par 悔亡 (huǐ wáng) “les regrets dis­pa­raissent” reprend lit­té­ra­le­ment l’ex­pres­sion du troi­sième trait, créant une réso­nance interne qui sou­ligne la réso­lu­tion défi­ni­tive des ten­sions anté­rieures.

L’ex­pres­sion cen­trale 失得勿恤 (shī dé wù xù) “ne pas se sou­cier de pertes ou gains” intro­duit une dia­lec­tique fon­da­men­tale entre 失 (shī, perdre) et 得 (, obte­nir), pola­ri­té dyna­mique qui struc­ture toute la pen­sée chi­noise de la trans­for­ma­tion. Le carac­tère 失 (shī) évoque l’i­dée de lais­ser échap­per, de ne plus tenir, tan­dis que 得 () désigne l’ac­qui­si­tion, l’ob­ten­tion, mais aus­si cette adé­qua­tion par­faite entre l’être et sa situa­tion qui carac­té­rise la ver­tu 德 ().

恤 () mérite une atten­tion par­ti­cu­lière. Sa struc­ture gra­phique com­bine la clé du cœur 心 (xīn) avec 卹 (), évo­quant cette inquié­tude qui naît de l’at­ta­che­ment exces­sif aux résul­tats de l’ac­tion. 恤 () désigne spé­ci­fi­que­ment cette forme d’an­xié­té qui para­site l’ef­fi­ca­ci­té en détour­nant l’at­ten­tion de l’ac­tion pré­sente vers ses consé­quences futures.

L’ex­pres­sion finale 无不利 (wú bù lì) “rien qui ne soit pro­fi­table” pré­sente une double néga­tion par­ti­cu­liè­re­ment puis­sante en chi­nois clas­sique. 无 (, ne pas avoir) asso­cié à 不利 (bù lì, ne pas pro­fi­table) crée cette affir­ma­tion totale qui trans­cende les caté­go­ries ordi­naires du favo­rable et du défa­vo­rable.

CHOIX DE TRADUCTION

J’ai conser­vé “Les regrets dis­pa­raissent” pour 悔亡 (huǐ wáng) afin de main­te­nir la conti­nui­té avec le troi­sième trait, sou­li­gnant ain­si la dimen­sion cyclique et récur­rente de cette réso­lu­tion inté­rieure qui carac­té­rise l’au­then­tique pro­grès 晉 (jìn).

Pour 失得勿恤 (shī dé wù xù), j’ai opté pour “Ne pas se sou­cier de pertes ou gains” en tra­dui­sant 恤 () par “se sou­cier” plu­tôt que “s’in­quié­ter” ou “être anxieux”. Cette for­mu­la­tion cap­ture mieux cette dimen­sion d’at­ta­che­ment men­tal qui consti­tue l’obs­tacle prin­ci­pal à l’ac­tion spon­ta­née. “Pertes ou gains” me semble plus dyna­mique que “perte et gain” et évite la conno­ta­tion trop sta­tique de “pertes et pro­fits”.

往吉 (wàng jí) est tra­duite par “Avan­cer est pro­pice” en pri­vi­lé­giant “avan­cer” sur “aller” pour main­te­nir la cohé­rence avec le voca­bu­laire du pro­grès qui struc­ture l’en­semble de l’hexa­gramme. 往 (wàng) implique un mou­ve­ment diri­gé, inten­tion­nel, qui dépasse la simple loco­mo­tion.

Pour 无不利 (wú bù lì), j’ai choi­si “Rien qui ne soit pro­fi­table” en pré­ser­vant la struc­ture de double néga­tion du chi­nois, qui pro­duit un effet d’af­fir­ma­tion totale plus puis­sant qu’une for­mu­la­tion posi­tive directe comme “Tout est favo­rable”.

DIMENSION COSMOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE

Ce cin­quième trait occupe la posi­tion du sou­ve­rain est situé au cœur du tri­gramme 離 (, le Feu). Il incarne cette lumière dis­cri­mi­nante qui éclaire sans s’at­ta­cher, qui révèle les trans­for­ma­tions sans s’y perdre.

失得勿恤 (shī dé wù xù) “Ne pas se sou­cier de pertes ou gains” révèle que l’ef­fi­ca­ci­té authen­tique naît du déta­che­ment par rap­port aux fruits de l’ac­tion. Dans la dyna­mique du 道 (dào), perdre et gagner ne consti­tuent pas des évé­ne­ments sépa­rés mais les deux faces du même pro­ces­sus de trans­for­ma­tion 易 (). L’être qui s’har­mo­nise avec cette véri­té cos­mique trans­cende natu­rel­le­ment l’an­xié­té 恤 () qui naît de l’at­ta­che­ment aux résul­tats par­ti­cu­liers.

DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE

Dans le contexte des Zhou, l’ex­pres­sion 失得勿恤 (shī dé wù xù) “ne pas se sou­cier de pertes ou gains” fait écho aux ensei­gne­ments sur le déta­che­ment royal qui doit carac­té­ri­ser l’exer­cice du pou­voir.

Les rituels de ces­sion où les sou­ve­rains légen­daires trans­met­taient spon­ta­né­ment le pou­voir à leurs suc­ces­seurs les plus ver­tueux illus­traient concrè­te­ment cette phi­lo­so­phie qui ensei­gnai que le véri­table pou­voir naît du renon­ce­ment à la pos­ses­sion exclu­sive du pou­voir.

PERSPECTIVES INTERPRÉTATIVES

La tra­di­tion confu­céen­nein­ter­prète 失得勿恤 (shī dé wù xù) “ne pas se sou­cier de pertes ou gains” comme l’ex­pres­sion de cette rec­ti­tude qui guide l’ac­tion ver­tueuse indé­pen­dam­ment de ses consé­quences maté­rielles. Chéng Yí enseigne que le 君子 (jūnzǐ, homme de bien) trouve sa joie dans l’ac­com­plis­se­ment du bien lui-même, trans­cen­dant natu­rel­le­ment l’at­ta­che­ment aux pro­fits per­son­nels.

Dans l’ap­proche taoïste, l’ac­tion qui émane du déta­che­ment aux résul­tats s’har­mo­nise spon­ta­né­ment avec le 道 (dào) et acquiert cette effi­ca­ci­té uni­ver­selle que sug­gère 无不利 (wú bù lì).

Les com­men­ta­teurs Chan 禪 (chán, zen) ulté­rieurs ont vu dans 无不利 (wú bù lì) “rien qui ne soit pro­fi­table” l’ex­pres­sion de cette liber­té qui carac­té­rise l’é­veil : l’être libé­ré trans­forme spon­ta­né­ment toute situa­tion en oppor­tu­ni­té de com­pas­sion et de sagesse.

Petite Image du Cinquième Trait

shī

perdre • obte­nir • ne pas • inquié­tude

wàng yǒu qìng

aller • y avoir • féli­ci­ter • aus­si

Ne pas se sou­cier de gagner ou perdre. Aller de l’a­vant est louable.

Structure du Cinquième Trait

- Trait Yin à une place Impaire, la cin­quième posi­tion est incor­recte dans l’hexa­gramme de situa­tion H35 晉 jìn Pro­gres­ser, et devient donc cor­recte dans l’hexa­gramme déri­vé H12 否 “Adver­si­té”..
- Ce trait pos­sède la cen­tra­li­té en posi­tion supé­rieure.
- Il n’est pas en cor­res­pon­dance avec le deuxième trait, mais le devien­dra après la trans­for­ma­tion de leur bigramme en .
– Il est au milieu du tri­gramme cor­res­pon­dant à l’élé­ment 火 huǒ “Feu” Sa trans­for­ma­tion pro­duit le tri­gramme qián qui cor­res­pond à l’élé­ment 天 tiān “Ciel”.
- Il est éga­le­ment au som­met du tri­gramme kǎn cor­res­pon­dant à l’élé­ment 水 shuǐ “Eau”. Sa trans­for­ma­tion pro­duit le tri­gramme xùn qui cor­res­pond à l’élé­ment 風 fēng “Vent”.
– Sa rela­tion de voi­si­nage avec le qua­trième trait évo­lue de à .
- Sa rela­tion de voi­si­nage avec le sixième trait évo­lue de à .
- Ce trait occupe à la plus basse des deux posi­tions asso­ciées au Ciel. Sa trans­for­ma­tion fait évo­luer ce bigramme de à .
- Il est maître de l’hexa­gramme.
- For­mules Man­tiques : 悔亡 huǐ wáng ; 往吉 wàng  ; 无不利 .

Interprétation

Conti­nuer à avan­cer avec confiance et déter­mi­na­tion, sans se sou­cier des pertes ou des gains pas­sés, est la clé pour pour­suivre sa pro­gres­sion. En se débar­ras­sant de tout regret, on peut avan­cer avec une atti­tude déta­chée qui s’a­vère béné­fique à tous égards. Se lais­ser dis­traire par des pré­oc­cu­pa­tions exces­sives concer­nant les résul­tats immé­diats ris­que­rait cepen­dant de frei­ner la pro­gres­sion glo­bale

Expérience corporelle

失得勿恤 (shī dé wù xù) “ne pas se sou­cier de pertes ou gains” cor­res­pond à ces moments où notre action devient si fluide et natu­relle que nous ces­sons de cal­cu­ler ses béné­fices ou ses pertes. C’est l’ex­pé­rience de l’ar­ti­san entiè­re­ment absor­bé dans son œuvre, du musi­cien qui oublie la per­for­mance pour se lais­ser por­ter par la musique, ou encore du parent qui agit spon­ta­né­ment pour le bien de son enfant sans consi­dé­ra­tion per­son­nelle.

Le corps redé­couvre alors une capa­ci­té d’a­dap­ta­tion fluide qui lui per­met de répondre jus­te­ment aux situa­tions les plus variées sans épui­se­ment de ses res­sources.

Cette trans­for­ma­tion s’ef­fec­tue par la dis­so­lu­tion des micro-ten­sions cor­po­relles qui accom­pagnent habi­tuel­le­ment l’é­va­lua­tion constante de nos gains et pertes. 往吉 (wàng jí) “avan­cer est pro­pice” et 无不利 (wú bù lì) “rien qui ne soit pro­fi­table” se res­sentent phy­si­que­ment comme une confiance pro­fonde qui naît lorsque notre corps recon­naît qu’il peut avan­cer sans anti­ci­per constam­ment les obs­tacles ou les récom­penses, et une sen­sa­tion d’ai­sance uni­ver­selle où chaque geste semble trou­ver natu­rel­le­ment sa juste place, à l’i­mage du dan­seur expé­ri­men­té qui trans­forme spon­ta­né­ment tout rythme musi­cal en occa­sion d’ex­pres­sion har­mo­nieuse, ou du jar­di­nier sage qui découvre dans chaque sai­son, qu’elle soit géné­reuse ou dif­fi­cile, une invi­ta­tion à culti­ver sa connais­sance intime de la terre.

失得勿恤 (shī dé wù xù) “ne pas se sou­cier de pertes ou gains” cor­res­pond à ces moments où notre action devient si fluide et natu­relle que nous ces­sons de cal­cu­ler ses béné­fices ou ses pertes. C’est l’ex­pé­rience de l’ar­ti­san entiè­re­ment absor­bé dans son œuvre, du musi­cien qui oublie la per­for­mance pour se lais­ser por­ter par la musique, ou encore du parent qui agit spon­ta­né­ment pour le bien de son enfant sans consi­dé­ra­tion per­son­nelle.

Le corps redé­couvre alors une capa­ci­té d’a­dap­ta­tion fluide qui lui per­met de répondre jus­te­ment aux situa­tions les plus variées sans épui­se­ment de ses res­sources.

Cette trans­for­ma­tion s’ef­fec­tue par la dis­so­lu­tion des micro-ten­sions cor­po­relles qui accom­pagnent habi­tuel­le­ment l’é­va­lua­tion constante de nos gains et pertes. 往吉 (wàng jí) “avan­cer est pro­pice” et 无不利 (wú bù lì) “rien qui ne soit pro­fi­table” se res­sentent phy­si­que­ment comme une confiance pro­fonde qui naît lorsque notre corps recon­naît qu’il peut avan­cer sans anti­ci­per constam­ment les obs­tacles ou les récom­penses, et une sen­sa­tion d’ai­sance uni­ver­selle où chaque geste semble trou­ver natu­rel­le­ment sa juste place, à l’i­mage du dan­seur expé­ri­men­té qui trans­forme spon­ta­né­ment tout rythme musi­cal en occa­sion d’ex­pres­sion har­mo­nieuse, ou du jar­di­nier sage qui découvre dans chaque sai­son, qu’elle soit géné­reuse ou dif­fi­cile, une invi­ta­tion à culti­ver sa connais­sance intime de la terre.

Neuf Au-Dessus

上 九 shàng jiǔ

jìn jiǎo

pro­gres­ser • son • corne

wéi yòng

seule­ment • employer • sou­mettre par les armes • fief

dan­ger

bon augure

jiù

pas • faute

zhēn lìn

pré­sage • gêne

Pro­gres­ser par ses cornes.

S’en tenir à atta­quer la cité.

Péril.

Pro­pice.

Pas de blâme.

La per­sé­vé­rance mène aux dif­fi­cul­tés.

Notes de traduction

ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE

晉其角 (jìn qí jiǎo) “pro­gres­ser par ses cornes” intro­duit une méta­phore ani­male sai­sis­sante qui rompt avec la pro­gres­sion har­mo­nieuse des traits pré­cé­dents.

Le carac­tère (jiǎo) désigne la corne dans sa double dimen­sion d’arme natu­relle et d’ins­tru­ment de signa­li­sa­tion. Sa struc­ture gra­phique évoque cette pro­émi­nence qui à la fois pro­tège et menace, défend et attaque. Dans le contexte du (jìn), les (jiǎo) sym­bo­lisent cette moda­li­té agres­sive de la pro­gres­sion qui pri­vi­lé­gie la force sur la finesse, l’as­sault direct sur la stra­té­gie indi­recte.

維用伐邑 (wéi yòng fá yì) “s’en tenir à atta­quer la cité” intro­duit un voca­bu­laire expli­ci­te­ment mili­taire. (wéi) signi­fie “seule­ment, uni­que­ment”, sug­gé­rant une limi­ta­tion volon­taire du champ d’ac­tion. () désigne l’ac­tion de sou­mettre par les armes, de conqué­rir par la force, tan­dis que () évoque la cité for­ti­fiée, le fief, cette uni­té poli­tique de base qui struc­ture l’or­ga­ni­sa­tion ter­ri­to­riale.

La séquence finale 厲吉无咎貞吝 (lì jí wú jiù zhēn lìn) “Péril. Pro­pice. Pas de blâme. La per­sé­vé­rance mène aux dif­fi­cul­tés.” pré­sente une accu­mu­la­tion remar­quable de juge­ments appa­rem­ment contra­dic­toires. Cette suc­ces­sion rapide d’é­va­lua­tions révèle la com­plexi­té extrême de la situa­tion décrite, où péril () et suc­cès () coexistent dans une ten­sion para­doxale.

CHOIX DE TRADUCTION

J’ai tra­duit 晉其角 (jìn qí jiǎo) par “Pro­gres­ser par ses cornes” en pri­vi­lé­giant le pos­ses­sif “ses” pour sou­li­gner que ces cornes appar­tiennent natu­rel­le­ment à l’être qui pro­gresse. Cette for­mu­la­tion évite l’ar­ti­fi­cia­li­té de “pro­gres­ser avec des cornes” tout en pré­ser­vant l’i­dée que cette moda­li­té agres­sive consti­tue un attri­but intrin­sèque du trait.

Pour 維用伐邑 (wéi yòng fá yì), j’ai opté pour “S’en tenir à atta­quer la cité” en tra­dui­sant (wéi) par “s’en tenir à” plu­tôt que par “seule­ment” ou “uni­que­ment”. Cette for­mu­la­tion cap­ture mieux l’i­dée d’une res­tric­tion volon­taire et sage qui limite l’am­bi­tion conqué­rante à des objec­tifs défi­nis. () est ren­du par “atta­quer” pour pré­ser­ver la dimen­sion mili­taire expli­cite, et () par “cité” plu­tôt que “ville” ou “fief” pour évo­quer cette enti­té poli­tique for­ti­fiée qui résiste natu­rel­le­ment à l’as­saut.

Pour la séquence 厲吉无咎貞吝 (lì jí wú jiù zhēn lìn), j’ai choi­si de pré­ser­ver la jux­ta­po­si­tion du chi­nois en pré­sen­tant chaque élé­ment de façon auto­nome : “Péril. Pro­pice. Pas de blâme. La per­sé­vé­rance mène aux dif­fi­cul­tés.”

DIMENSION COSMOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE

Ce sixième trait occupe la posi­tion extrême supé­rieure, lieu des excès et des retour­ne­ments dia­lec­tiques. Situé au som­met du tri­gramme (, le Feu), il incarne cette ten­dance natu­relle de l’éner­gie yáng à s’exa­cer­ber jus­qu’au point de rup­ture où elle engendre spon­ta­né­ment son contraire.

L’i­mage des (jiǎo) cornes” révèle cette dimen­sion agres­sive qui peut accom­pa­gner les phases ter­mi­nales du (jìn) “pro­grès”. Lorsque la pro­gres­sion se trans­forme en conquête, l’har­mo­nie natu­relle du mou­ve­ment ascen­sion­nel se per­ver­tit en vio­lence qui menace l’é­qui­libre cos­mique. Les cornes sym­bo­lisent cette rigi­di­fi­ca­tion de l’é­lan qui pri­vi­lé­gie la per­cus­sion sur la per­sua­sion.

La limi­ta­tion 維用伐邑 (wéi yòng fá yì) “s’en tenir à atta­quer la cité” per­met que même dans l’ex­cès, la (dào, Voie) enseigne la mesure. L’ac­tion vio­lente n’est tolé­rable que si elle demeure cir­cons­crite à des objec­tifs pré­cis et légi­times. Cette res­tric­tion volon­taire per­met d’é­vi­ter l’es­ca­lade des­truc­trice qui trans­for­me­rait la pro­gres­sion néces­saire en chaos aveugle.

DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE

Ce trait évoque les cam­pagnes mili­taires de rec­ti­fi­ca­tion qui ponc­tuaient l’his­toire des Zhou lorsque des feu­da­taires rebelles mena­çaient l’ordre dynas­tique. L’ex­pres­sion 伐邑 (fá yì) fait écho aux expé­di­tions puni­tives qui visaient spé­ci­fi­que­ment les cités for­ti­fiées des vas­saux insou­mis.

La limi­ta­tion 維用 (wéi yòng) “s’en tenir à” reflète cette sagesse stra­té­gique qui enseigne à cir­cons­crire l’u­sage de la force aux situa­tions qui l’exigent abso­lu­ment. L’art de la guerre insiste sur cette éco­no­mie de la vio­lence qui pré­serve l’au­to­ri­té légi­time en évi­tant les excès des­truc­teurs.

Les com­men­ta­teurs des Han ont sou­li­gné que cette dia­lec­tique entre (, péril) et (, suc­cès) cor­res­pon­dait à ces moments his­to­riques déli­cats où l’ac­tion éner­gique, bien que ris­quée, deve­nait néces­saire pour pré­ser­ver l’ordre géné­ral. La men­tion de 貞吝 (zhēn lìn, per­sé­vé­rance dif­fi­cile) évoque ces situa­tions où le main­tien de la ligne poli­tique exige des sacri­fices consi­dé­rables.

PERSPECTIVES INTERPRÉTATIVES

La tra­di­tion confu­céenne inter­prète la méta­phore des cornes comme une mise en garde contre les dérives de l’au­to­ri­té ver­tueuse lors­qu’elle se trans­forme en auto­ri­ta­risme. Chéng Yí enseigne que même l’ac­tion juste peut deve­nir dan­ge­reuse si elle s’exerce avec une rigi­di­té exces­sive. La limi­ta­tion à 伐邑 (fá yì) “atta­quer la cité” illustre cette sagesse confu­céenne qui enseigne à pro­por­tion­ner la réponse à la pro­vo­ca­tion.

Wáng Bì voit dans (jiǎo) “les cornes” la ten­dance de l’e­go à dur­cir l’ac­tion spon­ta­née en méthode coer­ci­tive. Zhū Xī les a asso­ciées à cette ten­dance du (, éner­gie maté­rielle) à s’op­po­ser aux exi­gences du (, prin­cipe uni­ver­sel). La pro­gres­sion “par les cornes” illustre ces moments où l’ac­tion juste doit tem­po­rai­re­ment adop­ter des moyens qui semblent contra­dic­toires avec sa fina­li­té har­mo­nieuse. 貞吝 (zhēn lìn) exprime alors cette dif­fi­cul­té inhé­rente à la per­sé­vé­rance lors­qu’elle s’exerce dans des cir­cons­tances qui résistent à la ver­tu pure.

Petite Image du Trait du Haut

wéi yòng

réunir • agir • sou­mettre par les armes • fief

dào wèi guāng

voie • à venir • lumi­neux • aus­si

S’en tenir à ren­ver­ser la capi­tale. La voie n’est pas encore glo­rieuse.

Structure du Trait du Haut

- Trait Yang à une place Paire, la sixième posi­tion est incor­recte dans l’hexa­gramme de situa­tion H35 晉 jìn Pro­gres­ser, et devient donc cor­recte dans l’hexa­gramme déri­vé H16 豫 “Enthou­siasme”..
- Ce trait ne pos­sède pas la cen­tra­li­té, mais est au som­met de l’en­ve­loppe de l’hexa­gramme, que sa trans­for­ma­tion fait évo­luer de à .
- Il est en cor­res­pon­dance avec le troi­sième trait, mais ne le sera plus après la trans­for­ma­tion de leur bigramme en .
– Il est au som­met du tri­gramme cor­res­pon­dant à l’élé­ment 火 huǒ “Feu”. Sa trans­for­ma­tion pro­duit le tri­gramme zhèn qui cor­res­pond à l’élé­ment 雷 léi “Ton­nerre”.
– Sa rela­tion de voi­si­nage avec le cin­quième trait évo­lue de à .
- Ce trait est à la plus haute des deux posi­tions asso­ciées au Ciel. Sa trans­for­ma­tion fait évo­luer ce bigramme de à .
- For­mules Man­tiques : 厲  ; 吉  ; 无咎 jiù ; 貞吝 zhēn lìn.

Interprétation

La pro­gres­sion résulte de la force et de la déter­mi­na­tion. Uti­li­ser cette force pour maî­tri­ser les élé­ments per­tur­ba­teurs qui influencent la prise de déci­sion est une voie vers le suc­cès. Cepen­dant, il est impor­tant de noter que cette approche peut éga­le­ment entraî­ner des humi­lia­tions. Diri­ger cette force vers la réso­lu­tion des pro­blèmes internes peut, en revanche, éloi­gner ceux qui vous entourent, car elle peut sem­bler diri­gée vers l’ex­té­rieur.

Ain­si, le recours à la force ne devrait être qu’ex­cep­tion­nel et tem­po­raire. L’ob­jec­tif ultime est d’at­teindre une har­mo­nie et une tran­quilli­té inté­rieures.

Expérience corporelle

晉其角 (jìn qí jiǎo) “pro­gres­ser par ses cornes” cor­res­pond à ces moments où notre pro­gres­sion natu­relle se dur­cit en effort volon­ta­riste, comme lorsque nous sen­tons notre geste fluide se cris­per sous l’ef­fet de l’im­pa­tience ou de la résis­tance ren­con­trée. C’est l’ex­pé­rience du négo­cia­teur qui, face à l’obs­ti­na­tion de son inter­lo­cu­teur, sent sa diplo­ma­tie se trans­for­mer en confron­ta­tion directe, ou celle de l’en­sei­gnant qui adopte tem­po­rai­re­ment une auto­ri­té plus ferme pour réta­blir l’ordre dans sa classe.

Ce trait illustre le pas­sage du régime de l’ef­fi­ca­ci­té spon­ta­née au régime de l’ef­fort contrô­lé. Le corps qui “pro­gresse par ses cornes” mobi­lise des res­sources mus­cu­laires et atten­tion­nelles qui étaient res­tées en réserve, adop­tant tem­po­rai­re­ment une moda­li­té plus rigide mais néces­saire.

Cette trans­for­ma­tion s’é­prouve phy­si­que­ment dans cette ten­sion par­ti­cu­lière qui accom­pagne l’en­ga­ge­ment de nos “cornes” : le dur­cis­se­ment du regard, la mobi­li­sa­tion des épaules, cette concen­tra­tion de l’éner­gie qui se foca­lise en pointe pour per­cer les résis­tances.

維用伐邑 (wéi yòng fá yì) “s’en tenir à atta­quer la cité” se res­sent alors comme cette capa­ci­té cor­po­relle de limi­ter volon­tai­re­ment notre puis­sance offen­sive, à l’i­mage du parent qui sait modu­ler sa fer­me­té selon la situa­tion ou de l’ar­ti­san qui dose pré­ci­sé­ment la force de son outil selon la résis­tance du maté­riau. La coexis­tence de () “péril” et () “pro­pice” s’ac­tua­lise dans cette sen­sa­tion ambi­va­lente d’ef­fi­ca­ci­té ris­quée : nous per­ce­vons simul­ta­né­ment que notre action atteint son but et qu’elle nous coûte, nous sen­tant à la fois puis­sants et vul­né­rables, comme le cou­reur qui puise dans ses der­nières réserves pour fran­chir la ligne d’ar­ri­vée.

Grande Image

大 象 dà xiàng

míng chū shàng

lumière • sor­tir • terre • au-des­sus

jìn

pro­gres­ser

jūn zhāo míng

noble • héri­tier • ain­si • depuis • mani­fes­ter • lumière • conduite

La lumière sort au-des­sus de la terre.

Pro­gres­ser.

Ain­si l’homme noble, par lui-même, fait briller sa ver­tu lumi­neuse.

Notes de traduction

ANALYSE LEXICALE ET SYMBOLIQUE

La Grande Image de (jìn) s’ar­ti­cule autour de la méta­phore cos­mique fon­da­men­tale 明出地上 (míng chū dì shàng) “la lumière sort au-des­sus de la Terre”. Cette expres­sion révèle la struc­ture pro­fonde de l’hexa­gramme par l’as­so­cia­tion du tri­gramme (, le Feu/la Lumière) au-des­sus du tri­gramme (kūn, la Terre).

(míng) com­bine gra­phi­que­ment le soleil () et la lune (yuè), évo­quant cette lumi­no­si­té totale qui naît de l’u­nion des deux grands lumi­naires cos­miques. (míng) désigne non seule­ment la clar­té phy­sique mais cette intel­li­gence dis­cri­mi­nante qui éclaire les situa­tions morales et spi­ri­tuelles.

(chū) exprime l’é­mer­gence, la sor­tie dyna­mique qui trans­forme le poten­tiel en mani­fes­ta­tion. Sa struc­ture gra­phique évoque le mou­ve­ment qui va de l’in­té­rieur vers l’ex­té­rieur, du caché vers le révé­lé. Dans le contexte cos­mo­lo­gique, (chū) sug­gère cette nais­sance natu­relle de la lumière depuis les pro­fon­deurs ter­restres.

地上 (dì shàng) éta­blit la ver­ti­ca­li­té cos­mique où la terre () consti­tue le sub­strat matri­ciel depuis lequel s’é­lève la lumière. (shàng) ne désigne pas seule­ment une posi­tion spa­tiale mais la dimen­sion qua­li­ta­tive de l’é­lé­va­tion spi­ri­tuelle.

君子以自昭明德 (jūnzǐ yǐ zì zhāo míng dé) “l’homme noble, par lui-même, fait briller sa ver­tu lumi­neuse” intro­duit la dimen­sion éthique par la figure de 君子 (jūnzǐ, l’homme noble). (zhāo) signi­fie “faire briller, mani­fes­ter” avec cette nuance d’é­clai­re­ment qui révèle et attire. 明德 (míng dé) évoque cette ver­tu lumi­neuse qui carac­té­rise l’être accom­pli.

CHOIX DE TRADUCTION

J’ai tra­duit 明出地上 (míng chū dì shàng) par “La lumière sort au-des­sus de la terre” en pri­vi­lé­giant “lumière” sur “clar­té” ou “brillance” pour (míng). Ce choix pré­serve à la fois la dimen­sion phy­sique et méta­phy­sique du concept, évi­tant une réduc­tion trop maté­ria­liste ou trop abs­traite.

Pour (chū), j’ai opté pour “sort” plu­tôt qu’ ”émerge” ou “appa­raît” car ce verbe cap­ture mieux la dyna­mique active de l’é­mer­gence, cette sor­tie qui implique un mou­ve­ment diri­gé depuis l’in­té­rieur vers l’ex­té­rieur. “Sort” sug­gère éga­le­ment cette dimen­sion de révé­la­tion qui trans­forme le caché en mani­feste.

君子以自昭明德 (jūnzǐ yǐ zì zhāo míng dé) a été tra­duite par “l’homme noble, par lui-même, fait briller sa ver­tu lumi­neuse” en ren­dant () par “ain­si” pour sou­li­gner la rela­tion de modé­li­sa­tion entre l’i­mage cos­mique et l’ac­tion humaine. () est tra­duit par “par lui-même” pour pré­ser­ver cette dimen­sion d’au­to­no­mie et d’i­ni­tia­tive per­son­nelle que sug­gère le carac­tère.

Pour (zhāo), j’ai choi­si “fait briller” plu­tôt que “mani­feste” ou “révèle” car cette for­mu­la­tion main­tient la méta­phore lumi­neuse qui struc­ture l’en­semble du pas­sage. 明德 (míng dé) devient “ver­tu lumi­neuse” en pré­ser­vant l’ad­jec­tif (míng) qui relie direc­te­ment l’ac­tion éthique à l’i­mage cos­mique de la lumière émer­gente.

DIMENSION COSMOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE

Cette Grande Image illustre par­fai­te­ment le prin­cipe de cor­res­pon­dance entre l’ordre cos­mique et l’ordre éthique. L’i­mage 明出地上 (míng chū dì shàng) révèle la (dào, Voie) natu­relle de la mani­fes­ta­tion : la lumière qui naît spon­ta­né­ment depuis la terre sym­bo­lise ce mou­ve­ment uni­ver­sel par lequel le poten­tiel yīn se trans­forme en actua­li­té yáng.

Cette émer­gence lumi­neuse cor­res­pond au moment cos­mique où l’éner­gie créa­trice, après avoir mûri dans l’obs­cu­ri­té nour­ri­cière de la terre (kūn), trouve natu­rel­le­ment sa voie vers l’ex­pres­sion et la recon­nais­sance. Le (jìn) authen­tique pro­cède selon cette logique orga­nique qui refuse la pré­ci­pi­ta­tion comme la stag­na­tion.

La for­mule 君子以自昭明德 (jūnzǐ yǐ zì zhāo míng dé) révèle un prin­cipe phi­lo­so­phique fon­da­men­tal : l’ac­tion éthique doit s’har­mo­ni­ser avec les rythmes cos­miques natu­rels. 明德 (míng dé) ne désigne pas une qua­li­té morale abs­traite mais cette ver­tu qui par­ti­cipe de la lumi­no­si­té cos­mique même, cette intel­li­gence du cœur qui s’ac­corde spon­ta­né­ment avec l’ordre uni­ver­sel.

DIMENSION HISTORIQUE ET RITUELLE

Cette Grande Image évoque les rituels d’in­tro­ni­sa­tion où la légi­ti­mi­té poli­tique se mani­fes­tait à tra­vers des signes cos­miques favo­rables. Dans la tra­di­tion des Zhou, l’ap­pa­ri­tion de phé­no­mènes lumi­neux était inter­pré­tée comme confir­ma­tion céleste de la rec­ti­tude dynas­tique selon le Man­dat du Ciel 天命 (tiānmìng).

Les com­men­taires de l’é­poque Han asso­cient 明出地上 (míng chū dì shàng) “la lumière sort au-des­sus de la terre” aux rituels de lever du soleil où l’empereur, face à l’o­rient, actua­li­sait sym­bo­li­que­ment cette émer­gence de la lumière cos­mique dans l’ordre poli­tique. Ces céré­mo­nies incar­naient concrè­te­ment l’i­déal du 君子 (jūnzǐ) qui fait rayon­ner 明德 (míng dé) par son exemple per­son­nel.

L’ex­pres­sion 自昭明德 (zì zhāo míng dé) fait écho aux pra­tiques de per­fec­tion­ne­ment de soi修身 (xiū­shēn) qui consti­tuaient le fon­de­ment de la légi­ti­mi­té confu­céenne. Les textes rituels insistent sur cette dimen­sion d’exem­pla­ri­té où l’au­to­ri­té naît natu­rel­le­ment du rayon­ne­ment moral plu­tôt que de la contrainte exté­rieure.

PERSPECTIVES INTERPRÉTATIVES

La tra­di­tion confu­céenne inter­prète 明出地上 (míng chū dì shàng) “la lumière sort au-des­sus de la terre” comme l’illus­tra­tion de la bon­té natu­relle qui habite le cœur humain et qui, dans des condi­tions favo­rables, se mani­feste spon­ta­né­ment par des actions ver­tueuses. Zhū Xī sou­ligne que 自昭 (zì zhāo) révèle l’au­to­no­mie éthique authen­tique : la ver­tu qui brille par contrainte exté­rieure n’est pas 明德 (míng dé) mais simu­la­tion.

Wáng Bì voit dans l’i­mage de la lumière qui sort natu­rel­le­ment de la terre le sym­bole de l’ef­fi­ca­ci­té spon­ta­née qui carac­té­rise l’ac­tion har­mo­ni­sée avec le (dào). Elle est l’illus­tra­tion de cette ver­tu () authen­tique qui rayonne sans effort, atti­rant natu­rel­le­ment la recon­nais­sance sans recher­cher la gloire.

Structure de la Grande Image

L’hexa­gramme 35 est com­po­sé du tri­gramme ☷ 坤 kūn en bas et de ☲ 離 en haut.Le tri­gramme nucléaire du bas est ☶ 艮 gèn, celui du haut est ☵ 坎 kǎn.Les tri­grammes absents de l’Hexa­gramme 35 sont ☴ 巽 xùn, ☳ 震 zhèn, ☱ 兌 duì, ☰ 乾 qián.
Le per­son­nage emblé­ma­tique de l’Hexa­gramme 35 est : 君子 jūn , le noble héri­tier.

Interprétation

La méta­phore du soleil émer­geant au-des­sus de la terre sym­bo­lise le déve­lop­pe­ment per­son­nel qui s’é­tend éga­le­ment dans le monde exté­rieur. Le suc­cès et la pro­gres­sion résultent d’une conscience per­son­nelle éclai­rée. Cepen­dant, sans sup­port ni sou­tien, cette lumière ne peut éclai­rer, elle n’a pas de lieu où se pro­je­ter. Ain­si, des bases solides et un équi­libre sont indis­pen­sables à la crois­sance.

Il est cru­cial de déve­lop­per et de valo­ri­ser ses qua­li­tés internes tout en main­te­nant des fon­de­ments solides pour sou­te­nir sa pro­gres­sion.

Expérience corporelle

明出地上 (míng chū dì shàng) “la lumière sort au-des­sus de la Terre” cor­res­pond à l’ex­pé­rience de l’é­veil mati­nal, lorsque notre conscience émerge pro­gres­si­ve­ment du som­meil, comme une lumière qui naît natu­rel­le­ment depuis les pro­fon­deurs de notre être.

C’est éga­le­ment l’ex­pé­rience de ces moments de com­pré­hen­sion sou­daine où une intui­tion long­temps mûrie dans l’in­cons­cient trouve sou­dain sa for­mu­la­tion claire, éclai­rant d’un coup une situa­tion demeu­rée confuse.

Cette Grande Image illustre donc le pas­sage du régime de l’ac­cu­mu­la­tion silen­cieuse au régime du rayon­ne­ment spon­ta­né. Le corps qui fait briller sa ver­tu lumi­neuse 昭明德 (zhāo míng dé) a appris à lais­ser trans­pa­raître ses qua­li­tés authen­tiques sans for­çage ni dis­si­mu­la­tion, comme l’ac­teur expé­ri­men­té qui laisse natu­rel­le­ment éma­ner sa pré­sence scé­nique.

Cette trans­for­ma­tion s’é­prouve concrè­te­ment dans cette qua­li­té par­ti­cu­lière de pré­sence qui accom­pagne les moments où nous sen­tons que notre action s’har­mo­nise spon­ta­né­ment avec notre nature pro­fonde. 自昭 (zì zhāo) se res­sent phy­si­que­ment comme cette aisance qui naît lorsque notre corps cesse de lut­ter contre lui-même et découvre cette lumière (míng) inté­rieure qui guide natu­rel­le­ment nos gestes et nos paroles. C’est cette sen­sa­tion de jus­tesse qui accom­pagne les moments où nous sen­tons que notre com­por­te­ment émane authen­ti­que­ment de notre centre, sans cal­cul ni arti­fice, à l’i­mage du jar­di­nier patient qui voit enfin ses plan­ta­tions s’é­pa­nouir au soleil après une longue matu­ra­tion sou­ter­raine, ou du musi­cien qui sent sou­dain sa tech­nique acquise se trans­for­mer en expres­sion per­son­nelle rayon­nante.


Hexagramme 35

Neuvième Aile

Ordre des Hexagrammes (序卦傳 Xù Guà Zhuàn)

zhōng zhuàng

êtres • pas • pou­voir • ain­si • à la fin • puis­sance

shòu zhī jìn

cause • accueillir • son • ain­si • pro­gres­ser

jìn zhě jìn

pro­gres­ser • celui qui • avan­cer • par­ti­cule finale

Les êtres ne peuvent pas tou­jours être au som­met de leur force.

C’est pour­quoi vient ensuite “Pro­gres­ser”.

Pro­gres­ser cor­res­pond à avan­cer.

Dixième Aile

Les Hexagrammes entrecroisés (雜卦傳 Zá Guà Zhuàn)

jìn zhòu

pro­gres­ser • jour • par­ti­cule finale

Pro­gres­ser : plein jour.



Réfé­rences externes

Grand Dic­tion­naire Ric­ci

L’Hexa­gramme 35 selon WENGU

L’Hexa­gramme 35 selon SAOLIM

L’Hexa­gramme 35 selon YI JING LISE